Sur les langues régionales, dialectes et autres…

par Gerald
vendredi 4 juin 2021

Il était une fois… une fausse histoire vraie.

Jean-Marie, né l’année de la publication de « L’Assommoir » dans un hameau pauvre du Vivarais (43), bien qu’ayant « fait maître » dès 6 ans, n’ayant jamais lu autre chose que La Dépêche, et écrit pas beaucoup plus que sa signature, était bilingue. Il parlait assez bien le français, mais surtout la langue d’Oc du Vivarais – dit autrement : le patois de tous ses gens qui n’avaient fréquenté « les écoles » que dans la mesure où les travaux nécessaire à leur vie et à celle de leur famille le permettaient, c’est-à-dire pour de courtes périodes et de façon intermittente.

Les journées étaient rudes l’hiver, et longues en été. Des sabots bourrés de paille aux pieds, des guenilles pour vêtements et souvent une faim qu’il soignait comme les autres jeunes en grignotant les croûtes du gros pain qu’il allait chercher au village, voilà l’ordinaire de sa jeune vie. Et quelques taloches bien appuyées pour le punir de ses bêtises. Souvent au cul des vaches et toujours à des travaux pénibles par manque d’outils et de savoir-faire. C’était encore le moyen-âge qui reculerait avec l’arrivée du noir sur les mauvaises routes, et surtout de l’électricité. Le progrès, la machine, l’industrialisation…

Il « maria une payse » qui n’avait pour tout bien que son ardeur au travail et le désir de sortir de cette condition misérable pour devenir avec lui des bourgeois, être enfin respectés ! Jean-Marie et Anne-Marie partageaient le même bilinguisme. Leurs affaires prospérèrent car si la culture de Jean-Marie était réduite, il savait compter les sous ; et mieux encore les faire se multiplier en développant l’usine textile qu’il avait créée avec sa femme à partir de rien ! « Le travail et l’économie », tel était la base-line de son business plan.

Cette prospérité retomba sur ses trois enfants et ses petits-enfants, sans toutefois leur transmettre le même bilinguisme. Si Jean-Marie et Marie parlaient patois entre eux, avec quelques mots de français pour combler certaines lacunes du vocabulaire technique de cette la langue d’Oc ; et aussi avec certains de leurs ouvriers et ouvrières, comme avec les paysans, issus de la même souche campagnarde, ils s’exprimaient en français avec leurs enfants qui furent élevés par une bonne illettrée (Marie travaillait à l’usine) qui compensait son handicap en leur étant dévouée chaque jour, à l’exception du dimanche pour aller le matin à la messe, et l’après-midi au foot. Le fils Marcel qui avait fait des études techniques à Saint-Etienne comprenait le patois, mais répondait toujours en français à ses interlocuteurs. Ses deux sœurs l’avaient relégué dans les curiosités locales, une langue morte en quelque sorte. C’était l’évolution que l’on constatait dans toutes les familles, y compris chez certains ouvriers.

Les petits-enfants n’ont retenu que les quelques mots que leur répétaient le grand père : « chia que des galiards ! », pour leur rappeler que la vie n’était pas faite pour s’amuser ! Ils seraient aussi bilingues, mais avec l’anglais et l’espagnol comme deuxième langue. Et c’est ainsi qu’en deux générations se perdit dans cette famille l’usage d’un patois. Même les gens les moins instruits ne parlent plus patois ; l’apprendre à l’école ?, une idée que personne n’a eue depuis… 

Il a fallu attendre un demi-siècle pour que quelques Bobos parisiens (pléonasme) veulent le parler et ouvrir des écoles pour l’enseigner comme première langue ! Les Français se tourneraient-ils vers les langues régionales car ils n’ont pas été fichus d’apprendre correctement la langue de leurs voisins, l’espagnol, l’italien, le portugais, l’allemand… et même l’anglais. Sans toutefois reculer pour faire tendance en disant « story » pour histoire, « base-line », « job » and so on.


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