Sherlock Holmes et l’étrange affaire du cabinet noir
par velosolex
mardi 28 mars 2017
C’était par une de ces journées grises et ternes typique du mois de Mars Londonien, que nous primes connaissance de l’affaire. Holmes était atteint d’une neurasthénie profonde et hésitait entre une pipe d’opium et un programme TV, deux formes de dérivatif à l’existence, le second encore bien plus dangereux que l’autre.
La sonnette de la porte d’entrée du 221 B Baker Sreet se mit à raisonner avec tant d’insistance, que j’hésitais à me déplacer, appréciant bien peu de telles manières intempestives. Mais l’envie de donner du « grain à moudre » au cher homme, comme on dit sur le continent me fit me raviser.
C’était une femme, bien mise de sa personne, située dans la cinquantaine avantageuse, et dont on voyait, autant dans la maintien que dans les manières, qu’elle faisait partie de la meilleure société. Avant qu’elle eut ouvert la bouche, Holmes après l’avoir dévisagé brièvement, rejetant le « Times », qu’il lisait,l’invita à s’asseoir.
« Reposez-vous, miss. Vous devez être fatiguée. C’est que la route est longue depuis le département de la Sarthe. Je peux vous rassurer, votre époux n’est pas encore en prison ! Sans doute devriez être plus confiante en l’avenir. Votre fortune considérable n’est-elle pas de nature à vous éviter l’armée du salut ? »
La noble dame en resta bouche bée, et ne put éviter de piquer un fard révélateur.
« Assurément vous êtes très fort ! Dit-elle, se relevant d'un bond. On ne m’a pas trompé sur vos talents. Vous êtes assurément le seul homme qui peut nous sauver des méchants qui s’acharnent à nos basques !
« Mais vous êtes un magicien, ne pus je m’empêcher d’exulter ! Un véritable Houdini ! Comment avez vous pu percer ces choses, Holmes ? »
Si elle nous vidait son petit sac Hermès, je suis persuadé que le titre de transport qu’elle a utilisé est un billet de seconde classe. Miss Penny a peur de déchoir, suite aux affaires calamiteuses de son mari, le baron Fillon, qui traverse en ce moment quelques infortunes.
Le comte sandwich en tomberait à la renverse ! Assurément, pour oser changer cette règle d’or qui veut qu’un honnête sandwich ne peut se baser que sur une honnête tranche de jambon, pris entre deux tranches de pain de mie, il faut avoir vécu de longues années en France. Et miss Penny remplit précisément toutes ces conditions.
On ne pouvait que s’incliner devant l'art du grand homme !...Etait-ce de se voir mise à nue, de façon métaphorique bien sûr, mais je vis miss Penny devenir blême. Holmes n’eut que le temps de se lever pour la recevoir dans ses bras. Nous l’installâmes sur le divan, et les sels que j’allais chercher dans ma mallette lui fit rapidement retrouver tout ses esprits. Elle nous adressa un sourire timide, s’excusa de la gène occasionnée.
Assurément, se perdre au fond du bocage français, n’avait pas donné à cette dame une saine tranquillité d’esprit, mais plutôt des émois vaporeux du genre de que cette Madame Bovary éprouve, dans le roman de Gustave Flaubert.
Elle réussit enfin à dompter son discours, retrouvant une maîtrise toute britannique.
« Quand une situation est au pire, il faut qu’elle cesse ou qu’elle se relève ! Comme disait Shakespeare. C’est un maître qui m’aide à vivre, dans cette province perdue, où les hasards de l’existence m’ont fait attachée parlementaire et peut-être demain première dame de France. Ou alors jetée comme une coquine au fond d’un cachot ! »
« My god ! Ne pus-je m’empêcher d’intervenir. N’exagérez vous pas un peu ? Il me semble que la reine interviendrait si une si gracieuse représentante de la couronne Britannique était inquiétée outre manche ! »
En fait, c’est surtout depuis que ce méchant canard s’est mis à cancaner à chaque pas que nous faisons, et sur la qualité de mon travail d’attachée à mon husband, que la vie est devenue un enfer ! Au moins, comme disait Hamlet « Je tâche d’affecter l’apparence de la vertu ! »
Mais même Shakespeare que j’adore et me divertit n’ a pas assez de clés dans sa boite à outils pour venir toujours à mon secours...Il doit exister une intelligence supérieure qui préside à ces manigances.« Please, my lord, help me ! Venez au plus vite afin de démasquer cette conspiration. Mon mari pense qu’un cabinet noir se trouve au centre du complot, situé au centre même de l’état. J’ai bien peur que ses bad boys mettent demain l’entente cordiale entre la France et l’Angleterre en danger ! Qui sait si ce méchant canard ne va pas se déchaîner davantage et se transformer en vautour, tant ses manœuvres préparent déjà la guerre ?"
« Watson, me dit Holmes. Je vous invite à préparer nos malles ! Nous ne pouvons dignement laisser cette dame dans un tel embarras. Néanmoins je dois préciser à Miss Penny qu’une telle mission représentera une jolie note de frais, surtout si nous devons nous établir à Paris ! »
« Il n’y a que les mendiants qui savent compter leurs richesses. (Romeo et juliette). Mais je saurais vous rétribuer. Même si l’essentiel de notre argent va à la défense de notre cause, il me reste encore de nombreux pots de confitures datant de l’an passé, de l’époque heureuse des primaires, où mon statut d’attaché parlementaire ne me faisait pas encore rougir. Même s’il y a peu à choisir, entre des pommes pourries »..(La mégère apprivoisée) »
Miss Penny ne pouvait rester davantage, et continuer à nous instruire en tirades de Shakespeare, car elle avait trouvé un cheval pour son royaume, sous la forme d’un covoiturage intéressant. Un prince Saoudien l'emmenerait à bord de son yacht jusqu’à Deauville. De là, un capitaine de sous marin russe, pour quelques vils euros lui avait proposé de remonter la rivière Sarthe, en plongée, la déposant ainsi à quelques encablures de son domaine.
C’est dire comment cette femme sut nous impressionner par son intelligence et ses capacités pratiques de femme moderne. Pouvait-on rêver meilleure attachée parlementaire ?
Quelques jours plus tard, nous quittions Londres, et débarquâmes au Havre. Là, nous louâmes des chevaux, afin de rejoindre au plus vite le domaine du baron Fillon….
C’est miss Penny qui nous ouvrit. Le baron se tenait derrière elle, aux aguets. La poignée de main qu’il me tendit me parut bien molle. Pendant un bon moment, il resta ainsi à l’écart, laissant son épouse nous parler en notre bonne langue anglaise, l’aérant encore de ci de là des citations de Shakespeare qui semblaient chez elle comme une respiration naturelle.
… « Des espions étaient partout », nous confia enfin le baron, nous prenant à part. Il fit de suite référence à ce fameux « cabinet noir » dés que nous fûmes dans la salon, jetant un coup d’œil par la fenêtre..Il nous montra un livre écrit d’ailleurs à ce sujet et qui avait confirmé ces intuitions. Les preuves étaient là, indiscutables. Le monde allait savoir. Il fallait tirer une édition anglaise !
Nous passâmes dans la salle à manger aussitôt. Les cuisses de grenouilles risquaient de refroidir, nous dit sentencieusement Pénélope. Etait-ce là encore une citation de Shakespeare ? Ne sachant trop, je préférais sourire d’un air entendu, alors qu’elle soulevait le couvercle de la marmité, pour commencer le service.
Assurément, l'art de manger des cuisses de grenouille devait être une de ces choses qu’on apprenait à l’ENA.. Une sorte de rituel, un bizutage, un bon entraînement entre ministres, capables par leur exemple de faire avaler plus tard ces fameuses couleuvres au peuple, toujours retors aux sacrifices..
Le simple don d’un admirateur inconnu, nous dit le baron.
Miss Penny avait peut être bien raison. Mais il y avait bien quelque chose de pourri au royaume de France !
Dieu merci, aucun espion de n’importe quel cabinet noir ne pouvait révéler mes pensées les plus secrètes, alors que mon imagination un peu débridée par l’alcool s’affranchissait de toute pudeur, en regardant évoluer la gracieuse Penny.
Même s’il devait passer par toutes les couleurs, frôler l’apoplexie, et se démettre l’épaule en tirant sur le tire bouchon, cet homme ne devait jamais céder en rien, quitte à casser la bouteille, et ne pas verser la moindre goutte à ses invités.
La nuit était tombée, et nous passâmes dans la bibliothèque. Penny avait allumé des bougies, afin d’économiser l’électricité. Leur faible lueur faisait tourner des ombres inquiétantes sur le visage du baron, et un moment, je crus reconnaître le visage grimaçant du comte Sarkozy, celui dont la famille avait quitté la Transylvanie pour s’installer aussi en ce pays. L’instant d’après ce fut la tête du général de Gaulle que je crus voir en ombre chinoise sur les murs de pierre de taille. Je devais avoir trop bu du château-Vladimir, et perdis le fil du dialogue, comprenant mal cette langue sans sauce à la menthe et sans accent tonique. Pour la première fois je vis sourire le baron, en évoquant une de nos compatriotes, Miss Thatcher.
L’idée fugitive me vint de nous déguiser en canard, et de suivre la file des gallinacés, pour arriver naturellement jusqu’à ce mystérieux cabinet noir….C’est là sûrement que les conspirateurs, une cagoule sur la tête, s’asseyaient tous autour d’une grande table
Beaucoup d’interrogations, donc ! Cependant le baron était un homme à solutions. Il nous remis à chacun une carte d’attaché parlementaire, dont il avait toute une collection. Celles là même que Penny n’avait jamais utilisées. Avec ça, nous pouvions rentrer dans le palais de l’Élysée en toute discrétion .
Las, je m’ effondrais sur le lit, sombrant dans un sommeil agité, plein de cauchemars étranges. Pouvait il en être autrement dans ce pays de chasseur de grenouilles et de folies bergères, où l’on mange des rillettes et où les attachées parlementaires sont payés fort chers à faire de la confiture ?…..Il devait être trois ou quatre heures quand Holmes me réveilla.
« Habillez-vous vite, Watson, nous partons en exploration. Sans doute n’y a t’il pas besoin de gagner Paris pour élucider le mystère de ce fameux cabinet noir ! »
Nous descendîmes les volées d’escalier en faisant le moins de bruit possible.
« N’avez-vous pas fait attention à ce bruit de moteur lancinant ? Il devient de plus en plus insistant au fur et à mesure que nous descendons »
Les marches de pierre humides devinrent de plus en plus étroites. Enfin nous arrivâmes dans une grande pièce voûtée, bruyante. Ce que j’identifiais immédiatement comme des rotatives de presse tournaient à pleins régimes.
Les journaux tombaient, en pile, les uns au dessus des autres. Un casquette de rédacteur sur la tête, un animal étrange, tenant à la fois du canard et du baron Fillon commandait les opérations.
Il semblait dans son monde électoral, totalement coupé du réel et des contingences ordinaires, et ne nous aurait pas vu si Holmes ne s’était pas approché de lui, et ne lui avait déplié sous le nez un des journaux sentant encore l’encre fraîche sous les yeux.
En deuxième page : "Nos canettes acclament le candidat Fillon ! Les dindons sont refaits, et vont être inculpés !".... Voici une version bien étrange et apocryphe du fameux canard ! « Le canard déchaîné ! » Plus d’un lecteur se serait sans aucun doute fait avoir au subterfuge.
Le vers était dans le fruit. Comme à la lecture de ce fameux livre « Bienvenue place Beauvau ! » Il ne restait plus qu’à attendre le temps de cuisson parfait pour retirer la marmite pleine de grenouilles, de les faire voter, et de servir !
« Ainsi, baron, c’est ainsi que vous comptiez nous utiliser ! Une fois que nous serions entrés en douce au coeur de l'Elysée, un de vos agents n’aurait pas manqué de nous photographier, nous compromettant assez pour acheter ensuite notre silence, tout en vous assurant notre caution ! Vous n'avez reculé en rien, allant jusqu'à utiliser votre noble épouse, et ses qualités indiscutables, liées à sa culture à son charme, et à son art de mettre Shakespeare en confitures pour nous appâter !
C’était donc cela ce mystérieux cabinet noir : Une pièce étrange, sans fenêtre, qui n’est que dans votre tête, et par lequel vous espionnez le monde par le trou de la serrure, sensible uniquement à vos intérêts de manipulateur !"
Confronté à ses mensonges, le baron avait perdu de sa superbe. ! Il est vrai que cet homme n’existait déjà plus à mes yeux. Avant de descendre dans la cave, Holmes m’avait montré la pièce des cadeaux, dont cet homme caméléon affublé d'une poche kagourou et tenant de l'ornitorynx avait fait grand profit : La caverne d’Ali baba ou le trésor de l’Aga khan semblait anecdotique à coté de ce qu'il avait accumulé… Les retours sur intérets s'avéreraient considérable pour le peuple français, si cet homme venait à être élu.
« Trop tard, sortit il d’une voix blanche. Un première édition de ce nouveau canard est déjà partie et va inonder le pays ! »
Il semblait posséder la vilenie et le pouvoir de machination de Moriarty, et si je n’avais pas vu celui ci de mes yeux disparaître dans les chutes de Richenbach, j’aurais juré avoir devant nous notre ennemi éternel.
« Il ne vous reste plus qu’à écrire une édition spéciale, pour annoncer votre démission de la présidentielle dit Holmes, en lui montrant un détail, sur la première page. »
Le baron blêmit. Cette fois-ci il ne pouvait que s’incliner, avouer sa défaite. Il allait se retirer de toute vie politique, et promit de se consacrer finalement à ses deux passions. Le culte de Margaret Thatcher, et l’exportation de rillettes vers l’Angleterre et l’argentine, afin de créer une nouvelle entente cordiale. .
Alors que nous sortions du château, après avoir pris congé de Miss Penny, pauvre innocente créature flouée en dépit de son propre gré, condamnée comme Sisyphe à faire des confitures et des rillettes, je ne pus m’empêcher de demander à Holmes comment il avait réussi à convaincre le baron de s’amender.
« Mais c’est élémentaire, mon cher Watson. Mais « good heavens ! », il faut reconnaître que dieu nous est venu en aide. Le canard enchaîné, comme ceux qui l’achètent le savent, sort le Mercredi de chaque semaine.
Ors le baron qui ne l’achète jamais, s’est trompé et a daté son édition au Samedi, qui est comme chacun sait le premier avril, la journée internationale de la farce.
Dés lors, comment pouvait il être pris au sérieux ? S’il y a une chose que les politiques ne supportent pas, c’est bien le ridicule.
Peut-être ce peuple de froggys va-t-il enfin sortir de sa cécité ?
« Car comme dirait miss Penny qui adore Shakespeare : « C’est un malheur du temps que les fous guident les aveugles ! »
Et comme pour parachever cette histoire, un vol de canards sauvages passant très haut dans le ciel, nous sembla un bon présage.
Même si la nature de leur ricanements ne pouvait souffrir du moindre doute : Ils se foutaient de nous ! Semblablement aux politiques. D’un coté ou de l’autre de la manche et du veston, ils nous prenaient à leurs mesures !