Comme toujours je regarde
l’agenda présidentiel car je veux vérifier que la transparence, nouvelle et éternelle, tant portée au pinacle par l’Union des Menteurs Patentés, par les journalistes et par le pouvoir, transparence mère de toutes les hypothétiques qualités et excuse de toutes les arrogances, était si vraie que cela, et en l’occurrence à la date du mercredi 5 mai 2010. Et qu’y lit-on ? Ceci :
10h00 : Conseil des ministres au Palais de l’Elysée
17h00 : Discours de M. le Président de la République sur les violences scolaires, au Palais de l’Elysée
Sans vouloir faire de la peine aux soutiens de Nicolas Sarkozy et à ceux qui nous parlent sans cesse de l’hyper-activité du Président Sarkozy, de son travail acharné, je tiens juste à vous signaler que dans cette semaine du 3 mai, notre bourreau de travail comme il y avait le bourreau de Béthune, oui celui qui nous a déclaré qu’il travaillait jour et nuit pour la France - comme son fils le prince Jean qui déclare travailler entre 13,14 et 17 heures par jour - alors qu’il était à New York et qu’il faisait son jogging, était allé boire un canon au cocktail payé 200 000 euros avec nos sous, avait fait du shopping avec Carla et attendu trois heures avant de passer à la tribune de l’ONU - ce qui en réalité laisse peu de temps pour travailler et ne laisse pas beaucoup de place à la vérité dans cette affirmation d’un travail incessant (jour et nuit ! Mon Dieu, comment peut-on mentir avec autant d’aplomb ?) - seulement en 5 jours comme travail effectif la remise du rapport par Yves Jégo, le conseil des ministres, la visite de Socratès (Portugal) et … et c’est tout. Le reste ce sont des réceptions, des discours. Ah oui, il reçoit du muguet. Voilà l’activité de notre Président : discours et réception.
Alors reparlons transparence. Ce jour, mercredi, à nouveau Nicolas Sarkozy, délégué national de l’Union of Money Profit, reçoit ses ouailles au palais de l’Elysée, palais théoriquement de la République, entretenu et garni par les impôts de tous les Français, mais qui sert depuis que Nicolas Sarkozy est devenu président de la république de pavillon de chasse du parti au pouvoir avec petits fours. D’un côté la transparence est aussi opaque qu’un cul de basse fosse, rien sur l’agenda présidentiel de cette réunion des députés UMP dans les locaux chauffés par la république, ce qui dans le privé serait considéré comme une abus de bien social et de l’autre c’est le scandaleux usage du bien des Français au service d’une faction politique. Les députés ont été invités à déjeuner. Est-ce que ces 278 couverts (276 plus le couple royal) au moins, auront coûté à la France autant que les deux jours de l’Union Pour la Méditerranée, avec ses repas fastueux ?
Ah tiens j’allais oublier. Nicolas Sarkozy ne se contente pas de recevoir les députés. C’est vrai que cet agenda est si transparent qu’on voit le jour au travers mais non les activités réelles de chef de parti du chef de l’Etat. Oui, le mardi, vous savez le jour qui précède le mercredi, le jour au Nicolas Sarkozy ne fait rien d’autre qu’un discours, ce fondu de travail, il reçoit les sénateurs UMP
Le Figaro :
Nicolas Sarkozy a fêté le troisième anniversaire de son élection avec deux jours d’avance, en recevant mardi les sénateurs de l’UMP à l’Élysée.
Avant d’en revenir à notre petite success story, je voudrais commenter ces quelques phrases : Reconnaissant que la majorité avait « perdu » les élections de mars, Sarkozy s’en est pris au passage à ses détracteurs : « Tu ne fais pas campagne, mais tu paies l’addition ! » Il a assuré à nouveau ne s’être investi que dans deux régions, la Guyane et la Réunion, gagnée toutes les deux. « On doit y avoir une conception exotique du rôle du président », s’est-il esclaffé. Evidemment ce n’est pas la modestie qui l’étouffe. Au-delà du fait qu’il ne reconnaît que la défaite de l’UMP et non la sienne, au-delà du fait qu’il joue au martyr (il paye l’addition !), il ne manque pas de culot et s’arrange avec la vérité. D’une part à la Réunion c’est surtout la bagarre entre élus locaux et le maintien de deux listes qui ont donné la victoire à l’UMP (45 % au second tour seulement) et pour la Guyane la tête de liste était l’ancien leader du Parti Socialiste Guyanais, mais il oublie très vite son passage en Corse avec deux milliards de promesse à la clef et son soutien immodéré, avec lois dans la besace, à Hervé Novelli qui s’est gaufré de première (29 % au 1er tour).
Quelle est donc l’histoire ? Nicolas Sarkozy à peine installé à la Lanterne, mettant dehors Villepin pourtant toujours Premier Ministre, avait instauré diverses réunions (au moins trois par semaine ces derniers temps) à l’Elysée avec les caciques de la majorité, avec les meilleurs communicants des ministres et avec les députés UMP. Tout comme il avait créé une cellule avec Dominique Paillé d’une part et Alain Marleix d’autre part avec comme seul objet détruire Bayrou (confère les articles
du Monde), cellule dont les membres sont payés par l’Etat au service unique et personnel de son chef et de ses affidés et non de la France, cette fille qu’au pouvoir on aime violer en tournante, au détriment de la démocratie, de l’honnêteté et de la justice. Dans cette continuité qui est la seule constance du chef de l’Etat, il a reçu ce mercredi à nouveau les députés de la majorité et à nouveau à l’Elysée, et à nouveau sans que cela ne soit inscrit dans l’agenda présidentiel
Le Figaro :
Plusieurs députés ont été interrogés par la presse à l’issue de leur entrevue désormais mensuelle avec le chef de l’Etat. 276 députés étaient présents.
Comme vous avez noté cette réunion est mensuelle.
Mais voilà, s’il y a bien un domaine qui a no limits (les confins comme l’on dit) c’est bien celui de se moquer du monde. Qu’a pu dire Nicolas Sarkzoy aux députés ? Voilà, selon la Pravda ce qui est rapporté : Nicolas Sarkozy a affirmé aux députés UMP qu’il a reçus aujourd’hui, qu’à partir du deuxième semestre 2011, une fois les réformes bouclées, "on ne fera que de la politique", nombre de participants ayant alors cru comprendre que le président avait l’intention de se représenter, en 2012.
Dans cette information, finalement peu importe que cela soit une annonce de sa possible candidature, le scandale, car il existe et il n’est pas mince, il est ailleurs. Ainsi en est-il que : qu’à partir du deuxième semestre 2011, une fois les réformes bouclées, "on ne fera que de la politique"
Tout d’abord un petit mot de vocabulaire. Faire de la politique en Sarkoland, cela n’a rien à voir avec la chose publique, le sens philosophique et élevé de cette expression. Non cela veut dire faire de la communication électoraliste, trouvons tous les moyens pour gagner les élections. Petite mise au point nécessaire. Ne mélangeons pas les petites choses d’arrière cuisine avec les grandes.
Pourquoi est-ce si choquant ? Et même proprement scandaleux.
La première chose qui vient à l’esprit est qu’un chef d’Etat dans la situation de crise extrême dans laquelle se trouve la France se devrait d’user de toute son énergie, de toutes ses capacités pour travailler d’arrache-pied jusqu’au soir de la veille des élections pour aider la France et les Français à surmonter la crise. Or il décide dores et déjà qu’il va laisser la France à vau l’eau pendant au moins neuf mois - et c’est très long neuf mois - et ne plus rien traiter d’autre que des élections.
La seconde chose qui frappe c’est qu’en pleine crise grecque, en plein maelström financier européen, boursier, de ces deux derniers jours (baisse de 5 % en deux jours soit ramené à l’année cela représente 125 % ! ), la mise en cause de l’Espagne, du Portugal, de l’euro, de l’Europe même, Nicolas Sarkozy parle de 2011 et de faire de la politique. Le Figaro peut essayer de nous vendre l’image d’un président qui écoute et voit loin (cf
Marianne2), cette information en est sa contradiction absolue. Du reste son agenda parle pour lui. Alors qu’une secousse majeure ébranle l’Europe, l’activiste à la tête de l’Etat français ne fait rien. Si, il réunit l’UMP et leur parle de ne faire que de la politique.
La troisième chose est tout aussi scandaleuse car elle touche tant le fond que la forme. Passons à côté de la propagande sous-jacente de cette information qui veut dire en creux que si Nicolas Sarkozy ne fera de la politique qu’en fin 2011, cela veut dire que jusque là il travaille pour la France et les Français.
Est-ce qu’en créant cette cellule avec Marleix et Paillé, il ne faisait pas de la politique ?
Est-ce qu’en trafiquant des sondages dont a bénéficié Le Figaro, et en s’en servant pour manipuler l’opinion, il ne faisait pas de la politique ?
Est-ce qu’en réunissant les ministres les « mieux » communicants, une fois par semaine, il ne faisait pas de la politique ?
Est-ce qu’en réunissant une fois par semaine les caciques de la majorité il ne faisait pas de la politique ?
Est-ce qu’en s’engageant dans les trois dernières élections il ne faisait pas de la politique ?
Est-ce qu’en réunissant à l’Elysée les députés UMP il ne faisait pas de la politique ?
Est-ce qu’en réunissant à l’Elysée les sénateurs UMP il ne faisait pas de la politique ?
Est-ce qu’en allant aux réunions publiques de l’UMP ou devant les militants dans d’autres réunions ou au siège de l’UMP il ne faisait pas de la politique ?
Est-ce qu’en préparant des éléments de langage, répétés comme des perroquets par les ministres et autres caciques du pouvoir, et donnés le soir des élections à l’Elysée il ne faisait pas de la politique ?
Est-ce qu’en allant seul au plateau des Glières (seul devant la caméra, mais avec 200 personnes autour) il ne faisait pas de la politique ?
Est-ce qu’en proposant la lettre de Guy Môquet, le parrainage d’un enfant de la Shoah, en participant au dîner du Crif et annonçant sa visite à Israël comme si judaïsme et état d’Israël étaient la même chose, il ne faisait pas de la politique ?
Est-ce qu’en faisant tant d’annonces tonitruantes suivies d’aucun effet (moralisation du capitalisme, lutte contre les parachutes dorés, une République irréprochable, un gouvernement resserré et paritaire, etc.) il ne faisait pas de la politique ?
Est-ce qu’en se servant de l’insécurité et en annonçant ce qui se fait déjà il ne faisait pas de la politique ?
Est-ce qu’en utilisant tous les faits divers (comme recevoir les deux chauffeurs de bus caillassés … et les autres ?) il ne faisait pas de la politique ?
Est-ce qu’en pleine période éminemment perturbée par la crise financière, économique, européenne, sociale et humaine demander
le vote en urgence de la loi sur la burqa (en urgence !!) il ne fait pas de la politique ?
En réalité ce n’est pas : Sarkozy : mi 2011 « on ne fera que de la politique » mais Sarkozy : 1974 « je ne ferai que de la politique* ! »
* au sens de Sarkoland
Vignette Wikipédia, Sarkozy 2009 (avec oreillette et téléphone spécial SMS)