Supplice de la princesse de Lamballe : Jules Seyes, ou l’art de réécrire l’Histoire sous un masque de vertu
par Giuseppe di Bella di Santa Sofia
vendredi 31 octobre 2025
Lorsqu’un certain Jules Seyes, caché derrière un pseudonyme aussi transparent que ses intentions, s’est fendu d’une prétendue "lecture critique" de mon article sur AgoraVox ("Égorgée, dépecée, exhibée : l’atroce supplice de la princesse de Lamballe, amie proche de Marie-Antoinette"), il a cru pouvoir salir mon travail et la mémoire d’une femme tragiquement assassinée en 1792. Ce brûlot, drapé dans une rhétorique populiste, n’est qu’une tentative maladroite de vengeance, probablement motivée par une rancune envers mon ascendance aristocratique. Loin d’être une analyse historique, le texte de Seyes est un tissu de distorsions, d’omissions sélectives et de biais anti-élites, saupoudré d’une indignation feinte. Permettez-moi de démonter les arguments de ce pamphlétaire anonyme, tout en rétablissant la vérité historique qu’il a si maladroitement travestie.
1. La prison de La Force : une caricature grotesque de la réalité
Seyes ouvre son réquisitoire en raillant ma description des "murs suintants" et de l’"odeur de moisissure" de la prison de La Force, insinuant que j’ai versé dans le mélodrame. Quelle perspicacité ! Faut-il rappeler que ces détails s’appuient sur des témoignages d’époque, comme ceux recueillis par Pierre Caron (Les Massacres de Septembre, 1935) ou Antoine Boulant (La Révolution française : une histoire des prisons, 2020) ? En 1792, La Force était un cloaque surpeuplé où l’humidité et la crasse amplifiaient la terreur des détenus. Les" hurlements des victimes" et le "choc des lames" ne sont pas des fioritures, mais des échos des massacres de septembre, attestés par des rapports et les mémoires de survivants comme Madame Roland. Seyes ironise sur la moisissure, comme si elle nécessitait des siècles pour apparaître. Peut-être devrait-il consulter les sources avant de jouer les décorateurs d’intérieur des geôles révolutionnaires.
Seyes reproche à mon article de ne pas s’attarder sur les "filles publiques" ou autres prisonniers. Quelle diversion astucieuse ! Mon texte se focalise sur Lamballe, victime emblématique d’une violence ciblée en raison de sa proximité avec Marie-Antoinette. Exiger que j’évoque tous les détenus revient à reprocher à un historien de la Terreur de ne pas traiter la guerre de Trente Ans. La Force, loin du "modèle" fantasmé par Seyes, était en 1792 un lieu d’horreur, et sa tentative de minimiser cet enfer ne fait que révéler son parti pris.
2. Le retour de Lamballe : une fidélité travestie en cupidité
Seyes m’accuse d’avoir occulté les raisons matérielles du retour de Lamballe à Paris, notamment la menace des lois sur les biens des émigrés, pour mieux glorifier son dévouement. Quelle finesse d’analyse ! Mon texte souligne son retour "par fidélité à Marie-Antoinette", un fait corroboré par sa correspondance et les témoignages de la marquise de Tourzel ou d’Évelyne Lever (Marie-Antoinette, 1991). Si la crainte pour ses biens a pu jouer un rôle secondaire, elle n’était pas le moteur principal, contrairement à ce que Seyes insinue en se vautrant dans une lecture sélective de Wikipédia. Lamballe a bravé la mort par loyauté, un choix que Seyes réduit à une vulgaire affaire d’argent, espérant ainsi ternir son image.
Sa digression sur le mariage de Lamballe avec un débauché et ses maladies vénériennes est une tentative sournoise de la discréditer. Oui, Louis-Alexandre de Bourbon-Penthièvre était un libertin et Lamballe en a souffert. Mais ces faits, tragiques pour elle, n’ont aucun lien avec son exécution ou sa détention. En les brandissant comme une "révélation", Seyes ne fait que patauger dans les ragots, détournant l’attention de l’horreur de son supplice. Sa suggestion que la fragilité physique de Lamballe était antérieure à sa détention est hors sujet ; elle ne diminue en rien la barbarie qu’elle a subie. Seyes semble préférer les potins aux faits historiques.
3. La "vengeance" populaire : une apologie simpliste de la sauvagerie
Seyes justifie la fureur de la foule en citant Ça ira et en invoquant la misère du peuple, comme si cela légitimait l’égorgement d’une femme sans défense. Quelle vision éclairée ! Oui, l’Ancien Régime était gangrené par des injustices, comme l’ont montré Albert Soboul (La Révolution française, 1982) ou Georges Lefebvre (La Grande Peur de 1789, 1932). Mais réduire les massacres de septembre à une juste revanche populaire est une caricature indigne d’un esprit rigoureux. Jean-Clément Martin (Violence et Révolution, 2006) démontre que ces tueries furent orchestrées par des factions radicales, dans un climat de panique face à une invasion étrangère. La foule n’était pas un monolithe mais un mélange de militants, de citoyens apeurés et de criminels opportunistes.
Seyes accuse Lamballe de mériter son sort par "solidarité" avec les crimes de son milieu. Quelle logique implacable ! Elle n’a jamais été impliquée dans les spéculations sur le grain ou les abus de la ferme générale, contrairement à ce que Seyes laisse entendre. La tenir responsable des excès d’un système qu’elle n’a ni créé ni dirigé est une injustice risible. Sa rhétorique larmoyante sur les "gamins crevant de faim" et les" filles jetées dans la prostitution" est une manipulation éhontée qui ne prouve rien contre elle. Lamballe n’était pas une architecte de la misère, mais une femme piégée par son rang. L’apologie de la violence par Seyes est aussi simpliste que moralement douteuse.
4. Le tribunal révolutionnaire : une falsification grotesque
Seyes raille ma description du tribunal improvisé, qualifiant mes termes de "regards fiévreux" et "gorgés d’alcool" de romancés. Quelle érudition ! Les témoignages d’époque, comme ceux de Pierre Caron ou des mémoires de Madame Roland, décrivent des tribunaux expéditifs, souvent composés d’hommes inexpérimentés agissant sous la pression de la foule. L’ébriété de certains massacreurs est attestée dans les rapports sur les prisons de l’Abbaye et de La Force (Caron, 1935). Seyes prétend que le tribunal a "sauvé" 197 des 211 prisonnières mais omet de préciser que ces libérations étaient arbitraires, dépendantes du caprice des commissaires ou de la foule (Antoine de Baecque, La Gloire et l’effroi, 1997). Lamballe, cible symbolique en raison de sa proximité avec la reine, fut "élargie" pour être livrée à la foule, une ruse confirmée par les sources.
Sa reformulation ("bien que reconnue innocente, la princesse est agressée par la foule") est un euphémisme indécent qui blanchit la violence organisée de son exécution. Sa suggestion que Lamballe manquait d’"intelligence" pour demander une protection est une ineptie, ignorant le chaos de septembre 1792, où aucune autorité n’aurait pu la sauver. Seyes se moque d’une victime tout en prétendant défendre la justice. Quelle ironie savoureuse !
5. Brunswick et Varennes : une accusation spéculative
Seyes attribue les massacres de septembre au manifeste de Brunswick, qui promettait une "vengeance exemplaire" contre Paris. Ce manifeste a certes exacerbé la peur d’une trahison aristocratique mais en faire le seul coupable est une simplification grotesque. Les massacres résultaient aussi de rivalités internes (Girondins contre Montagnards), de la radicalisation des sections parisiennes et de l’absence d’un pouvoir central fort, comme l’explique Jean-Clément Martin. Blâmer uniquement Brunswick, c’est exonérer les acteurs révolutionnaires de leur responsabilité, ce que même des historiens républicains refusent.
Seyes accuse Lamballe de complicité dans la fuite à Varennes, s’appuyant sur des spéculations fragiles. Aucun document n’atteste qu’elle était pleinement informée ou impliquée dans le plan. La correspondance entre elle et Marie-Antoinette, souvent vague, ne prouve pas une complicité active. L’accuser de "trahison" est une extrapolation absurde, visant à justifier son supplice. Seyes transforme une victime en bouc émissaire pour nourrir sa croisade anti-aristocratique.
6. L’anti-élitisme de Seyes : une posture anachronique
Le texte de Seyes suinte une obsession pathologique contre les "riches", glorifiant les masses comme des victimes absolues. Cette vision binaire est anachronique et indigne d’une analyse historique. Lamballe n’était pas une figure de pouvoir comme Necker ou Calonne, mais une femme pieuse et dévouée, sans influence politique réelle. Son parallèle avec Pétain est une absurdité risible : elle n’a jamais exercé de pouvoir exécutif ni trahi son pays. Son appel à une justice punitive ("sur un pal") révèle une fascination malsaine pour la violence qu’il prétend condamner. Seyes se pose en champion des pauvres mais sa rhétorique populiste n’est qu’un prétexte pour cracher son venin sur ceux qu’il jalouse.
7. D’autres sujets ? Une diversion hypocrite
Seyes propose d’écrire sur les Jacques ou les communards, comme si mon article devait couvrir toutes les injustices de l’histoire. Quelle manœuvre astucieuse ! Mon texte se concentre sur le cas de Lamballe, un exemple tragique de la dérive révolutionnaire. Les victimes anonymes méritent leur place, mais cela ne disqualifie pas l’étude d’un cas individuel. Son accusation de "bonne conscience bourgeoise" est un cliché éculé, qui ignore que l’Histoire doit examiner tous les acteurs, nobles ou roturiers, pour comprendre une époque. Sa posture de moralisateur n’est qu’un masque pour dissimuler sa rancune personnelle.
Un pamphlet sans substance
Le brûlot de Jules Seyes n’est qu’un tissu de distortions, d’omissions et de biais anti-aristocratiques. Il reproche à mon article des omissions, mais manipule les faits pour servir son narratif. Il dénonce mon style mais ses propres adjectifs rivalisent de sensationalisme. Mon texte rendait hommage à une femme victime d’une violence atroce, sans nier les injustices de l’Ancien Régime. Le sien ne fait que salir sa mémoire pour nourrir une rancune anachronique. Dois-je lui rappeler que la noblesse n'a plus d'existence en France ?
Monsieur Seyes, l’Histoire mérite mieux que vos règlements de comptes masqués. L'Histoire mérite mieux que des resucées de Wikipédia. Quant à moi, je continuerai à éclairer toutes les tragédies humaines - et pas uniquement celles qui touchent les aristos, comme je l'ai toujours fait jusqu'à présent - sans céder à votre démagogie. À bon entendeur.