Sarkozy est de Gaulle

par Ariane Walter
mercredi 10 novembre 2010

Il l’a fait. Il a osé. Il nous en a tant fait. Il a fallu qu’il franchisse une nouvelle étape.

Parlant de de Gaulle, il n’a parlé que de lui.

Ce jour, 9 novembre, Sarkozy préside à Colombey- les- deux- églises une cérémonie en l’honneur du quarantième anniversaire de la mort du général.

On pourrait penser que cette démarche est simplement une fleur jetée dans le jardin des gaullistes, un moyen, préparant les élections, de s’assurer de leurs voix.

Mais non. C’est mal le connaître.

On le sait maintenant, on s’en doutait, la période qui vient de passer, cette côte de popularité en chute libre, ces slogans, ces hommes et ces femmes dans les rues, cette montée irrésistible de la colère, cette jeunesse qui le maudit, tout cela le ronge.

Et cette visite à Colombey va être pour lui, avant tout, une manière de répondre et de se venger.

Pas question qu’il s’efface, ne serait-ce qu’une seconde, devant un devoir de mémoire. Non. De Gaulle, dans ce discours, ne sera qu’un faire-valoir. La vedette c’est lui.  Sous l’ombre du grand général, vraiment très à l’ombre, il se présente dans la lumière devant un décor en carton-pâte, en fils soumis et digne héritier !

Mais la manière, comme toujours la manière !

La lourdeur du trait !

Je ne félicite pas celui qui a écrit ce discours. Aussi fin que celui de Dakar de sinistre mémoire. Le texte d’une plume courtisane qui ne sait pas doser.

La teneur de ce discours est simple. Je la résume ainsi. Sarkozy veut nous dire :

 Je suis ici pour évoquer l’œuvre et la personnalité de de Gaulle, cet homme pour lequel vous avez tant d’admiration, mais ce que vous me reprochez n’est rien d’autre qu’une politique inspirée de la sienne. 

 Il est évident, quand même, qu’à aucun moment il ne se permettra une comparaison frontale : lui et moi. Non. Mais après avoir évoqué un principe de gouvernement gaullien, il lèvera les yeux par-dessus son papier avec cette ironie qui signifie : « Comme c’est curieux ? Ce qu’il fait c’est ce que je fais ! Et on me le reproche ? »

L’hyper présidence ? De Gaulle lui-même a souhaité pour le chef de l’Etat ce mode de gouvernement qui assume toutes les responsabilités et toutes les actions.

Le rôle secondaire du premier ministre découle de cet axiome.

 De Gaulle n’a jamais reculé. Coup d’œil (On me le reproche à moi ? Pourquoi ?)  

Le peuple, en colère contre de Gaulle, l’a renvoyé pour ensuite le rappeler !  N’est-ce donc pas la marque d’un grand président de soulever les houles populaires ? Coup d’œil. (Si l’on me renvoyait par qui me remplacerait-on ? On aurait vite fait de me rappeler aussi !)

J’ai noté une phrase. Sarkozy cite de Gaulle : « Lorsque l’Etat ne décide pas ce sont d’autres forces qui décident et ce sont les plus faibles qui en pâtissent. » 

Pour oublier qu’il n’y a plus d’Etat et qu’il n’est que le valet de ces autres forces. Quant à en pâtir…Nous commençons à connaître la conjugaison de ce verbe…

Ce qui fut insupportable, tout au long de ce discours, ce furent ses mimiques, ses manières de dire, car il n’est pas fin : « Alors ? Vous entendez ce que je veux vous dire ? Hein ? » Oui, oui, on t’entendait. No problem.

Je pense que les vrais gaullistes ont dû être verts…

Je pense aussi à la jouissance que Sarkozy a dû éprouver  lorsqu’il a découvert ce discours, voyant tout ce qu’il avait d’insolent  sachant qu’il pourrait le dire sans qu’on lui coupe la parole, ridicule réponse à ces millions d’hommes et de femmes qui défilaient dans la rue.

Le héros incompris. Seul contre tout un peuple aux désirs absurdes !

Je résume ainsi sa pensée :

Un homme vous a libéré du malheur autrefois, de Gaulle, que vous reconnaissez comme un grand homme, et moi  qui  suis son fils ( !) puisque tout ce qu’il a dit est mon évangile, vous ne me reconnaissez pas ! 

Richard III, le maudit, le contrefait, le mal-aimé. On sait comment il finit. Ouf.

Il fallait le faire. Il fallait oser parlant d’un homme que l’Histoire a  reconnu,  ne tourner la lumière que vers soi.

C’est pour moi un signe de narcissisme, de maladie mentale que certes les politiques attrapent aisément,  d’incorrection morale, de nouvelle blessure faite à tous ceux qui pâtissent sous son règne vulgaire et malhonnête.

Une malhonnêteté de plus.

On relève ?

La tête, bien sûr.


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