Terrorisme islamiste : fin de l’unité nationale et guerre civile en perspective

par Sigismond
lundi 18 juillet 2016

...ou encore la soumission

Nous avons connu le 11 janvier 2015, avec ses 4 millions de Français dans les rues de la capitale et d'ailleurs, symbolisant le peuple meurtri mais uni et solidaire face à l'inacceptable, allant même jusqu'à déclarer son amour à a police, ce qui sous nos latitudes n'est guère fréquent. D'ailleurs ça ne durera pas.

Et puis il y a eu le 13 novembre. Cette fois, malgré l'émotion, on s'est abstenu de grandes manifestations d'ailleurs interdites, pas comme celles qui quelques mois plus tard allaient permettre à toute la racaille gauchiste et aux casseurs d'Europe attirés par les opportunités offertes de satisfaire leurs pulsions malsaines, de saccager Paris et d'autres villes en criant leur haine de la police. C'était l'état d'urgence !

Aujourd'hui il y a Nice. Il n'y aura vraisemblablement pas de manifestations, juste un deuil national de trois jours imposé par l'Etat qui n'ayant plus à gérer la spontanéité des foules se doit donc de faire quelque chose pour marquer le coup, pour que l'illusion d'une nation unie face au terrorisme existe encore, même si ce n'est que sous la forme de drapeaux en berne. Les jours de deuil national chez nous peuvent ne pas être remarqués. Il a fallu que je sois présent au Maroc lors du décès d'Hassan II pour comprendre ce que c'était un deuil national.

Evidemment, et les oublier serait une faute morale autant qu'une erreur, il y aura eu ces quelques actes isolés, tuant peu mais de manière toute aussi efficace, sur lesquels on passe vite, à la mesure de la publicité qu'en donnent les médias. On aurait tort de les négliger car leur nature est sans doute davantage inquiétante que celle qui a caractérisé les attentats de janvier et de novembre 2015. Ils sont bien plus proches dans leurs caractéristiques de l'attentat de Nice, nonobstant le nombre de victimes. Et c'est peut-être une des raisons de cette évolution des esprits face au terrorisme et surtout face à ceux qui ont la charge politique de nous en protéger.

 

C'est ainsi ! En juste 18 mois, et après trois attentats d'ampleur et quelques autres faisant moins de victimes, on est passé d'une union nationale apparente à tout à fait autre chose qui me parait très inquiétant et bien plus significatif que les tentatives de récupération politique ou critiques politiques dont il faut faire la part entre celles qui sont indignes et celles qui restent légitimes car posant de vrais problèmes. Je ne ferai pas le tri entre les deux ici, mais noterai simplement que même celles qui peuvent paraitre légitimes furent mises sous le boisseau il y a un an et demi, le temps que le deuil se fasse ou du moins pendant une période qu'on pourrait qualifier de décence, puis exprimées plus rapidement après les attentats du 13 novembre, et dites après l'attentat de Nice avant qu'on ait sans doute ramassé tous les cadavres. Et c'est sans doute ce changement de climat évoqué plus haut qui en a ouvert la possibilité sans que finalement ça ne heurte guère plus grand monde à part les socialistes indignés oublieux de leurs réactions après les attentats commis par Mehra qui sentent bien que cette fois-ci la côte de popularité de l'exécutif ne risque guère de s'envoler comme à la suite du 11 janvier et pensent qu'il n'est pas sympa de remuer le couteau dans la plaie. Au passage, il faut noter qu'en termes de récupération politique aucun camp n'est en reste après ce genre d'événements. C'est lamentable, mais c'est ainsi.

 

Tentons donc de voir ce qui a pu amener à cette évolution.

D'une manière simpliste on pourrait s'arrêter à la thèse de la répétition qui d'une part signalerait une certaine banalité du mal quel que soit son caractère terrible, et d'autre part montrerait l'impuissance de nos dirigeants à détruire cette menace, ce qui nous détournerait de l'envie de faire front derrière eux et aussi de les épargner de nos critiques. Ce facteur existe sans doute, mais il ne me parait guère essentiel. S'il est vrai que nos dirigeants et leurs divers bras armés, services de renseignement, police, gendarmerie, armée,…, apparaissent comme impuissants à anéantir le mal, même s'ils en réduisent sans doute les effets mais d'une manière peu connue car il en est ainsi du monde du renseignement, c'est peut-être autre chose qu'on leur reproche fondamentalement. En fait chacun sait en son for intérieur que le risque zéro n'existe pas.

Pour aborder cela, il me semble utile d'organiser la réflexion autour des divers attentats qui ont frappé la France depuis l'affaire Mehra.

Quand Mehra a frappé et avant qu'on ne sache le nom de l'assassin, souvenez-vous, c'est l'extrême-droite qui était désignée comme coupable. Avec comme victimes des militaires supposés musulmans, des juifs, ça pouvait coller. Et même ça devait coller. Même si ça fait quelques décennies que l'extrême-droite n'a pas pratiqué d'attentats chez nous. Toute la bienpensance était sur le coup, sur ce coup-là, au point même qu'un journaliste de l'Obs signala son dégoût sur Tweeter quand il s'avéra que le coupable n'était pas celui dont il avait rêvé. Bien évidemment quand on a le cerveau pourri par l'idéologie, quand on parle de militaires musulmans assassinés on ne distingue plus que des musulmans. Or en l'occurrence c'est l'association des deux termes qui faisait sens et qui ouvrait une autre perspective, celle du terrorisme islamiste frappant des traitres à l'islam, on était encore en Afghanistan à l'époque, et des juifs. Là aussi ça collait mais ça ne pouvait pas être vu. Sauf que… Bien sûr on a, cela malgré les signes de sympathie vis-à-vis des actes monstrueux de Mehra et qui s'exprimaient ouvertement en certains lieux du territoire, tenté de minimiser la portée de la chose. On a eu le loup solitaire, issue de banlieue, maltraité par la société, pensez-donc même la Légion Etrangère n'en avait pas voulu, et qui donc avait plongé dans l'islamisme. C'était pas complètement de sa faute, quoi !

En résumé, il régnait dans les milieux de la bienpensance quand même bien établis dans l'espace médiatique, cette idée que le mal dans ce pays vient de l'extrême-droite et que donc c'est vers là que doivent se diriger les regards quand se passe un truc pas net et surtout un acte abominable, que les musulmans, nos musulmans, tentés par le terrorisme étaient des gens isolés, peut-être un peu dérangés (souvenez-vous les attentats à la voiture -déjà !- perpétrés fin 2014, soit quelques petites semaines avant Charlie-Hebdo et l'Hypercasher, par plusieurs individus ayant au moins deux choses en commun : crier "Allah Akhbar" au moment de l'action et être tous perturbés du citron ), mais à coup sûr victimes d'une société intolérante, raciste, xénophobe, islamophobe, etc., etc.. A contrario, l'islam est nécessairement une religion de paix, de tolérance et d'amour. Quel est celui de nos dirigeants qui n'est pas tombé dans ce jus ? De gauche ou de droite. Et ils continuent d'ailleurs. Aussi, vous conviendrez que le chemin à parcourir est long pour parvenir à une analyse objective de la situation. Et qu'il n'est pas parcouru par ceux qui ont rebaptisé l'Etat islamique par son acronyme arabe pour que la racine "islam" ne soit pas audible ou par ceux qui parlent de terrorisme en rechignant y adjoindre la qualificatif islamiste, comme notre président en exercice. Cela dit des progrès ont été accomplis et rendons justice à certains de nos politiques d'utiliser les bons termes sans en oublier. C'est le cas de notre premier ministre mais qui avait toutefois il y a deux ou trois ans lors d'une rupture de jeune, moment incontournable pour nos politiques, estimé que le ramadan était un moment républicain (je retrouverai si nécessaire la référence). Dans un certain sens il fait aussi partie des hommes dont "Dieu se rit parce qu'ils déplorent les effets dont ils chérissent les causes."

Et donc si l'une des causes du malaise que nous connaissons, de ce malaise qui nous empêche de croire en nos dirigeants et qui détériore le sentiment d'unité nationale, résidait dans un déficit de confiance dû à une communication qui soit évite de nommer les choses, soit se présente comme incohérente. Il s'agit clairement d'une communication dont on perçoit qu'elle est le produit du refus d'une analyse de fond du problème ou tout du moins de son expression. Et pour appuyer là-dessus on remarquera qu'on s'attache depuis le début davantage aux individus ayant commis des attentats qu'au mal commun qui les ronge et qui, disons-le, ne peut pas être étranger à l'islam. C'est un peu comme si on luttait contre une maladie en dressant la biographie des malades pour comprendre les facteurs qui ont favorisé qu'ils l'attrapent sans jamais se soucier de la maladie elle-même et surtout pas de la caractériser pour pouvoir l'éradiquer ou la circonscrire au moins dans le cas qui nous intéresse.

 

Le second attentat d'ampleur fut celui, double, de janvier 2015. Cette fois en furent victimes des membres de la rédaction de Charlie-Hebdo et ceux qui gravitaient autour d'eux notamment pour assurer leur protection, et encore des juifs. Cet attentat est le dernier d'une série qui remonte à loin, rue des Rosiers par exemple ou Goldenberg qui avait comme particularité de faire tomber des victimes selon une certaine logique. Et finalement cette logique était rassurante, sauf pour les victimes potentielles, puisqu'elle reposait sur une idée des ennemis désignés de l'islam bien ancrée dans l'imaginaire : bien évidemment encore et toujours les juifs, mais aussi ceux qui par leurs actes avaient offensé ou trahi l'islam, des militaires pour Mehra, des blasphémateurs pour les frères Kouachi. Et donc combien parmi cette foule qui défila le 11 janvier pouvaient se sentir des victimes potentielles du terrorisme islamiste ? Bien peu en vérité puisqu'ils faisaient partie de cette masse de "Français innocents" pour reprendre cette formule malheureuse de Raymond Barre pour désigner des victimes qu'on pourrait qualifier de collatérales.

De fait on peut se demander si ce qui est apparu comme une manifestation de cohésion nationale, par ailleurs bien managée par le pouvoir en place, n'était pas davantage une expression de compassion, peut-être d'indignation, sans que pour autant elle soit le véritable signe d'une union contre un mal qui frapperait la nation dans son entier. Une foule amassée, même très nombreuse ne constitue pas la preuve d'une unité nationale, mais juste d'une émotion partagée à un même moment. Cette émotion, comme on a pu le voir lors des minutes de silence imposées notamment par l'éducation nationale, n'était d'ailleurs pas partagée par tous. Et c'est cela qui aurait dû davantage attirer l'attention que ces rassemblements. C'est à partir de ce genre de choses qu'on peut mesurer l'ampleur du mal évoqué plus haut et les risques pour l'avenir. Mais trop s'y attarder reviendrait évidemment à faire cette analyse qu'on ne veut pas faire, au moins publiquement. L'expérience du recueillement institutionnalisé ne fut d'ailleurs pas renouvelée après le 13 novembre. Mieux vaut faire l'autruche. N'empêche que l'image a marqué, même si elle fut sous-médiatisée, et s'oppose à celle qu'on veut nous imposer d'un islam paisible sali par une poignée de détraqués. Ceux-là d'abord ne sont pas qu'une poignée et bénéficient d'un courant de sympathie non négligeable, même chez les enfants, et aussi de soutiens concrets. La longue fuite d'Abdelsam caché au milieu des siens en est une parfaite illustration.

Mais tous ces mensonges, au moins par omission tout à fait volontaire, étaient-ils encore supportables, lâcheté, égoïsme, indifférence,… obligent, jusqu'à ce que les attentats du 13 novembre ne révèlent que tout le monde est désormais une cible potentielle. Chose pourtant évidente depuis de 11 septembre 2001 et les attentats de Madrid et de Londres, mais qu'on a évacué pour ne pas se faire du mal. Même plus besoin d'être un ennemi de l'islam pour être assassiné !

Et donc là le niveau d'exigence devient plus grand. On ne veut plus rester dans le non-dit, dans cette illusion d'une religion qui serait étrangère aux crimes de ceux qui s'en réclament. On se demande ce que l'Etat a fait de concret depuis janvier. Pas tout de suite, délai de décence oblige, mais quand même assez rapidement. Et d'ailleurs le président et le gouvernement réagissent, état d'urgence, déchéance promise de nationalité pour les ennemis de la France qui en ont une autre, standing ovation au Congrès à Versailles et puis …plouf !!! Une partie de ceux qui avaient acclamé le président ne veulent pas de cette déchéance, lui non plus d'ailleurs, mais il fallait donner des gages dont on espérait, pas de chance, que le Conseil d'Etat les transformerait en chimères. L'Etat d'urgence se concrétise par des troubles tels qu'on n'en a pas vus depuis longtemps. La police est épuisée à lutter contre des bandes organisées… et aussi dénigrée pour de prétendues violences tandis qu'elle ne parvient plus à compter ses blessés. L'idée même d'état d'urgence est contestée dans les rangs de la majorité, même si la coquille est à peu près vide. Et du coup le président en annonce la fin…à quelques heures de Nice, ce qui l'amène donc à le prolonger. Le moins qu'on puisse dire à ce stade, c'est que l'évaluation du niveau de danger n'était pas vraiment bonne de la part de la tête de l'Etat. Et que donc la confiance n'a plus guère de fondements. D'autant plus qu'on a vraiment l'impression qu'après environ 230 victimes en 18 mois, et nous ne parlons ici que des morts, on nous dit "nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts, et d'ailleurs on continue comme avant, avec les mêmes, et selon les mêmes méthodes qui ont montré toute leur efficacité." Je ne sais pas si le niveau d'efficacité de Monsieur Cazeneuve est bon ou si un autre aurait fait mieux, reste que le bilan n'est pas glorieux et qu'une démission, même refusée, n'aurait pas été déplacée. C'est quand même comme si rien n'atteignait ces gens et qu'aucune remise en cause de leur action n'était envisageable par eux. C'est quand même étonnant, sans doute indécent.

 

Dernière chose, déjà évoquée. Parmi la série d'attentats, on peut distinguer deux types, ceux organisés, planifiés de longue date, et ceux opérés par des individus isolés.

L'attentat de Nice fait visiblement partie de la seconde catégorie, ce qui à la décharge de Cazeneuve et de ses services le rendait sans doute indétectable. Mais d'un coup est démontré qu'un seul individu, et pas un génie, sans moyens autres qu'ordinaires, et en tout cas non prohibés, peut faire un carnage. Le facteur de risque pour chacun en est donc sensiblement augmenté, et donc la peur. On ne sait pas quel lien cet individu avait avec l'EI. Peut-être aucun concret. Mais ce qu'on sait c'est qu'il était radicalisé, depuis peu nous dit le ministre de l'Intérieur. On en revient alors à ces questions dont on parle peu et qu'on ne veut visiblement pas résoudre. Quels sont les vecteurs de la radicalisation ? S'il s'agit de mosquées, c'est grave. On nous a parlé après les attentats de novembre de surveillance, de fermetures des mosquées qui prêcheraient le salafisme. Mais qu'en est-il en réalité à part quelques annonces bien rares. Qu'en est-il alors qu'à Nice, est-ce un hasard, la justice administrative et le préfet obligent la mairie à l'ouverture d'une mosquée financée par l'Arabie Saoudite dont il est inutile de s'étendre sur l'idéologie religieuse qu'elle porte ? Là encore on est loin de la cohérence qu'exigerait un état de guerre pourtant proclamé par nos têtes pensantes.

Mais au-delà de toutes ces incohérences qui ont sapé la confiance qu'on pouvait avoir dans nos dirigeants, la question essentielle qui n'est pas posée est : quel est ce mal profond qui peut transformer un individu en un monstre assassin de masse ? Tant qu'on n'aura pas répondu officiellement à cette question et qu'on n'en aura pas tiré toutes les conséquences, les choses continueront et s'aggraveront. Car certains, et c'est déjà le cas, apporteront sans aucune nuance (la nuance n'étant pas une atténuation de la réalité mais sa présentation sous tous les angles) la réponse à cette question et ne verront dans l'islam que cette partie sombre qui cohabite avec cette autre plus éclairée. Ceux-là qui ne verront que cette partie obscure ne sont pas pires que ceux qui nous rabâchent sans cesse cette fable de la religion de paix et d'amour, comme ceux qui massacrent au nom de l'islam ne sont pas moins musulmans que ceux qui croient sans se sentir obligés de faire le vide autour d'eux et d'imposer leurs croyances aux autres. Ils sont dans une erreur de même type que les seconds. Leur erreur que l'on ne corrigera pas en lui opposant celle qui consiste à parler de religion de paix et d'amour finira par entrainer des actes de violence de façon indiscriminée. L'erreur des seconds, dans les faits un mensonge délibéré, nous oblige à subir la violence quel qu'en soit le niveau de ceux qui veulent rendre l'islam universel. Dans l'état actuel des choses nous n'avons guère le choix que dans cette alternative, en gros l'alternative de la victime ou du combattant. Aucune voie n'est satisfaisante. La voie de la soumission (victime) a connu de beaux jours et en connait encore, elle a été même prophétisée par Houellebecq qui n'a pas tort puisque d'aucuns estiment déjà que les concessions dont on ne sait pas où elles s'arrêteront sont seules susceptibles d'arrêter l'agression. Mais d'autres, on les dira d'extrême-droite, c'est tellement confortable, choisiront la voie de la résistance et c'est heureux. Reste que dire les choses et fixer les règles aurait été préférable. Mais il est sans doute trop tard.


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