Test ADN : assez des menteurs !
par Stéphane W.
jeudi 4 octobre 2007
Avec l’adoption du projet de loi sur l’immigration et surtout avec l’amendement portant sur les tests ADN, c’est peut-être la notion de citoyenneté qui risque de prendre une nouvelle tournure. Observation.
Dans un article de l’Agence de presse française (AFP), on apprend que « Le Sénat a adopté dans la nuit de mercredi à jeudi une version expurgée de l’amendement controversé autorisant le recours aux tests ADN pour les candidats au regroupement familial ». Il s’agissait de l’examen du projet de loi sur la maîtrise de l’immigration déjà adopté par le parlement, mais qui (heureusement ?) aura subi un amendement important.
Ainsi, une fois la loi promulguée, tout juge pourra demander des tests ADN afin de vérifier si telle fille est bien l’œuvre de M. et Mme X. Après plusieurs hésitations, certains sénateurs ont finalement décidé de voter pour la loi jugeant qu’elle ressemblait beaucoup à la loi en vigueur pour tout Français (« le Code civil prévoit la possibilité pour un juge d’ordonner une analyse génétique "afin d’établir un lien de filiation", AFP).
Sauf qu’en général dans le cas de « Français », il s’agit souvent pour le juge de vérifier la véracité des propos d’un des parents puisque, dans ce cas, souvent un des parents n’est pas d’accord. Mais si deux parents sont d’accord sur le fait d’avoir un enfant, il est rare, voire impossible qu’un juge décide quand même d’y aller par test ADN. Alors ?
Le vrai problème dans toute cette loi, c’est le fait qu’à partir de sa promulgation l’État français créera implicitement deux citoyens français. Un qui sera jugé (forcement) comme menteur et l’autre qu’il va croire sur la simple présentation de papier fait en France. Si un couple de Français (Jean et Sylvie) a un enfant à Paris et que Jean décide de le reconnaître comme fils ou fille avec le consentement de Sylvie, il est peu probable qu’un juge décide de faire passer le test ADN à Jean. Tandis que si Jean par contre refuse de reconnaître l’enfant, alors il y a de fortes chances que le même juge décide d’y aller avec le test ADN. Par contre, si Ousmane et Pamela devenus Français veulent faire venir leur fille Sarah (qu’ils ont eu à Dakar), même s’ils sont d’accord sur la filiation de Sarah, il y a de très forte chance qu’un juge utilise la fameuse loi. Voilà donc tout le fond du problème de cette loi. Est-ce que deux Français sont encore égaux devant les lois ?
Mais pour le député Mariani auteur de l’amendement, il n’y a rien de fâcheux dans la loi : « Cet amendement, c’est une question infime dans la loi, mais qui consiste tout simplement à reprendre ce qui se fait déjà dans onze ou douze autres pays. Franchement, je suis très surpris de ce débat en France ». Pourtant il est simple de constater qu’au-delà du déni de menteur qu’on affuble aux étrangers d’une part mais aussi aux autres « Français », c’est surtout et avant tout une question de morale comme le souligne l’ancien député et premier ministre Édouard Balladur : « "Si j’étais parlementaire, ce que je ne suis plus d’ailleurs, je ne la voterai pas pour des raisons essentiellement morales", a déclaré l’ancien député sur France-Info. "L’idée de tests ADN obligatoires (...) est une idée qui, personnellement, me choque profondément sur le plan moral", a-t-il ajouté. » (AFP)
Et cette histoire de test ADN n’est qu’un exemple d’un enjeu beaucoup plus important qui attend la majeure partie des pays occidentaux : la création d’une citoyenneté de deuxième classe. On se rappelle que lors des violences urbaines dans les cités, le ministre de l’Intérieur de l’époque (Nicolas Sarkozy...) envisageait la possibilité de renvoyer chez « eux » les auteurs de cette guérilla. Est-ce qu’en France on renverra des Français dans leur pays d’origine parce qu’ayant commis d’actes répréhensibles ?