Un maton parle aux pointeurs
par sorelisa
mercredi 28 août 2013
Il n'y a pas de crimes ou de délits plus nobles que d'autres, y en a-t-il de plus infâmes ?
Je suis père, grand-père, alors pointeur crime ou délit de mœurs ça ne va pas ensemble. Tout délit ou crime à tendance sexuelle, sont mis au ban de la société et c’est bien… mais après ? On les tue ou on les laisse vivre ? Personnellement si on touche à un cheveu de mes enfants ou petits-enfants, je tuerais la personne, ma vie sera foutu et n'aura plus de sens.
La personne qui rentre aux Baumettes pour mœurs sait que ces délits sont mal perçus en prison. Il nous renvoie à notre intime : nous, notre corps dans ses recoins les plus secrets. Ils savent ce que les surveillants ou les autres détenus pensent : 'il faut les tuer ou les faire souffrir'.
Pourtant, en tant que professionnels, nous nous devons d’être neutres. Il faut protéger ces détenus des autres et d’eux-mêmes, en les mettant dans un quartier à part (le Deuxième nord). Nul n’a besoin d’être prophète pour savoir que les crimes ou délits de mœurs sont mal vu, même si la dénomination dans son contenu est vide.
Un prévenu pour mœurs (voire même un condamné !) peut être innocent : le doute doit lui profiter. Il n’y a qu’à regarder la tragédie d’Outrau ou des innocents ont été trainés dans la boue, salis à jamais. Il faut nous garder de jugements hâtifs. Quand les faits de cette nature sont prouvés, nous les hommes avons le droit de gueuler après les horreurs commises par ces gens-là, mais une fois la tenue bleue enfilée, l'uniforme endossé, notre devoir et de laisser au vestiaire toutes nos velléités.
J'ai transféré un jour un détenu de la Maison d'arrêt d'Avignon à celle d'Aix-en-Provence. Pendant le trajet, j'avais entre les mains le dossier pénal complet que je devais remettre au greffe qui réceptionnerait le détenu. Je l'ai lu : il y avait tout. Les films d’horreurs n’ont jamais pu imaginer de telles scènes, la réalité dépassait les fictions les plus sordides. Au bout de quatre pages, j’ai arrêté de lire, j’avais la nausée, c’était au-delà du soutenable. Je me souviens de ce trajet comme un voyage au bout de l’enfer, un voyage au bout de la nuit (L.F. Céline).
Depuis lors, je me suis toujours contenté de l’intitulé du motif, sans chercher plus loin et faire ma mission en restant le plus neutre possible. Nous devrions, en tant que personnel de surveillance, n’avoir aucun jugement sur ces personnes. Si nous avons une opinion, nous devons la mettre dans notre poche. J’ai toujours évité d’avoir le dossier pénal d’un détenu entre les mains pour faire mon travail avec sérénité.
Nous avons accès au dossier pénaux suivant nos habilitations. Le surveillant n’aura rien ou presque comme renseignements, le brigadier en saura plus : il vérifie les pièces lors de la mise sous écrous. Le Directeur de la Maison d'arrêt, lui sait tout. En général, l'affaire pénale du détenu reste relativement discrète.
Je dois bien l'avouer aujourd'hui : je me suis toujours senti mal à l’aise avec les « pointeurs ». Avec leur gueule de premier de la classe, de dirigeant d’entreprise, de notables, de papa ou de papy gâteau. Là, je ne parle pas des brutes. Ils ont souvent une voix douce une intelligence développée.
Face à tant de douceur, il m'est arrivé d'aller lire le dossier pénal au Greffe et d'y découvrir leurs actes, souvent horribles. Il y a du Docteur Hyde et de Mister Jekyll chez ces types-là !
Alors, bien que l'homme que je suis, reste dubitatif devant cette catégorie de détenus, le maton lui, se doit de toujours neutre.