Un Gendarme Mobile : ça s’éclate, ça éclate !
par George L. ZETER
mercredi 26 novembre 2025
Sainte-Soline 2023. Escadrons surarmés en roue libre contre écolos les mains vides, « score », 200 blessés, dont 40 graves coté manifestants - Coté gendarmes ? 45 dont la plupart ont seulement des traumas sonores, comme des acouphènes liés à leurs propres engins explosifs. La question est : pourquoi toutes ces violences ?
Petit tour d’horizon. C’est autour des mégabassines.[i] La construction de ces réserves d’eau qui s’insèrent dans un débat sur les retenues d'eau, qu'elles soient utilisées pour l'irrigation agricole ou pour d'autres usages, et notamment l’impact sur les ressources en eau des milieux aquatiques.[ii] Deux rapports d'informations ont été publiés se résumant en six thématiques - Le modèle agricole (encouragement de pratiques gourmandes en eau au détriment d'un modèle basé sur l'agroécologie) - Le coût de ces retenues (un coût exorbitant principalement financé avec des fonds publics) - Le devenir de cette eau (évaporation, dégradation) et l'iniquité (accaparement de l'eau au profit d'un petit nombre) - L'absence de consensus (notamment sur les volumes à prélever) - La non prise en compte du réchauffement climatique - Finalement, un intérêt global contesté par certains scientifiques. À l’horizon qui pointe, la vraie guerre de l’humanité pour sa survie sera l’eau douce consommable.
Cette manifestation du 25 mars 2023, qui rassemblait plusieurs dizaines de milliers de personnes sur la commune de Sainte-Soline[iii] au cœur des luttes écologistes contre le stockage des eaux. Pour les opposants, ces retenues constituent l’accaparement des ressources au profit d'un petit nombre et sont représentatives d’un modèle agricole productiviste jugé périmé. Elles sont source de pertes en quantité, en qualité nécessaire au bon équilibre des milieux et sont un risque pour l’augmentation de la longueur des sécheresses en lien avec le réchauffement climatique. Pour les tenants, ces retenues sont la solution d’une agriculture raisonnée, en attente d’une agriculture vraiment durable. Elles doivent être accompagnées d’un projet de territoire unissant l’ensemble des acteurs de l’eau autour d'objectifs de maintien et d'enrichissement des milieux. En partant de ces deux oppositions, la dialectique et les mots utilisés, montrent un fossé : de l’humanisme quelque peu utopiste, au pragmatisme, technocratique froid. Des visions qui ne se croiseront jamais comme l’infini des lignes parallèles. En cette journée de mars, environ 30 000 personnes[iv] répondaient à l'appel d'organisations écologistes, qui demandaient toutes l'arrêt du chantier. Face à eux, 3 000 gendarmes[v] étaient mobilisés pour empêcher l'accès à la mégabassine et où un périmètre d'interdiction de manifester avait été décrété dans la zone. Le ministre de l'Intérieur de l’époque Gérald Darmanin qualifiant les manifestants d'éco-terroristes. Les autorités minimisèrent les violences policières, quant aux organisations écologiste, elles relançaient le débat sur les violences policières et l'utilisation d'armes comme les LBD et les grenades GM2L, considérées comme des armes de guerre. La Ligue des droits de l'Homme dénonçait la répression policière et accusait les forces de l'ordre d'avoir délibérément empêché les secours de venir porter assistance aux blessés. Il y eut tout de même une enquête de l'IGGN sur les tirs de LBD effectués par les gendarmes chevauchant des quads qui conclut à un usage en légitime défense…[vi] On retomba dans un silence qui arrangeait la maréchaussée… Deux années passent et en novembre 2025, sortent en 84 heures de vidéos les enquêtes conjointes de Mediapart et de Libération, donnant la mesure de la violence volontaire, délibérée de l’institution policière, couverte par la hiérarchie à l’encontre des militants écologistes.
Cette vérité qui finit toujours par sortir. Aux visionnages de ces vidéos, on a du mal à en croire ses oreilles et ses yeux. C’est une avalanche d’échanges vocaux par une soldatesque en roue libre dont la seule mission, d’ailleurs encouragée par les chefs, est de faire mal, de « défoncer », d’insulter, de taper, d’éborgner, et même de tuer. Ces actes, faits et gestes ne sont pas sans rappeler ce qui s’est passé récemment en Amérique du Sud où un massacre perpétré par la police locale a mis en évidence des violences systémiques et racistes dans le cadre d’une action planifiée et mise en œuvre par l’État lui-même. Heureusement, en France, il n’y a pas eu encore ce genre d’hécatombe, mais il faut se poser la question, en entendant les dialogues des chiens de garde de la macronie, s’il ne faudrait pas beaucoup plus pour en arriver là ; tant, « la joie, l’enthousiasme », et même « le rêve » qu’enfin, un jour comme à Soline arriva, dixit un des gendarmes. 84 heures de rushs, des cameras embarquées qui ont donc filmées en live, les « actions » de ces représentants de l’ordre : insultes, tirs en pleine tête sous les quolibets. Savoureux dialogues entre des joyeux drilles : « j’espère bien que t’en as éborgné » - « j’compte plus les mecs qu’on a éborgnés ». « Un vrai kif », « un GENL dans les couilles, ça fait dégager du monde hein ! » - « on va les manger hein » « ben oui ». « Il faut qu’on les tue ! » Ces « soldats » ont utilisé au moins 5 mille grenades lacrymos et ont transformé tout le périmètre en zone de guerre avec en face d’eux, des profs de SVT, végans, des agriculteurs bio qui voulaient juste protéger les ressources en eaux et qui étaient très éloignés des fanatiques d’Al-Qaïda… En revenant aux soudards, y en a un qui s’exclame, « c’est le nirvana ! On est sur l’Everest de la mobile. C’est magnifique, ça sent la lacry ! » Un autre, « c’est la guerre c’am régale », et un chef qui gueule « faites vous plaisir ! » Les journalistes aussi ont été des cibles de choix, au plus grand plaisir des FdeO, « C’est un journaliste qui s’en est pris plein la gueule, ça lui fera la bite », se félicite ainsi un gendarme.[vii] Bon, je m’en vais arrêter là les citations de ces affamés de la matraque et de l’abus de pouvoir. C’est tout simplement à vomir. Dans leurs casques ?
Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur interrogé par Duhamel junior : « Il y a eu une réponse qui a été donnée qui est dans la majorité des cas proportionnés. » Duhamel : « Ce sont des violences policières ou pas ? » - « Si elles sont avérées en tout cas, ce sont de gestes qui ne sont pas réglementaires. » Pourtant cher ministre les vidéos tournent, tournent. Pour l’heure, aucun des gendarmes n’a été inquiété. Dans un procès-verbal de synthèse, l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) estime que ces pratiques relèvent seulement de dérives individuelles de quelques gradés, évoquant des ordres de tirs tendus « à la marge ». Même si d’autres gendarmes aussi « ont à plusieurs reprises effectué des tirs qui ne semblent pas conformes ».
Et voilà bon populo, dormez bien, ils vous protègent… La matraque bien au chaud fait dodo.
Georges ZETER/novembre 2025
Vidéo : La manifestation de Sainte-Soline vue par les gendarmes
Vidéo : La manifestation de Sainte-Soline vue par les gendarmes (vidéo complète)