Soulevons le voile
par alinea
vendredi 8 avril 2016
… je voudrais comprendre.
Voilà des Françaises, musulmanes, maghrébines d'origine pour la plupart, qui portent depuis pas quinze ans, de gré ou de force le voile, le foulard. N'étant pas citadine, je n'ai jamais vu de burka mais une amie bruxelloise m'a dit que chez elle, il y en avait, surtout autour des hauts lieux de l'UE ou près des hôtels de luxe, les épouses de nos amis d'Arabie saoudite et du Qatar. Aussi dans des lieux bien famés, ces quartiers dont on parle tant aujourd'hui.
De gré : ces femmes acceptent cette nouvelle coutume, la revendiquent pour certaines, comme un signe extérieure d'appartenance à leurs origines, dont elles ne veulent pas avoir honte, au contraire. D'autres, volontairement aussi, mais pour avoir la paix avec les gars du quartier. D'autres enfin par croyance, musulmanes pratiquantes. http://www.islamdefrance.fr/main.php?module=articles&id=173&rubrique_menu=74
De force : elle préférerait être à l'image des occidentales, vêtements, liberté de relations, études, professions, mais le petit imam local, le mari, le frère, le père ne l'entendent pas de cette oreille ; elle peut porter le voile parce qu'elle préfère la paix dans les ménages et qu'au fond elle s'en fout un peu, ou bien s'y contraindre par peur des représailles. Elle arrête ses études, on la marie, en route vers sa destinée.
Je n'ai peut-être pas fait le tour, mais jusque là, elles ne me dérangent pas ; si elles sont fières de leurs origines, j'aurais plutôt tendance à les admirer et au contraire, si elles sont contraintes et frustrées, j'aurais plutôt tendance à compatir.
Dans quelle société que ce soit, la femme a, a eu ou aura toujours à s'émanciper ; nous n'en sommes pas toutes au même point mais nous sommes toutes sœurs dans ce but. Que l'on devienne bimbo ou directrice du FMI, après tout, c'est l'affaire de chacune.
Alors, mon incompréhension très réelle, ma question très sincère est :
Comment se fait-il que les femmes, féministes, émancipées, épanouies, ayant profité, elles, des luttes de leurs aïeules, fustigent-elles celles qui, psychiquement ou physiquement sont, on va dire, à la traîne ? À cause de traditions, de religion, de coutumes, qui ne sont pas les nôtres.
Comment se fait-il que, plutôt que de les accueillir et de leur tendre la main, on les conspue, les rejette, les exclue ?
Pourquoi, plutôt que les approcher, les rencontrer, les connaître, on s'en éloigne avec dégoût ou haine ?
Pourquoi, plutôt que de minimiser le problème de l'apparence, en le négligeant, et peut-être, en les mettant à l'aise de ce fait, on s'insurge, s'agace, et en plus haut lieu on les interdit d'activités collectives.
N'y aurait-il pas là quelque chose qui plutôt fait miroir, un miroir dans lequel on ne veut pas se reconnaître, soi, ses mères, ses aïeules ? Que touchent-elles ces femmes fières ou soumises, ces femmes, ces mères, en leurs comparses pourtant.
Y a-t-il vraiment une agression si forte dans ce bout de tissu ? Et comment elles l'interprètent, les agressées ? Y ont-elles réfléchi ? Ont-elles réfléchi que très souvent, les abîmées de la vie, les rejetées, les exclues, si elles ont gardé leur vivacité et leur dignité, restent sur un quant à soi qui, c'est vrai, n'est pas un accueil ; qui , c'est vrai, ne joue pas de la séduction, -pas féminine, sur le plan sexuel-, mais s'abaisser pour se faire accepter.
Ne l'ont-ils, ne l'ont-elles pas fait très longtemps ? Serviables, douces, tranquilles, des aides à la personne, humaines et merveilleuses, des bonnes à tout faire silencieuses et obligeantes. Ce n'est pas là attitude qui convient aux femmes libérées, si ?
Et celles-ci, ces femmes modernes, que leur suggéreraient-elles, si elles les rencontraient ? Une leçon de morale, hautaine et irrecevable, ou bien une égalité de fait, une écoute qui induit ?
Et à cette petite jeune mère d'un petit enfant, pour la laisser l'accompagner dans des sorties scolaires, elles diraient : ne t'inquiète pas, nous aussi nous porterons le voile, sans vous offusquer, face aux autorités nous rendrons dérisoire cette discrimination. Mais ne le prenez pas mal, nous respectons votre choix, mais, ce n'est pas le cas de tous, alors, partons ensemble.
Oui, expliquez moi, je ne comprends pas. Mais il y a des choses que je ne recevrai pas, qu'on fasse subir à celles qui subissent de leurs odieux mâles, la discrimination voulue par ceux-ci. Que l'on abaisse les fières qui n'ont guère d'autres choix pour revendiquer leur identité. Que l'on tienne à l'écart celles qui ne veulent, comme elles le subissent ou comme elles l'imaginent, s'offrir comme objet sexuel en pâture à ce qu'elles connaissent de leurs mâles. Ou que l'on rejette les sincères dans leurs croyances.
… mais les voir comme ça :