T’as pas lu Nietzsche ?
par cardom325
jeudi 15 janvier 2015
Le désir de souffrance.
Quand je songe au désir de faire quelque chose, tel qu'il chatouille et stimule sans cesse des milliers de jeunes Européens dont aucun ne supporte l'ennui, pas plus qu'il ne se supporte soi-même, - je me rends compte qu'il doit y avoir en eux un désir de souffrir d'une façon quelconque afin de tirer de leur souffrance une raison probante pour agir. La détresse est nécessaire ! De là les criailleries des politiciens, de là les prétendues « crises sociales » de toutes les classes imaginables, aussi nombreuses que fausses, imaginaires, exagérées, et l'aveugle empressement à y croire. Ce que réclame cette jeune génération, c'est que ce soit du dehors que lui vienne et se manifeste - non pas le bonheur - mais le malheur ; et leur imagination s'occupe déjà d'avance à en faire un monstre, afin d'avoir ensuite un monstre à combattre. Si ces êtres avides de détresse sentaient en eux la force de faire du bien, en eux-mêmes, pour eux-mêmes, ils s'entendraient aussi à se créer, en eux-mêmes, une détresse propre et personnelle. Leurs sensations pourraient alors être plus subtiles, et leur satisfaction résonner comme une musique de qualité ; tandis que maintenant ils remplissent le monde de leurs cris de détresse et, par conséquent, trop souvent, en premier lieu, de leur sentiment de détresse ! Ils ne savent rien faire d'eux- mêmes - c'est pourquoi ils crayonnent au mur le malheur des autres : ils ont toujours besoin des autres ! Et toujours d'autres autres ! - Pardonnez-moi, mes amis, j'ai osé crayonner au mur mon bonheur.Frédéric Nietzsche Le gai savoir