Sous la plage, la rue !
par NAMASTE
jeudi 1er septembre 2016
Lorsque, il y a peu, j’écrivais un article au sujet du burkini (1), je ne pensais pas devoir y retoucher de sitôt. En fait, si j’y reviens aujourd’hui c’est notamment à cause des récentes déclarations de Jean-Pierre Chevènement et de Manuel Valls.
DISCRETION ?
Qu’une poignée de personnes du sexe se baignent en burkini, ici ou là, ne devrait, en aucun cas, amener des hommes politiques de l’envergure de Chevènement et de Valls à conseiller aux Français musulmans de faire preuve de « discrétion ». Mot malheureux s’il en est à un moment où les djihadistes apprennent à faire profil bas avant les attentats (2). Mot malheureux encore quand on sait que le texte coranique recommande la « taqiya », c’est-à-dire la dissimulation de leur foi, aux musulmans vivant dans un milieu hostile (3).
Et, par-dessus tout, mot fâcheux puisque le pas de clerc de nos deux hommes politiques engendrera de nouvelles frilosités chez leurs confrères lorsque surgiront des affaires autrement plus gras. Par crainte du « Vous n’allez quand même pas nous refaire le coup du burkini cette fois ! », la prudence - voire l’immobilisme ou la pleutrerie - l’emportera sur la clairvoyance et floutera la gravité de la situation.
LE TEMPS N’EST PLUS AU POLITIQUEMENT CORRECT
Ainsi, « discrétion » rejoint la longue cohorte des mots paralysateurs tels que « amalgame », « islamophobie » ou « stigmate ». Or, nous n’avons nul besoin d’anesthésiques politiquement corrects : nous devons regarder nos problèmes avec lucidité et en tirer un diagnostic clair. "Nous", ce sont les citoyens français, toutes mécréances et croyances confondues. Rappelons, aux attentistes qui ne veulent pas jeter d’huile sur le feu, que le problème, c’est le feu, pas l’huile (4). Qu’on ne nous parle surtout plus de craindre la libération de la parole car l’affaire est devenue trop sérieuse pour se voir traiter à coups de propos racistes, outranciers, xénophobes ou par trop idéologiques désormais insignifiants. Chaque chose en son temps : donnons priorité au traitement du danger immédiat.
TROP TARD POUR CE COUP LA !
Comme je l’ai écrit dans l’article cité plus haut, je suis contre l’interdiction du burkini. Cependant, je n’ignore pas l’importance de sa charge symbolique. Pour ne rien vous cacher, je le vois même comme une épingle maléfique enfoncée dans le ventre mou d’une Marianne vaudou. Mais le coup est joué et son effet cliquet demeurera à tout jamais : il est trop tard pour s’extirper du piège et mieux vaudrait, comme aux échecs, anticiper avec quelques coups d’avance les prochains doigts d’honneur et les provocations à venir. Anticiper l’interdiction de la privatisation ou de la réservation de plages, pour ne citer qu’un exemple.
NOTRE LAICITE
On nous dit que d’autres pays se moquent de nous. Chez eux, des communautés se juxtaposent au lieu de se fondre. En fait, ils se moquent de ce qu’est la France : la fille aînée de la Laïcité, elle-même fille - putative si vous voulez - de la fille aînée de l’Eglise (5). La laïcité ça n’est pas compliqué : liberté de culte pour tous, satanistes et blasphémateurs y compris, d’une part, séparation du temporel et du spirituel d’autre part. C’est tout ! C’est à prendre ou à laisser. Alors, tu veux ou tu veux pas ? Si tu ne prends pas, il va falloir en causer sans détour. Et ça urge !
SIMULTANEITES MALHEUREUSES
En France, l’immigration musulmane massive a été concomitante d’une déchristianisation galopante (6). Le pays, suite à une perte de racines et de repères trop récente, échoua lorsqu’il lui fallut éduquer et instruire les générations descendantes des immigrés de la première heure avant tout soucieux de gagner leur pain chez nous. Certains ont-ils profité de notre virement de bord pour lancer des brûlots dans nos voiles, pour inciter les jeunes à rejeter un enseignement jugé par trop impie ? Y avait-il mécaniquement un vide à combler, une conquête à relancer, une place à soumettre ? A la même époque, des ressentiments suintaient encore des plaies de la guerre d’Algérie voire perlent encore aujourd’hui : ne pensez-vous pas que plusieurs centaines de milliers de nos concitoyens se souviennent du « Que les pieds-noirs aillent se réadapter ailleurs » de Gaston Deferre quand ils entendent Angela Merkel, ces jours-ci, juger inacceptable le refus de pays européens d'accueillir des réfugiés musulmans ? Chaque nation doit assumer ses complexités idiosyncratiques et il peut arriver que celles-ci relèguent brusquement au second plan des lissages économiques jugés vitaux naguère.
SOUVERAINETE
La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle gouverne comme si Dieu n’existait pas, façon élégante de dire que Dieu y compte pour du beurre. La laïcité constitue une composante majeure de la souveraineté française. Hélas, de nombreux Français baignent, insouciants, dans un milieu dont ils ignorent les fragilités. Les souverainetés ne tombent pas du ciel ni ne sont éternelles : il faut d’abord combattre pour les acquérir puis lutter pour les maintenir. Il y a près de 150 ans, Gambetta clamait « Le cléricalisme, voilà l’ennemi ! » (7) ; aujourd’hui, n’existe-t-il pas des gens qui pensent « La laïcité à la française, voilà l’ennemi qu’il nous faut saper ! ». Et Marcel Gauchet de déclarer récemment « Nous allons revenir à une laïcité de combat » (8). Bien entendu, on n’évitera pas le risque de voir les laïcards anti-religieux habituels se mêler aux gens de bonne foi puisque, pour parler à la manière de Chesterton « Le monde moderne est plein d’anciennes vertus laïques devenues folles ».
UN CHOUYA DE THEOLOGIE
Difficile d’ignorer la théologie lorsqu’on se trouve confronté à un fondamentalisme. Alors, je dis simplement ceci : à ce qu’on sache, il ne semble pas que le Créateur de l’Homme ait créé ce dernier pour qu’il croie de façon immodeste, pour qu’il se vautre dans une hubris bondieusarde. Qui veut faire l’ange fait la bête... En passant, cela ne ferait pas de mal à beaucoup de lire tout ou partie de L’histoire d’une âme de sainte Thérèse de Lisieux.
CONCLUSION : DANS LES TRIPES !
La situation est grave. L’imam Youssef al-Qaradawi qui est tout sauf idiot ne plaisante nullement lorsqu’il se permet, avec superbe, d’annoncer la couleur « Avec vos lois démocratiques nous vous coloniserons, avec nos lois coraniques, nous vous dominerons ». La solution n’est pas de nature administrative. En d’autres termes, elle ne se trouve pas sous les lambris dorés du Palais-Royal, siège du Conseil d’Etat. Bien que politique, ni nos députés ni nos sénateurs ni nos ministres ne parviendront à la trouver (9). Car en démocratie il existe une espèce de théorème de Gödel voulant que tout n’est pas légiférable ici-bas dans le sens où il est des problèmes qu’aucune loi ne peut résoudre. Les totalitarismes excellent à se glisser dans cette faille comme des murènes à l’affût. En vérité, la solution ne se cache nulle part ailleurs que dans les âmes, les coeurs et les tripes des Français musulmans. Il ne s’agit pas pour eux, comme on l’entend parfois, de se justifier mais de comprendre et d’exprimer massivement (i.e. par millions) qu’il leur est possible de vivre sans trahir leur foi dans le cadre actuel de la laïcité à la française, à l’instar des Français chrétiens, juifs, bouddhistes, hindous etc...(10).Il faudrait très vite en passer par là pour éviter la multiplication des incidents intercommunautaires (11) et, ultimement, les affrontements de rue écrabouillant l’état de droit, pour utiliser une litote ... D’où, vous l’avez compris, le titre de cet article.
(1) Burkinis ? Laissez béton ! Agoravox, le 18 avril 2016
(2) Si, comme on peut le craindre, les attentats venaient à se développer, il est évident que l’on découvrirait de moins en moins de fichés S parmi les coupables. En d’autres terme, des militants passifs se comporteront de façon à se faire ficher S pour servir de leurres et saturer les services de renseignement ennemis.
(3) Voir « La note interne de l’Inria qui étrille la loi sur le renseignement » Le Monde13.05.2015
(4) Raphaël Enthoven, Europe 1, le 29 août 2016
(5) "Il faut être inculte, ce que tous les athées ne sont pas, Dieu merci, pour ignorer que l’anticléricalisme est le premier attribut des croyants de bonne souche" in Aveuglantes Lumières, Régis Debray.
(6) Et une anecdote pour détendre l’atmosphère. Le 19 août 2016, au cours des GG de RMC, Claire O’ Petit lance « Je ne vais jamais dans une église en short ». Elle est en retard d’un concile et ne doit pas souvent franchir le seuil d’une église car elle y constaterait qu’y rencontrer des jeunes filles en short, voire en mini-jupe, est désormais banal.
(7) Le cléricalisme peut éprouver quelque gêne devant « Alors il leur dit : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Matthieu 22,21). Rien que de très humain dans une telle attitude...
(8) Les Echos, 24/08/16
(9) Voir les discordances entre Manuel Valls et Najat Vallaud-Belkacem
(10) Pas si simple : à la suite d’un article intitulé « Une grande majorité de Français ne se réclament d'aucune religion » dans Le Monde.fr du 7 mai 2015, une abonnée (Sarah... ) réagit « Ainsi nous avons inventé la laïcité et sommes devenus sans religion . Et nous voulons convaincre les musulmans d'adhérer à ce principe qui signifie peu ou prou de suivre le chemin de l'Eglise catholique dans sa marginalisation. Que vaut une religion qui se cantonne au privé et renonce à interférer dans le domaine public ? Visiblement en France peu de chose ! »
(11) Comme celui de Tremblay-en-France où, le 28 août 2016, un restaurateur , pétant les plombs, a refusé de servir deux musulmanes voilées