Une question essentielle ŕ vous poser...

par André-Jacques Holbecq
mercredi 24 décembre 2008

Question, sous forme de lettre ouverte, aux gouvernants, aux medias, aux politiques, aux économistes, aux banquiers, et à tous ceux dont l’avis et la parole comptent dans notre société...

Madame, Monsieur,
 

J’ai une question essentielle à vous poser...

Comme vous, sans doute, je me sens très concerné par la dégradation des conditions de vie sur notre planète. Pourtant, en dépit des bonnes intentions, et quelles que soient les mesures prises par les gouvernements successifs depuis une trentaine d’années, la situation globale ne cesse de se détériorer : déploiement d’une dynamique qui favorise la croissance d’îlots peuplés d’une élite cumulant fortune, pouvoirs et privilèges, au milieu d’un océan grandissant de misère, d’injustice sociale, d’exclusion, bref de souffrances génératrices de violences sous toutes ses formes, tout cela sur fond de menace écologique pressante. Comment expliquer une telle impuissance à une époque où, paradoxalement, l’humanité n’a jamais disposé d’autant de connaissances et de moyens technologiques ?

À vrai dire la situation est purement absurde : qu’il s’agisse de l’emploi, la santé, l’éducation, l’énergie, l’alimentation, etc. nous n’avons pas une, mais un vaste choix de solutions possibles.

Sur quoi butte-t-on ? Sur le manque d’argent qui permettrait de mettre en oeuvre ces solutions. Car on ne meurt pas de faim faute de nourriture, on meurt de faim faute de l’argent qui permettrait d’y accéder. On ne meurt pas de maladie faute de médicaments, on meurt faute de pouvoir les acheter ; on n’est pas au chômage faute d’emploi, on y est faute de pouvoir rémunérer le travail. Et ainsi de suite...

Alors, tous les efforts portent sur la recherche d’une croissance forte qui serait, dit-on, la seule méthode susceptible d’apporter les ressources financières suffisantes pour relever les défis de notre temps. Mais n’est-ce pas vouloir éteindre l’incendie avec de l’essence quand on sait que le plus grand danger qui menace la planète vient justement des dommages collatéraux causés par la croissance ? N’est-ce pas aussi ignorer que la nature de l’argent moderne permettrait, si on le voulait vraiment, de l’émettre à la hauteur de ce que l’urgence humanitaire et écologique exige ? Si vous êtes renseigné(e), et vous êtes à une place qui vous permet de l’être plus que tout autre, vous n’êtes pas sans savoir ce qui suit :

- L’argent aujourd’hui n’est plus limité comme avant par une quantité de matière précieuse. Il est totalement dématérialisé depuis 1971. Il est créé et ne prend « existence » que par simple inscription dans une comptabilité bancaire. Les seules limites sont les règles que la société se donne.

- Il y a peu de temps encore (avant le 3 janvier 1973), la Banque de France avait le droit d’émettre en faveur des Collectivités - et en particulier de l’État - la monnaie nécessaire à financer leurs développements. Ainsi, pas d’intérêts ruineux puisque ces intérêts n’étaient dus qu’à la Banque de France et donc revenaient à l’ensemble de la collectivité au travers de sa banque nationale.

Or, qui crée aujourd’hui cette monnaie dont nous avons collectivement tant besoin ?

Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce sont les banques privées par le moyen du crédit.

Que l’on puisse créer de l’argent à partir de rien sort tellement de nos schémas mentaux que nous refusons de le voir, d’autant plus que l’iceberg ne montre que sa partie émergée. Ce qui est visible, c’est l’utilisation de l’épargne. Il semble à l’évidence que les banques prêtent aux uns les sommes épargnées par d’autres. Et c’est vrai en partie. Quand l’État emprunte sur les marchés financiers, il y a bien derrière des investisseurs - banques, compagnies d’assurance, fonds de pension, particuliers - qui « achètent » de la dette publique avec des sommes épargnées.

Mais la partie immergée de l’iceberg cache le fait que l’argent est devenu une dette par nature, car pour qu’il y en ait, il faut au préalable qu’il ait été créé lors d’un crédit. Ainsi, contrairement à ce que pense la plupart des gens, ce n’est pas l’épargne qui permet l’emprunt mais l’emprunt qui permet l’épargne.

Dès lors, la vraie question est de déterminer QUI a LÉGITIMITÉ quant au pouvoir de créer la monnaie-crédit, dans quelles conditions et pour en faire quoi ?

- Le privé  ? Dans ce cas, l’argent ne peut être créé que de manière sélective, sur des critères de rentabilité et de solvabilité au service prioritaire des actionnaires du système, sans souci de l’intérêt général.
- Le public  ? Dans ce cas, l’argent peut être créé sur des critères d’intérêt commun.

Force est de constater que malheureusement, aujourd’hui, sans débat public préalable, les Nations sont rabaissées au même rang que chacun de leurs citoyens. Elles sont obligées d’emprunter l’argent tiré initialement du néant auprès du privé et de payer de substantiels intérêts, ce qu’elles n’auraient pas à faire si elles exerçaient leur droit légitime d’émettre leur propre monnaie.

Nous payons, bon an mal an, 40 milliards d’euros par an pour les seuls intérêts, ce qu’on appelle élégamment "le service de la dette". C’est l’équivalent de 240 airbus A350, ou de 3 porte-avions "Charles de Gaulle. C’est prélever sur notre travail et notre production plus de 100 millions d’euros par jour, oui, par jour, et le transférer à ceux qui sont déjà les plus riches, eux qui, d’ailleurs, peuvent ainsi nous les reprêter, à nouveau contre intérêt... Et tandis que la richesse publique sert à gonfler chaque année un peu plus les poches des plus privilégiés, nous laissons se détériorer les services publics, nous supprimons des acquis sociaux et nous ne trouvons pas l’argent nécessaire aux investissements structurels qu’exigent la gravité et l’urgence des problèmes actuels !

Imaginez-vous la force que nous aurions à notre disposition si les États pouvaient de nouveau mobiliser toutes les ressources de leurs Peuples pour affronter ensemble les terribles problèmes que connaît notre planète, au lieu de s’éreinter à chercher une vaine croissance qui ne profite de toute façon qu’à la minorité la plus nantie ?

Alors voici ma question :

Pourquoi personne parmi nos représentants ne se lève pour pointer le ridicule et le scandale d’une situation qui est à l’origine de la plupart des maux dont souffrent les peuples ?

Si la vie de votre enfant était en jeu, accepteriez-vous de le laisser partir alors que tout est là pour le sauver ? Eh bien oui, sa vie est en jeu ainsi que celle de tous les enfants de la Terre, et je pense que, comme moi, vous ne pouvez accepter l’idée de les condamner au seul motif de faire semblant d’ignorer que la cause essentielle des problèmes vient de ce que le pouvoir de création monétaire, revenant de droit aux Nations, a été abandonné au système bancaire privé.

Je vous demande donc de me dire clairement quelle est votre position à ce sujet et ce que vous comptez faire concrètement pour que la création monétaire - au moins celle nécessaire à l’équipement et à l’investissement de la Nation et qui n’est donc pas inflationniste - soit reprise au privé et rendue au public, comme le suggèrent plusieurs économistes, afin que nous puissions mettre en œuvre, sans frein, toutes les ressources humaines et technologiques dont nous disposons pour répondre aux défis de notre temps. Et ne me répondez surtout pas que c’est chose impossible dans le système mondialisé actuel : les systèmes que nous construisons sont à l’image de ce que nous voulons. Voulez-vous un monde inféodé aux intérêts de la finance privée, ou un monde où vos enfants pourront vivre libres, en paix, et dans une suffisance heureuse au milieu de peuples solidaires ? Les lois votées jusqu’à présent ont livré le monde aux banquiers... Si tel n’est pas votre choix, il faut en proposer d’autres.

Comptant sur votre réponse et plus encore sur un réel engagement de votre part dans cette voie, je vous prie d’agréer mes salutations citoyennes.


Pour mémoire, un historique de l’évolution depuis 1973 :


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