Salauds d’pauvres !!!
par Brice Bartneski
mercredi 2 avril 2014
C'est vrai quoi... Je pourrai faire un effort quand même. Arrêter de fumer, de me chauffer, de me laver, de m'éclairer. Je peux aussi arrêter internet et le téléphone... Et puis quoi ? 200 euros/mois pour manger et m'habiller alors que je pourrai aller aux « restos »... Non, vraiment, j'exagère !!!
C'est vachement bien de faire l'aumône :
-S'il vous plaît, j'ai faim et je suis tout nu... Assistez moi.
-Fais la queue aux « restos » fainéant !!!
Pas si simple.
D'abord, il faut s'inscrire. On étudie votre pedigree jusqu'au moindre détail : relevés de compte des trois derniers mois, carte grise de la voiture, assurances, avis d’imposition et j'en passe. Quand tout est validé, on vous donne ce qu'on vous donne, périmé ou pas et à la prochaine fois. Vous vous retrouvez à attendre votre tour en espérant avoir un bout de viande cette fois-ci et quelques légumes à la place des sempiternelles boîtes de conserves géantes sans étiquette. (surpriiiiise... Oh ? 5Kg de taboulé sans semoule, youpiiii). Les pauvres gens autour de vous n'osent même plus regarder leur interlocuteur dans les yeux. Interlocuteurs qui sont souvent des retraités bénévoles avec un œil inquisiteur et suspicieux (il n'a pas l'air honnête celui-ci avec ses grandes phrases...En plus, il n'est pas habillé en survêt' ou en leggins...).
Les « restos », c'est la cour des miracles... ça boîte, ça tousse, ça pleure, ça gueule, ça se plaint tout le temps et c'est jamais content.
J'y suis allé plusieurs fois en culpabilisant et en me disant que ce serait temporaire. Que mes compétences et mon expérience professionnelles viendront à bout de ce foutu chômage. La première fois, j'ai pleuré en serrant dans les bras la présidente de l'association qui venait de me donner à manger pour une semaine. Je peux vous dire qu'un gaillard de 120 kg (nourriture de pauvre) qui pleure devant tout le monde, ça fait de l'effet. Moi, j'avais honte de prendre la part de quelqu'un qui n'avait pas d'autre choix perdu dans son abandon et son désespoir. Désespoir qui se traduit dans la plupart des cas par un bulletin FN. Pas par racisme, car toutes les ethnies sont présentes, respectueuses et tolérantes aux « restos » mais par jalousie. Oui, les pauvres sont jaloux entre eux. C'est comme ça. Ils se méprisent comme ils sont méprisés. C'est humain comme comportement, les riches font pareil.
Le meilleur dans tout ce fiasco, c'est la peur de ceux qui ne sont pas pauvres :
-ça peut nous arriver à nous aussi.
Alors ils votent Le Pen ou à droite, pour qu'on ne leur enlève pas le pain de la bouche. La France aux Français et blablabla...
J'ai peur.
Pas de Le Pen.
J'ai peur de penser que ce que je croyais être le bien serait finalement le mal absolu. Je pensais que les valeurs universalistes de la République française défendaient le bien commun. Je pensais que la notion de partage était mise en évidence par la résonance des mots « liberté, égalité, fraternité ». Je pensais que partager c'est aimer.
Non ! Partager c'est mal. Partager c'est se faire du mal en se privant. Donner à l'autre une part de son bien sans adhésion au don de soi pour les autres, c'est donner sous la contrainte. La contrainte étant une privation de liberté, c'est anti-républicain. Donc c'est mal.
La liberté du « chacun pour soi » est donc réelle et légitime car vitale. C'est un instinct de survie. Si il n'y avait pas les « restos », je volerai dans les magasins en me fichant bien du mal que je causerai. En arriver là, c'est de la survie, au delà, c'est les poubelles et l'aumône. Notre instinct nous dicte de ne pas partager en cas de survie. Pire, il nous ordonne de prendre. Prendre est aussi une liberté. Notre instinct s'éveille par la peur. Pour changer notre instinct, cessons d'avoir peur. Cessons d'avoir peur de manquer.
Pour changer de paradigme jusqu'à son contraire, c'est à dire passer de « prendre » à « donner », il faut lutter contre son instinct vital. Imaginez deux combattants à mort dans une arène :
-ça te ferait plaisir que je te donne ma vie ? Dit l'un.
-ben ouais. Réponds l'autre.
-je te la donne. Lui dit-il avant de se trancher lui même la gorge.
Voilà de quoi il s'agit. Accepter de se sacrifier pour le bonheur des autres sans avoir peur que tout s'arrête.
C'est ça le partage.
Dimanche, un hommage sera rendu à un homme qui prônait la paix par le pardon, l'amour et le partage. C'était sa passion, son espoir. Il s'appelait Jésus.
Que l'Amour nous submerge.