Retraite et espérance de vie

par Blumaise
vendredi 12 novembre 2010

Pour une réforme plus juste : l’âge de départ à la retraite indexé sur l’espérance de vie de chaque catégorie socioprofessionnelle.

La loi portant réforme des retraites a été promulguée par le Président de la République et est désormais publiée au journal officiel. Les manifestations n’y changeront rien. C’est un parlement démocratiquement élu qui l’a votée et elle va donc légitimement commencer à s’appliquer. La réforme des retraites, comme toute tentative de changement, a enflammé notre pays pendant plusieurs semaines. D’un côté, un gouvernement conservateur qui s’est contenté de repousser l’âge légal de départ à la retraite sans se soucier le moins du monde de justice sociale. De l’autre, des syndicats d’un autre âge, incapables de la moindre proposition et se contentant de camper sur leurs positions archaïques en défendant des avantages acquis qui n’ont plus lieu d’être (je pense en particulier aux aristocrates de la SNCF).

Depuis le début du conflit, je n’ai jamais compris pourquoi aucun syndicat, aucune force politique (notamment le parti socialiste) n’a émis l’idée d’un départ à la retraite indexé sur l’espérance de vie de chaque profession et catégorie socioprofessionnelle (PCS). Il existe dans ce pays un Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques (INSEE) qui a parfaitement les moyens de déterminer l’espérance de vie de chaque catégorie socioprofessionnelle. C’est leur boulot. Il est fort probable qu’en 2010, un maçon ou un charpentier ait une espérance de vie moindre qu’un cheminot, un professeur d’université ou un cadre supérieur. Pourquoi ? Parce que soulever des parpaings à longueur de journée ou gambader sur une charpente quand on a soixante ans, c’est autrement plus éreintant et dangereux pour le physique que de taper sur les touches d’un clavier d’ordinateur ou de conduire un train. C’est une évidence.

Comme un maçon et un charpentier vont statistiquement mourir plus tôt, il me parait alors tout à fait légitime que ces travailleurs jouissent de leur retraite plus tôt. Cette réforme me parait profondément injuste car elle pénalise ceux qui ont commencé à travailler tôt, c’est-à-dire ceux susceptibles d’occuper un emploi physiquement usant et qui plus est, souvent mal rémunéré. Un cadre supérieur commence rarement sa carrière à l’âge de 17 ans. En revanche, l’allongement de la durée de cotisations fait qu’il partira au même âge qu’un ouvrier du batiment.

Je n’en veux pas à la droite d’avoir mis en oeuvre la politique pour laquelle elle a été démocratiquement élue. Je lui reconnais même un certain courage politique car elle sait qu’elle peut le payer très cher dans les urnes. Mais j’en veux à la gauche de n’avoir plus de programme, d’être incapable de pondre la moindre réforme un tant soit peu courageuse. Ce sont des notables, des petits bourgeois à la vision étriquée. L’horizon politique de la gauche se borne à défendre les "avantages acquis" de quelques professions telles que les cheminots dont le départ à la retraite est repoussé à ... 52 ans ! Je doute que la caisse de retraites de ces derniers soit financièrement à l’équilibre. Alors dans ces conditions, qui paye la différence ? Probablement, ceux qui ont commencé à travailler à 16 ans et qui partiront à la retraite à 62 ans.

Il ne me semble pas qu’il y ait une réforme des retraites plus juste que celle qui consiste à indexer le départ à la retraite sur l’espérance de vie de chaque catégorie socioprofessionnelle. Et si elle est élue en 2012, il ne me semble pas que la gauche aura le courage de remettre en cause ce que le gouvernement actuel vient de faire. Elle est bien trop heureuse que la droite se soit coltinée le sale boulot.


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