Vers le retour de l’impérialisme allemand ?

par Kevin Queral
samedi 11 avril 2015

Réflexions sans filets.

D'aucuns prédisent de bien mauvais jours à venir pour l'Allemagne1. Et ils ont peut-être raison. Elle doit faire face à un vieillissement important de sa population, les générations ne se renouvellent plus depuis des lustres (fécondité 2013 : 1,4), les lois Hartz2 et le traité de Lisbonne ont fait apparaître de nombreux travailleurs pauvres et ont amplifié la misère populaire, la vétusté des infrastructures due à la surcapitalisation inquiète, la déflation menace, etc.

Si l'économie allemande a su tirer profit de la politique monétaire de la BCE, qui a mécaniquement asphyxié ses concurrents européens, vient maintenant l'heure de la reddition des comptes. Et elle prend la forme d'une alternative perdant-perdant : soit finir d'étrangler et d'humilier les autres pays de la zone euro par le maintien de politiques d'austérité déflationnistes , au risque donc de ne plus avoir de clients, soit adopter une logique de transfert de richesses vers les zones sinistrées de l'UE. La situation, présentée ainsi, a tout du dilemme : chuter pour avoir plumé ses acheteurs, cas typique de déséquilibre proie-prédateur, ou payer, espèces sonnantes et trébuchantes, afin de préserver son hégémonie. Notons par ailleurs qu'il s'agit ici d'un des arguments les plus convaincants en faveur de la fin prochaine de l'euro.

Ces analyses pessimistes semblent ainsi difficilement réfutables, sauf à imaginer d'importants bouleversements macroéconomiques et de l'ordre géopolitique.

Enfin, les événements récents mettent l'Allemagne face à sa principale contradiction : comment rester, de manière indéfectible, pro-américaine géostratégiquement tout en étant très liée à la Russie économiquement ?

Pour s'imaginer un autre destin, à supposer que cette volonté existe encore chez ses élites et dans le corps du peuple, l'Allemagne pourrait tout à fait profiter de la situation actuelle.

Dans cette optique, nous pourrions envisager deux scenarii potentiels.

 

1 – l'Allemagne rompt avec Washington.

L'hypothèse est à première vue très peu crédible, c'est certain. Cependant, il existe de nombreux facteurs objectifs qui devraient faire tendre Berlin vers cette solution :

À ces facteurs objectifs s'ajoutent des dimensions plus subjectives :

Ce scénario est extrêmement risqué mais pourrait être très fructueux.

Les États-Unis ne sont plus capables aujourd'hui de contrôler militairement les nombreuses zones d'instabilité et se redéploient massivement dans le Pacifique pour contenir la Chine. Se placer sous le bouclier atomique chinois ou russe serait une option, et on voit mal aujourd'hui, par quelle propagande, le Pentagone pourrait convaincre l'opinion américaine d'une guerre en Allemagne !

C'est à mon sens la manière dont l'Allemagne pourrait sortir du cercle vicieux dans lequel elle est aujourd'hui enfermée.

 

2 – l'Allemagne reste un gouverneur régional américain... et après ?

C'est, je crois, l'option la plus probable, sauf en cas de conflit direct entre la Russie et la Junte ukrainienne, ou de détérioration catastrophique des relation sino-américaines.

S'arrimer au destin Américain est donc pour l'Allemagne, en substance, un pari risqué.

Mais, il pourrait s'avérer incroyablement payant, si la situation mondiale s'apaisait sans révolution de l'ordre géopolitique et économique.

Elle pourrait ainsi, dans quelques années, après avoir absorbé les capitaux des autres pays européens, après s'être constitué une clientèle importante pour ses exportations en Asie, après s'être reconstitué une armée, après avoir assis davantage son emprise sur la Mitteleuropa, après avoir assuré son approvisionnement en énergie et en matières premières, décider de sortir de la zone euro pour ne pas avoir à effectuer de transfert de richesse et s'affirmer alors comme une puissance mondiale de grande envergure.

Et puis, au pire, si tout échoue, il lui restera l'UE pour payer ses retraités non ?

 

 

1 http://russeurope.hypotheses.org/3370

http://lespoir.jimdo.com/2014/09/29/le-dernier-grand-hourra-de-l-allemagne-arrogante-die-welt-i/

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2014/09/29/20002-20140929ARTFIG00137-l-allemagne-en-declin-des-economistes-donnent-l-alerte.php

2http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9formes_Hartz

3http://www.gazprom.com/about/production/projects/pipelines/south-stream/

4http://www.spiegel.de/international/world/germany-concerned-about-aggressive-nato-stance-on-ukraine-a-1022193.html

http://fr.sputniknews.com/analyse/20150408/1015561577.html

5 http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/04/02/20002-20150402ARTFIG00363-la-chine-rallie-pres-de-cinquante-etats-a-sa-nouvelle-banque.php

6http://www.lemonde.fr/international/article/2013/10/24/angela-merkel-espionnee-par-la-nsa_3502360_3210.html

7https://strategika51.wordpress.com/2014/03/11/loccupation-de-lallemagne-un-tabou-geopolitique-creve-par-poutine/

8https://stoptafta.wordpress.com/2014/12/19/ttiptafta-lopinion-allemande-principal-frein-a-un-traite-ue-us-dit-lamy/

9https://www.wsws.org/fr/articles/2014/fev2014/conf-f04.shtml

10http://www.mondialisation.ca/inquietudes-dans-la-presse-francaise-devant-la-remilitarisation-allemande/5441444

11http://www.theguardian.com/world/2014/nov/02/angela-merkel-warns-david-cameron-german-chancellor-uk-prime-minister-unskilled-migrants

12http://www.counterpunch.org/2015/01/22/the-rise-of-pegida/

http://www.counterpunch.org/2015/02/06/horrors-and-contradictions-in-germany/

13http://georgewbush-whitehouse.archives.gov/news/releases/2004/02/20040227-10.html

14 http://fr.sputniknews.com/international/20150405/1015506694.html

http://www.20minutes.fr/monde/1512819-20150108-ukraine-jean-claude-juncker-annonce-18-milliard-euros-aide-supplementaire-angela-merkel-refuse-lever-sanctions-contre-moscou


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