Ségolène, de la responsabilitude, ayez pitié du PS, ce Parti à Sauver !
par Bernard Dugué
vendredi 4 janvier 2008
Elle a enfin affiché ses intentions. Ségolène Royal, l’antithèse de Lionel Jospin qui un soir d’avril déclara hâtivement, je tire les conséquence de ma défaite et me retire de la politique. Madame Royal au contraire, après huit mois de réflexion, déclare, je tire les conséquences de mon brillant échec en 2007 et recolle de plus près à la politique en briguant la tête du parti socialiste. Non sans justifier telle une élève appliquée les raisons qui la poussent à faire ce choix. Je ferais une offre politique, a-t-elle dit ce matin sur France 2. Ensuite on peut transcrire la suite. Vous lirez mon devoir écrit, ensuite le passage à l’oral, et vous vous déterminerez. Sa démarche semble honnête. Faire une proposition politique, voir si les Socialistes y adhèrent et ensuite, se présenter pour être la Première secrétaire, position tactique s’il en est puisqu’une règle non écrite stipule que la tête du PS a vocation à briguer la magistrature suprême. Sauf qu’en 2006 cela ne s’est pas passé ainsi.
Il y a fort à parier que le scénario de 2007 se répète en 2012 et que la candidature ne se fasse pas sur la tête du PS mais la tête des sondages et la célébrité dans les écrans. Mais cette fois, Madame Royal jouera sa carte décisive car, étant déjà bien placée dans les médias, sa position de chef de file fera d’elle le premier choix pour l’occupation du temps d’antenne et dès qu’une crise se dessine, un événement, un écart de Sarkozy, elle sera aux premiers postes, et même dans les postes, pour mener la guerre de tranchée médiatique et donner aux Français l’idée qu’ils trancheront sur du tangible. Mais la leçon de 2007, c’est qu’il ne suffit pas d’être dans les écrans et en tête de sondages. Une élection se gagne aussi avec une équipe. Et ce fameux soir où Glucksmann monta à la tribune et où toutes les stars et les lieutenants de l’UMP furent réunis symbolise cette victoire de Sarkozy en dépit de la puissance populaire du TSS, tout sauf Sarko.
Est-ce en fin de compte un service à rendre au PS que de persister à se poser en première dame alors qu’on a subi un échec ? Certes, il y a des précédents. Mitterrand et Chirac n’ont-ils pas échoués deux fois ? Mais time are a changing comme chantait Bob Dylan et nous pourrions nous inspirer des Américains ou des Britanniques chez qui un candidat ayant échoué se retire. Même Al Gore, en odeur de sainteté depuis sa croisade contre le réchauffement, ne se présente pas. Cela dit, rien ne s’oppose à ce que notre nation la joue en village gaulois et se singularise. L’affaire est en balance. En attendant, un autre est en embuscade, un fourbe, bien placé aussi puisque sur place, à Paris, pas loin des studios de télévision, dans un Hôtel de Ville qui servit de base à Jacques Chirac pour mener campagne.
Si j’étais militant socialiste, je m’inquiéterais sur la décision de Ségolène Royal et le risque de placer à la tête du parti une femme qui n’a pas démérité mais qui a plutôt divisé que réuni, jouant d’une popularité par quelque effets de scène et de lumière, de mise en scène et de verbe, mais masquant l’effritement et les fondements de cette formation. Royal ne semble pas la mieux placée pour incarner les espoirs d’une gauche qui doit se retrouver autour d’idées. N’est-il pas consternant, ce discours de vœux pour 2008 d’une triste banalité ? Traduisant des confusions, notamment sur cet amalgame entre terrorisme, pauvreté, diktat de la finance. Ségolène Royal est sans doute la meilleure d’entre toutes mais dans un domaine, celui de la méthode coué. Elle est persuadée de son aura, de sa capacité à séduire et rassembler les Socialistes, ce qui est un déni de réalité et quand bien même il y aurait unité sur sa personne, une élection se gagne à gauche avec des idées de progrès et l’assentiment des citoyens de gauche en attente d’une France nouvelle, d’une page à écrire après la page fermée par Sarkozy.
Il est temps de reprendre raison pour les militants du PS et de bien peser et mesurer le dessein de Madame Royal, d’être intuitif, voire visionnaire, afin de ne pas mettre un couvercle étincelant sur une marmite de militants et d’idées qui ne parviennent pas à la température d’émulation. Le couvercle risque de ne pas décoller, d’autant plus que quelques casseroles y sont attachées, non pas des délits de société, qui n’ont du reste jamais empêché Chirac de se faire élire, mais des délits d’amitiés, de confraternité, des fractures internes ayant conduit Besson et Bockel à rejoindre Sarkozy. Si on veut prendre le risque de dépecer encore plus le PS, alors le choix Royal paraît tout indiqué. Ségolène, faites preuve de responsabilitude, la France de gauche vous le demande !
Quelle alternative pour le PS alors ? Car s’il est aisé de critiquer, il faut proposer une alternative. Tout d’abord un premier constat. La tenue des primaires a représenté pour le PS une manière d’innover et de se démarquer de l’UMP. La tentative de Madame Royal pour conquérir la tête du PS ne paraît-elle point une trahison vis-à-vis de cette innovation. De sa position de Première secrétaire, on peut imaginer, qu’elle verrouille la germination d’un parti en attente de rénovation. De ce fait, ce serait là une régression mitterrandienne qui ne correspond plus à l’esprit de l’époque et d’ailleurs, il serait loyal qu’ayant échoué contre Sarkozy, Ségolène Royal se remette en concurrence pour d’éventuelles primaires en 2011, et que le meilleur gagne. Décidément, cette dame est bien pressée d’arriver au pouvoir de son parti et c’est de plus incohérent. Pourquoi faire une offre politique alors que Sarkozy n’a même pas régné un ans, que la conjoncture peut changer d’ici là et qu’enfin, des idées inédites pourraient très bien émerger, avec quelques nouvelles têtes. Régressive la Royal ? Oui, aussi, si on entend son discours de vœux où elle n’économise pas ses louanges à un Etat qui devrait selon elle pratiquement tout faire. Ces vœux, un aveu !
La meilleure solution, ce serait de désigner un Premier secrétaire en explicitant clairement une règle de bonne conduite stipulant que le chef du PS n’a aucune priorité présidentielle et qu’il est nommé pour représenter le parti, jouer un rôle de modérateur, dynamiseur de synergies, juge de paix. Et ensuite, que les dialogues et les débats se dérouleront sereinement. Un Jean-Marc Ayrault pourrait très bien assumer cette fonction. Ces questions engagent l’avenir de ce parti. Si on laisse Madame Royal aux commandes, le destin du PS sera signé dans le Titanic.