Service civique : Bernard Laporte innove et rend le volontariat obligatoire
par Aurelien
vendredi 7 décembre 2007
Dans une interview récente, Bernard Laporte a ressorti un vieux serpent de mer français : le service civique obligatoire. Sa mouture imposerait 100 heures de travail au service d’une association aux adultes de 18 à 25 ans. Depuis la disparition du service militaire, le monde politique reste nostalgique de cet apprentissage forcé, qu’il soit militaire ou « civique ». De la remise au pas des insoumis à l’apprentissage supposé de la mixité sociale, les arguments en faveur d’un service obligatoire affluent de la droite comme de la gauche.
Contraire à l’éthique d’une démocratie moderne, le travail obligatoire est aussi contraire à la Convention européenne des droits de l’homme. Semblant ignorer ce fait, le secrétaire d’Etat aux sports propose également d’instaurer un « livret d’épargne civique » qui suivrait chaque Français tout au long de sa vie. L’aspect bureaucratique et le coût de ces mesures ne sont jamais exposés au grand public, afin de ne pas l’effrayer avec cet aspect trivial. Plus important, il s’agit d’un choix de société dont les conséquences inquiètent profondément les libéraux.
Tout le monde s’accorde sur le fait que l’engagement associatif, fruit d’une démarche volontaire, constitue une formidable expérience. Le don de soi favorise l’épanouissement personnel au travers de l’échange. Il renforce progressivement notre tissu social et contribue à l’émancipation de la société civile vis-à-vis de l’Etat. Nous en sommes loin, et cela alimente l’inquiétude de Français confrontés à une société divisée et déprimée. A chaque ébullition dans une cité, à chaque sondage révélant un sentiment de délitement social, nos gouvernants cherchent les artifices qui calmeront les craintes de leurs concitoyens. S’ils affirment vouloir davantage d’implication individuelle dans la vie locale et dans le monde associatif, nos politiques persistent à vouloir construire une société idéale bien artificielle. Pour Alternative libérale, la société civile ne regagnera du terrain que si les individus qui la composent se sentent responsables de son sort et libres de leurs choix. L’engagement contraint et formaté ne remplacera jamais l’implication volontaire dans la création du lien social.
L’architecture de notre modèle social date de la période de reconstruction après-guerre. Profondément collectiviste, elle laisse un espace de décision trop réduit aux individus et à la société civile. Peut-être le « repli sur soi » tant décrié constitue-t-il d’ailleurs une réaction de défense face à un système qui a substitué ses contraintes rigides au nom du « bien public » à de nombreux choix qui auraient dû rester individuels ? En tout cas, notre modèle révèle aujourd’hui ses limites, par exemple avec le risque d’écroulement de notre régime des retraites par répartition. La dette qui attend le « jeune de 18 à 25 ans » commence à ébranler les fondements de cette « solidarité intergénérationnelle » tant vantée par ceux qui ont dépensé cet argent qu’ils n’avaient pas. Faire de l’engagement citoyen une obligation, sans en saisir la contradiction, revient à culpabiliser implicitement la nouvelle génération pour son irresponsabilité et son égoïsme supposés. Est-ce bien le message que nos hommes politiques veulent faire passer à ceux qui devront porter ce fardeau ?
Le « livret d’épargne civique » marque une étape supplémentaire dans la reconnaissance officielle de ce type d’engagement. En consacrant le travail bénévole au travers d’un statut, un de plus, l’Etat pourra enfin influer sur ce type d’engagement qui relevait de la sphère privée jusque-là. Si cette intrusion va à l’encontre de la volonté de discrétion de nombreux bénévoles, elle va surtout créer deux catégories de citoyens : ceux dont l’engagement sera visible et les autres. Si seuls nos comportements dangereux pour notre santé et celle d’autrui étaient la cible de réglementations et de discours publics culpabilisants, nous glissons irrésistiblement dans l’ère du jugement moral d’Etat. Après les messages obligatoires accompagnant toute promotion d’alcool ou d’aliments jugés peu sains, nous aurons dorénavant une quasi obligation morale d’être bénévoles et de l’afficher sur un livret. Aux incitations fiscales suggérées, paradoxales pour du bénévolat, succéderont peut-être un jour des sanctions. A quand la pastille verte du bénévolat, le bonus-malus en fonction de son engagement civique ou les emplois prioritairement accordés aux détenteurs d’un « livret d’épargne civique » bien rempli ?
Les libéraux, avocats et initiateurs historiques de la liberté d’association et de l’engagement civique, s’accordent tous à penser que la société civile doit se muscler. Nous sommes au seuil d’un choix crucial concernant notre modèle de société : l’approche libérale ou la méthode dirigiste. Bernard Laporte nous propose la seconde option, certes plus facile à médiatiser pour un ministre qui cherche à capitaliser sur son image. Mais en classant ceux que l’Etat juge coupables de ne pas jouer collectif dans la catégorie des citoyens de second rang, notre pays s’engage dans une voie dangereuse. Considérant au contraire la liberté comme fondatrice des rapports sociaux, Alternative libérale souhaite passer d’une « société de contrôle » à une véritable « société de confiance et de responsabilité ». M. Laporte, les libéraux vous demandent de ne pas forcer de jeunes adultes à servir malgré eux, à ne pas faire du bénévolat un critère moral public. Retirez votre projet de service civique... par simple civisme.