Trump et la liberté d’expression : une dérive totalitaire
par Fergus
lundi 22 septembre 2025
L’assassinat de l’influenceur Charlie Kirk a été du pain béni pour Donald Trump : en dénonçant l’atteinte portée par cet acte criminel à la « liberté d’expression », c’est paradoxalement à cette liberté constitutionnelle protégée par le 1er amendement que Trump s’attaque frontalement. Cela constitue à l’évidence une inquiétante dérive totalitaire que d’aucuns vont même jusqu’à qualifier de « fasciste »...
« Ce soir, nous sommes tous Jimmy Kimmel ! » s’est exclamé sur un ton grave l’humoriste étatsunien Stephen Colbert dès l’ouverture de son émission The Late Show sur la chaîne ABC le jeudi 18 septembre. « C’est quoi, ce délire ? » s’est, de son côté, insurgé dans son propre Tonight Show sur NBC Jimmy Fallon, un autre humoriste célèbre aux États-Unis, également très remonté contre les dérives du trumpisme. D’autres animateurs connus outre-Atlantique, tels Seth Meyers et Jon Stewart, ont eux aussi exprimé leur stupéfaction à l’annonce de la sanction infligée à Jimmy Kimmel, de même que le très respecté retraité David Letterman qui a qualifié l’administration Trump de « dictature ».
En cause : la suspension d’antenne dont est victime cet animateur, coupable d’avoir dit la vérité : « Le gang MAGA* s’efforce désespérément de faire passer ce jeune [Tyler Robinson] qui a assassiné Charlie Kirk pour quelqu’un d’autre qu’un des leurs et fait tout son possible pour en tirer un avantage politique. » Rien là d’anormal ni de choquant de la part d’une personne engagée, libre de sa parole sur un média privé, et dont l’expression des opinions est de surcroît protégée par le 1er amendement de la Constitution étatsunienne. Sur pression de Trump auprès des gestionnaires d’ABC, Jimmy Kimmel n’a pas moins été évincé sine die de l’antenne, en violation flagrante du droit constitutionnel.
Un nouveau maccarthysme
Jimmy Fallon et Seth Meyers subiront-ils le même sort ? L’avenir le dira, mais Trump a publiquement appelé à « virer » ces deux animateurs. Voire – mesure encore plus radicale – à éradiquer les chaînes « libérales » (au sens américain) qui les emploient du paysage audiovisuel étatsunien : « [Elles] ne font que de la mauvaise publicité. (...) Peut-être que [leur] licence devrait leur être retirée. Ce sera la décision de Brendan Carr. » Autrement dit de l’homme – un serviteur zélé, très peu porté sur le « devoir de réserve » – que Trump a lui-même nommé en novembre 2024 à la tête de la FCC (Commission fédérale des communications), l’autorité de régulation des médias**.
Il est désormais clair, comme l’a souligné avec lucidité Jon Stewart, que « la liberté d’expression [ne vaut que pour] une parole qui soutient le président » dans les États-Unis de Trump. Avant d’ajouter, à l’unisson de la majorité des défenseurs étatsuniens des valeurs démocratiques (jusque dans les rangs des Républicains) que « toute parole critiquant le président et son mouvement sera [désormais] sanctionnée par le gouvernement. » Pire : « Bientôt, [cette parole] sera totalement interdite. Nos libertés civiles auront été jetées aux oubliettes par décret exécutif. » Ainsi va la vie politique dans les États-Unis de Trump, exposés à un nouveau maccarthysme : de la plus hideuse des manières !
* MAGA : Make America Great Again
** Équivalent aux États-Unis de l’Arcom en France.