Socialistes : la défaite impardonnable
par Le Hérisson
lundi 7 mai 2007
Après 2002, deux journalistes ont signé un ouvrage intitulé « L’impossible défaite », en parlant de Jospin éliminé dès le premier tour. Cette année, la défaite est impardonnable. Elle illustre un PS en fin de course, incapable de se rénover, incapable de choisir entre la social-démocratie et la gauche antilibérale. De ce fait, les militants du PS se sont fait abuser par les sondages.
Rappelez-vous : il y a trois ans, le Parti socialiste raflait la quasi-totalité des régions et assurait un score sans appel aux élections européennes. Aujourd’hui, sa candidate, au moment où j’écris ces lignes, va probablement perdre ces élections présidentielles « bas la main ». Qu’est-ce qui peut expliquer un tel résultat ?
Droite : bilan désastreux
La défaite de S. Royal est d’autant plus étonnante que la droite sortante affiche un bilan désastreux : jamais les prélèvements obligatoires n’ont été aussi élevés, jamais le moral des Français ne fut aussi bas, les chiffres du chômage, les vrais, sont effarants puisque l’on sait qu’au moins 7 millions d’actifs n’ont pas de travail, ou sont en emploi partiel non voulu (vous savez, ceux qui vous distribuent la publicité le lundi matin...), l’insécurité la plus mal ressentie a augmenté, comme l’atteinte physique aux personnes, sur le plan économique, notre pays a le plus faible taux de croissance de la zone euro. Quelques faits indiscutables parmi tant d’autres qui devraient pousser nos compatriotes à éliminer d’emblée tout candidat qui représente cette droite sortante qui a failli, notamment le ministre d’Etat, Nicolas Sarkozy.
Gauche : absence de stratégie
Tous ces éléments vérifiables par tous auraient dû assurer une victoire éclatante de la gauche aux élections présidentielles. Mais cela ne sera pas le cas et N. Sarkozy emportera notre pays sur une pente encore plus à droite et plus hasardeuse que ce qui a été fait jusqu’alors : atlantisme, contrôle des médias les plus influents, privilèges pour les plus riches, limitation des aides pour les plus pauvres, franchises sur les soins médicaux, etc.
Que s’est-il donc passé ?
L’origine de cette situation vient, d’abord, probablement de l’absence de remise en cause du Parti socialiste. Contrairement à tous les autres socialistes d’Europe, il n’a pas reconstruit son substrat idéologique, à la suite de la chute du mur de Berlin. Il ne s’est pas aperçu que le PC devenait quantité négligeable, tout en négligeant les Verts... Par exemple, je ne me souviens pas d’avoir entendu de prise de position d’un dirigeant socialiste sur la mondialisation, question pourtant cruciale... De même, je n’ai entendu personne du PS évoquer ce qu’on pourrait appeler la sécurité sociale professionnelle... autant de thèmes qui pourtant auraient pu être pris en compte
Sego : catastrophe
Finalement, les socialistes, pour conjurer leur manque d’idées et de projets, se sont ralliés aux sondages. Ils ont donc choisi Ségolène Royal comme candidate, car les enquêtes d’opinions, à la fin 2006, indiquaient toutes qu’elle était la plus à même de battre le candidat déjà presque désigné de la droite, N. Sarkozy. C’était le pire choix. Tous les socialistes de la région Poitou-Charentes connaissaient les manques et les insuffisances de S. Royal. Pourtant, ils l’ont quand même désignée, sondages obligent. D’autre part, n’importe qui aurait pu anticiper sur le fait que le centre, représenté par F. Bayrou, serait avantagé par rapport à « la gauche de la gauche » qui avait mis trois mois à se désunir. Par conséquent, Dominique Strauss-Kahn aurait été le meilleur candidat, autant par sa posture que par ses qualités personnelles.
Mais les socialistes n’ont pas eu l’intelligence pour le percevoir. Leur idéologie à bout de souffle, le fait qu’ils n’aient jamais fait leur révolution « sociale-démocrate » a fait le reste. Aujourd’hui, demain, nous aurons le président de la République le moins social, le moins européen, le plus libéral, le moins tolérant, de la Ve République.