Tablettes à l’école : effet d’annonce pépère et annonce d’effets pervers

par Saltz
samedi 22 novembre 2014

M Hollande est le président de la république actuel – je précise au cas où quelqu'un viendrait lire cet article dans quelques années – et il cherche à relancer sa popularité très très faible tout en poursuivant ses objectifs sans entrave puisqu'il est élu pour un CDD de 5 ans ininterruptible avec tous les moyens pour appliquer sa politique.

Le jeudi 6 novembre 2014 il s'est présenté devant les caméras de TF1 avec quelques gadgets histoire de faire parler de lui le lendemain dans les journaux qui sont pour beaucoup subventionnés par l’État et qui ont donc un sens de la critique limitée. Son intention n'était logiquement pas de modifier les buts poursuivis mais de s'attirer de la sympathie pour quelques mesures montées en épingle.

De toute la durée de l'intervention que je n'ai pas suivie, j'en ai retiré un slogan propagé par la suite dans tous les comptes-rendus : « Une tablette pour tous les élèves de cinquième à partir de la rentrée 2016 » et une étrangeté « apprendre aux collégiens le code informatique ».

Une tablette, tout le monde sait ce que c'est : c'est un objet magique, plat, sans clavier, sans souris, et qui remplit les fonctions passives d'un ordinateur. On peut visiter des sites, lire, regarder, mais c'est beaucoup plus ardu d'écrire avec le clavier virtuel, de composer, de modifier, bref, d'être actif. Quant à la lecture de livres, une liseuse est beaucoup moins fatigante avec son encre électronique.

Les élèves de cinquième, on sait ce que c'est. C'est plus sérieux que le primaire et moins prétentieux que le lycée. Si on résume le collège aux classe de 6ème, 5ème, 4ème et 3ème, on peut estimer l'effectif de 5ème à 833.000 (= 3.332.000 /4).

http://www.education.gouv.fr/cid57111/l-education-nationale-en-chiffres.html#Les%20grands%20chiffres Collégiens (1er cycle et Segpa) 3 332 000

 

Voilà, une tablette, surtout quand on pense à l'iPad, ça fait branché, ça fait technologique, ça va le faire. « L'éducation nationale a du mal à remplir sa fonction. Vous voyez que nous nous en préoccupons et que nous lui donnons des moyens supplémentaires. » a-t-il dû penser.

Notre monsieur n'a pas eu à chercher bien loin cette idée. Il l'avait déjà eue et appliquée quand il gouvernait le conseil général de la Corrèze, département fortement endetté, et qu'il avait fait acheter des iPad pour les collégiens.

La Corrèze est le département le plus endetté de France. La dette du département géré par François Hollande depuis 2008 s'élève à 363 millions d'euros, soit un peu plus de 1.500 euros par habitant. http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/qui-est-responsable-de-l-endettement-record-de-la-correze_1389186.html publié le 26/04/2012 à 11:23

 

Est-ce un achat utile ? Si on demande leur avis aux professionnels, on risque de déchanter :

http://www.framablog.org/index.php/post/2013/02/27/ipad-tablette-education-non

Too cool for school : 7 reasons why tablets should NOT be used in education

Trop cool pour l’école : 7 raisons pour lesquelles les tablettes ne devraient PAS être utilisées dans l’enseignement 27 fév. 2013 19:30

 

Voici un résumé :

Est-ce que les élèves en achètent ? Non, ils ne trouvent pas la tablette pratique pour écrire, aller sur facebook, lire ses emails, éditer, programmer, composer, télécharger. Pour le même prix un PC est nettement plus adapté. Un iPad est conçu pour consommer, pas pour créer.

Et les étudiants en achètent-ils ? Non plus.

Et les employés ? Non, à part les vieux messieurs qui veulent faire jeune et se montrer à la page, qui peinent, qui demandent une copie papier de tout et de rien et qui ressemblent à ces vieux dragueurs transis de froid dans une décapotable.

Une ardoise de la 3ème république est beaucoup plus pratique alors que les difficultés d'emploi de l'iPad vont au contraire décourager l'écriture et la créativité.

Apprendre l'informatique avec un iPad est ridicule et totalement inadapté, même si on se contente de manipuler un classeur.

Une autre série de problèmes vient de sa conception tournée vers internet et de son manque de connectique telle que les ports USB. Et qui dit internet, dit accès, dit sécurité et casse-tête pour la Direction des Services Informatiques.

Le coût ne se limite pas au prix d'achat, qui est déjà cher, mais il faut inclure le SAV et les divers suivis avec les chocs dans les cartables, les rayures, les vols et les rackets.

Ils sont conçus pour être utilisés à la maison et non à l’école, dans les laboratoires ou les salles de classe. Ce constat a été dressé par l’Honnywood Community Science School, une école qui vient tout juste de se créer, qui a acheté 1200 iPad pour un montant de 500000€ , dont la moitié sont maintenant inutilisables

Un Directeur de Service informatique d'un rectorat m'a dit qu'il évaluait entre 500 et 800 millions d'euros l'équipement en tablettes pour tous les élèves de cinquième en France l'an prochain. Cet argent sortira de France puisqu'elles sont fabriquées à l'étranger, souvent en Chine.

Il m'a parlé des soucis multiples et complexes :

Je lui ai demandé s'il pensait à une histoire de pots-de-vin. Il ne le croyait pas. Il pensait plutôt que les politiques vivent au gré des échéances électorales et que ce n'était qu'un effet d'annonce pour récolter quelques voix.

Cela lui rappelait le « plan informatique pour tous » qui devait permettre d'initier 11 millions d'élèves à l'outil informatique, et qui fut un échec financier et pédagogique.

Et si une tablette est inutilisable le temps d'un cours, comment l'élève peut-il travailler ?

Quant à Apple, c'est un système fermé qui interdit l'usage de Flash, de Java et de beaucoup de ressources éducatives. Ce n'est pas non plus un bon plan pour l'autre annonce qui est l'apprentissage de la programmation.

 

Le Conseil national du numérique, un organisme consultatif du gouvernement composé d'experts, expliquait dans un long rapport sur le numérique à l'école rendu public en octobre que l'une des principales difficultés posées par les tablettes concernait les problèmes de compatibilité et de verrouillage : « Des tablettes propriétaires brident les outils et les contenus mobilisables par les enseignants. (...) Un inconvénient majeur des tablettes est la quasi impossibilité de les rendre interopérables. » Lors de la publication du rapport, plusieurs membres du Conseil avaient d'ailleurs fortement critiqué les plans d'équipement d'établissements scolaires en tablettes tactiles.

www.cnnumerique.fr/wp-content/uploads/2014/10/Rapport_CNNum_Education_oct14.pdf

 

Le budget gaspillé serait plus efficace ailleurs, par exemple dans la formation des enseignants.

 

Mais article 1 : « le chef a raison », article 2 : « le chef a toujours raison », article 3 : « si le chef a tort, c'est l'article 2 qui s'applique » et voilà un sondage qui contredit les avis des experts au nom du « VOX POPULI VOX DEI ».

http://education.tablette-tactile.net/8-francais-10-favorables-lequipement-eleves-en-tablette-tactile-analyse-du-dernier-barometre-leconomie-numerique-133181/

Pour huit Français sur dix, l’équipement des élèves en tablettes tactiles pourrait être utile à l’apprentissage des matières enseignées.

www.fondation.dauphine.fr/fileadmin/mediatheque/docs_pdf/Economie_numerique/Barometre_de_l__economie_numerique_7e_edition.pdf

Selon vous, pour quel niveau scolaire serait-il utile d’équiper les élèves de tablettes tactiles ? Source : MédiaFit,enquête Omnibus exclusive – Médiamétrie – Terrain : du 1er août 2013 au 6 août 2013 Base : France, internautes âgés de 15 ans et plus – Plusieurs réponses possibles

Voici les réponses dans l'ordre décroissant :

La démarche est sournoise. Pour justifier un choix technique, on liste des problèmes réels et on demande lesquels pourraient être résolus par ce choix technique.

On ne demande pas si ce choix va résoudre complètement le problème, ni encore moins si d'autres solutions ne sont pas plus efficaces.

On ne demande pas non plus au sondé quelle légitimité il a pour répondre. A-t-il une tablette ? S'en est-il informé des qualités et défauts ? A-t-il une expertise pédagogique ?

Non, il a une question et plusieurs possibilités. Il répond au hasard, comme au jeu télévisé « A prendre ou à laisser » , surnommé aussi « les boites ».

Dans les deux cas, le participant doit faire un choix à l'aveugle.

L'apprentissage de la programmation à l'école me semble une ineptie :

 

Pour ou contre la tablette à l'école ?

C'est une question entre un demi et un milliard d'euros.

Et des tas de soucis pour tous les participants, élèves, professeurs, parents, informaticiens de l'éducation nationale, politiques appelés à payer.

 

Mais ça va donner quelques points au politicien qui le propose.


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