Scène de ménage
par alinea
jeudi 4 mai 2017
J’ai comme un symptôme de honte
Ça fait drôle, ce ton ; c’est le même qu’on trouve ici, c’est la mode ?
Ça fait drôle les deux journalistes absolument inexistants pour nos combattants de l’absurde.
C’est étrange cette lessive faite en public sans qu’on ait vraiment d’accointance avec l’un ou l’autre.
Le niveau baisse, il n’y a pas qu’à l’école, ceci dit on voit que Macron fut bon élève, il l’est toujours et j’ai été étonnée pour tout vous dire par sa maîtrise de lui-même. Certes il partait en live et ne s’arrêtait plus de se justifier, mais c’est le sort de tous ceux qui passent au tamis le Pen, c’était déjà le cas du temps du père. N’attendons rien de sérieux de la part de ces deux-là.
Néanmoins, l’état d’excitation se voyait dans le vif du bleu des yeux de Macron ; il n’a pas eu le dessous, mais pas le dessus non plus, chacun y retrouvera le sien et je suis bien contente d’être abstentionniste, parce que si j’avais décidé de voter pour l’un ou l’autre, j’aurais pris une claque.
Ah parfois, que j’aimerais que tout le monde ressente les choses comme moi : personne n’irait voter dimanche, vous vous rendez-compte, personne ! Ça serait grandiose, inédit, inégalable, inimitable, on dirait juste : on voudrait quelqu’un à notre niveau, quelqu’un qui ne nous fasse pas honte à l’étranger ; on n’a pas besoin de marchands de tapis menteurs comme des arracheurs de dents ou bien pas non plus de girouettes ou d’un qui n’a absolument aucune vision de la société dont il se propose de façonner l’avenir.
La petite bagarre, « chez Whirlpool » qui a duré assez longtemps pour embarrasser Miss Charlie, était, comment dire, surréaliste ? Non ce serait faire tort à cette époque d’un art créatif débordant d’imaginaire et d’audace, c’était drôle, ces deux clampins qui étaient là pour nous persuader, l’un et l’autre, qu’ils étaient les meilleurs pour nous diriger !!
Nous diriger, oui, mais où ? La question reste posée.
De temps en temps ils intervertissaient les rôles ; une fois c’est Macron qui plagiait un bout du discours de Fillon, au point que j’ai cru que c’est ce qu’il voulait faire entendre au public complice, ou qui disait à Le Pen qu’elle parlait pour ne rien dire, comme si, au cours du premier débat à cinq, il avait bien repéré les trucs de l’autre et les lui renvoyait en boomerang ; une autre fois c’est le Pen qui trouvait Macron amène en voulant dire le contraire !
On la sentait un peu tendue dans son rôle comme ayant peur de louper une réplique ou une partie de son texte, mais elle a réussi à garder le bon ton jusqu’au bout.
Ce débat, appelé sobrement duel par la chaîne que je regardais en direct de mon ordinateur, m’a littéralement désopilé la rate. Soudain mes anxiétés, mes inquiétudes mon sentiment d’urgence à agir se sont sentis aspirés par un ressac sans danger vers un lieu où tout n’est rien où rien est tout, lieu qu’un premier de la classe ou une poissonnière se proposent de gérer, d’organiser pour nous ; nous, non, ils s’en foutent un peu, on sent que ce n’était pas la partie du texte la plus facile à mémoriser, mais le lieu, un hexagone aimé, magnifié en des termes étonnants d’originalité, mais qui n’a pas besoin de nous pour garder sa belle et grande beauté. Ce sont eux qui feront tout.
Je ne suis même pas triste, moi qui ai pourtant toujours la colère à fleur de peau ou la larme à l’œil, je suis vide.
Vous voudriez que je vous raconte, vous explique, vous commente, vous résume, ce débat ? Je n'ai pas vu la toute fin, c'est ma machine qui s'est bloquée, d'angoisse, allez savoir.
Voilà : ce fut un petit condensé des faits et gestes des uns et des autres ces derniers jours, ces dernières semaines, ces dernières années, voire décennies. On aurait cru qu’ils étaient en train de divorcer et qu’ils s’accusaient mutuellement d’être cause de la débâcle : c’est bien toi qui nous a fait perdre un bon coup là, en vendant l’usine, et tu voudrais garder les mômes ? Mais c’est pas moi je n’y étais même pas, tu perds la tête ma pauvre, c’est ta famille qui nous gonfle depuis des décennies… oui mais c’est bien toi qui fréquentes des endroits louches, t’acoquines avec n’importe qui, lèches les bottes du patron… mais non c’est toi qui fais des promesses insensées, t’as même pas un rond pour en réaliser la queue d’une…et tu as toujours mélangé les papiers peints, tu pérores, tu gesticules mais tu brasses du vent, et tu voudrais que je te laisse les mômes ?
Voyez ?
Je n’aimerais pas être dans la peau du juge qui doit trancher, donner raison à l’un ou à l’autre ; non, je n’aimerais pas. Et nous les mômes, dans cette histoire, on est mal ; certes il a dit qu’il nous respectait, qu’il ne nous prenait pas pour des cons, mais elle , elle a dit qu’elle nous avait dans le cœur, alors.
N’empêche, elle était agressive, vous savez comme elle est quand elle veut prouver qu’elle a toujours raison, et lui il était gentil, vous savez comme il est quand soudain, de bonheur de nous voir tous là, autour de lui, il déclame ses oraisons et nous dit : tout ira bien, vous verrez, il suffit de penser printemps. Ou bien quand soudain il s’étonne : comment peux-tu dire que je ne suis pas gentil avec le corps des femmes ? Prêt à fondre en larme.
C’est pas bien résumé ? Ce ne sont que de petits flashs ? C’est tout ce que j’ai vu.
Les arbitres n’avaient jamais vu un combat comme celui-là, on sentait qu’ils s’avisaient à temps qu’un des deux serait président et qu’il ne fallait pas quand même trop hausser le ton ; le ton, c’était eux qui le donnaient, et nous qui en étions caution.