Témoignage : 11 août 1999, mon éclipse à moi
par Kepler69
mercredi 12 août 2009
Il y a 10 ans presque jour pour jour, la France s’éveillait dans l’attente de l’éclipse totale de Soleil tant annoncée qui devait avoir lieu en milieu de journée au nord de Paris. Cet événement ayant marqué tous ceux qui ont pu le vivre dans de bonnes conditions, j’ai retrouvé un compte-rendu passionné que j’avais rédigé quelques semaines plus tard, et vous invite aujourd’hui à revivre en direct ce grand moment...
Quand le disque lunaire commence à recouvrir le disque solaire, on parle donc de « premier contact ». Encore une heure et vingt minutes et le disque de la Lune aurait recouvert la totalité du Soleil. Nous avions bien sûr amené nos lunettes de protection, quelques uns avaient des jumelles, et même un télescope. Tous les instruments furent préparés pour l’observation du Soleil et on put tranquillement contempler la progression de la Lune. Pendant que le Soleil disparaissait, les taches solaires à sa surface étaient magnifiques : au télescope on les distinguait très nettement.
Depuis quelques minutes déjà, la luminosité baissait régulièrement. Quand le Soleil fut recouvert à 90-95%, les couleurs commencèrent à changer : on se croyait au soir ou pendant un orage. La luminosité était beaucoup moins forte, mais paradoxalement les couleurs étaient beaucoup plus contrastées. Nous avions un thermomètre, il tomba de 5 degrés entre le premier contact et la totalité (on l’oublia ensuite, pris par le grandiose spectacle). Nous avons dû perdre en tout, une dizaine de degrés.
La tension était vraiment palpable. Autour de nous, presque 100 voitures nous avaient rejoints, quelques télescopes étaient sortis, et l’ambiance était bon enfant.
Et plus que quelques secondes avant le début de la totalité : consciemment ou inconsciemment, on se regroupa face au nord-ouest. Nous voulions voir l’ombre arriver, mais en même temps il fallait guetter le Soleil. En effet, lorsque celui-ci disparaît, apparaissent furtivement les « grains de Baly ». Ce sont de petits points de lumière qui marquent le début de la totalité. En effet, la surface lunaire n’étant pas lisse, quelques cratères vus de profile laissent passer les derniers rayons de Soleil. De la même façon, ils annonceront, de l’autre côté du disque noir, le retour de la lumière.
L’éclipse était commencée : on criait ! Et on hurlait ! Nous étions en plein sur la ligne de totalité et la nuit venait de tomber à midi 26 ! QUEL PIED !
Et tant de choses à voir ! Quel spectacle dans le ciel ! Un soleil noir illuminait les cieux d’une lumière absolument irréelle. Il ne faisait pas tout à fait nuit, mais il ne faisait pas jour non plus : nous voyions très bien autour de nous. L’astre noir et presque effrayant qui se trouvait au-dessus de nous brillait d’une lumière morte. Au sud-ouest du disque apparut Vénus. A l’œil nu, la couronne solaire faisait le tour de ce Soleil noir, et on voyait même les protubérances solaires : de petites excroissances rouges dépassaient du disque noir.
Je me jetai alors sur le télescope encore laissé à l’abandon, tellement le spectacle était prenant, je le réglais et vis très nettement ces protubérances, dont une jaillissait littéralement du Soleil, détachée de lui. Elle était d’un rose - rouge très prononcé. Nous avions calculé qu’à neuf sur le télescope pour une durée d’éclipse de deux minutes et quinze secondes, nous n’avions droit (pour garder une marge d’erreur) qu’à dix secondes d’observation chacun tout au plus. Mais c’était la règle. Aux jumelles le spectacle était aussi magnifique. A. décomptait les secondes : il ne fallait surtout pas être sans nos lunettes au moment où le Soleil réapparaîtrait. Du fait de l’obscurité en effet, nos pupilles seraient encore très dilatées, le soleil pourrait nous brûler les yeux. Heureusement, il ne se laissa pas distraire, et on se regroupa juste avant la fin de la totalité, face au nord-ouest, comme tout à l’heure. Mais nous ne guettions plus l’arrivée de l’ombre de la Lune, nous attendions l’arrivée du jour, et la fin d’un moment d’intense bonheur….
Deux minutes et quinze secondes, que c’est court ! Nous n’avions évidemment pas vu le temps passer, et déjà, c’était fini. Pendant quelques secondes, voire quelques minutes, nous restâmes tous un peu hébétés, le sourire aux lèvres pour la plupart. On se serrait dans les bras, nous étions heureux, mais il restait comme un sentiment d’insatisfaction : B. me dit même « j’ai l’impression que je l’ai ratée, je n’ai rien vu ! ». Et c’était un peu vrai : il y avait tellement à regarder que l’éclipse était passée trop vite pour que l’on garde le sentiment de l’avoir savourée pleinement. C’était aussi la première pour tout le monde : nous ne savions plus où donner de la tête.
Et puis, champagne ! Et on en profita pour écouter l’enregistrement sonore, C. ayant eu l’excellente idée d’amener son dictaphone. On repassa le moment du premier contact et on n’en revenait pas : on ne criait pas, on hurlait, on aurait dit des fous ! Mais… nous étions fous à ce moment-là, car un tel spectacle vous prend intégralement. Comment s’étonner d’ailleurs, qu’il déclenche des vocations !?
(texte rédigé donc, en 1999)