Vie lycéenne en Chine
par George L. ZETER
vendredi 20 février 2026
Une lycéenne résume : « la souffrance a toujours un côté secret. » 6h30, les élèves sont déjà en classe – 7h30, les cours commencent – 5 heures de cours non-stop. Déjeuner en 10 minutes. Sieste jusqu’à 14heures. Suivent 4 heures de classe. 18h – 19h diner. Jusqu’à 21h30 études. Retour à la maison et devoirs jusqu’à minuit. Cinq jours par semaine, avec des week-ends studieux, année après année, pour arriver au but ultime, le Gaokao…
Le Gaokao, ou « porte étroite ». Est un concours[i] sur plusieurs jours, à la fin de l'enseignement secondaire du lycée, qui sert d'examen d'entrée pour les études dans l'enseignement supérieur en Chine. Il concerne chaque année 13,4 millions d'adolescents et contient un examen en langues chinoise et anglaise, de mathématiques et de sciences ou sciences humaines. Après tous ces efforts, c’est le moment qui décide de la vie future de chaque élève. La règle est simple, les universités prennent ceux qui ont le meilleur score en points. Pour les autres, c’est fini… Le taux d’admission pour une université « normale » est de 40 à 50%. Donc, un apprenant sur deux est éliminé dès le départ, sans aucune chance de poursuivre des études supérieures. Puis, il y a les universités d’élite, nommées Projet 985 et Projet 211. Pour la première, c’est 1,5% de chances de pouvoir y être admis, pour la seconde, c’est 5%. Ce qui veut dire qu’il faut faire partie du 1% de sa région. Il y a une expression chinoise qui résume cette sélection drastique : « c’est comme une armée de dix mille hommes qui traverse un pont fait d’une seule planche. » Il y a une autre difficulté, en dehors de la volonté du candidat, la région où il est né. La règle est simple : plus la région est pauvre, plus la pression est grande ; pourquoi ? Parce que les jeunes des petites villes rêvent tous de partir dans une métropole pour changer leur destin. Cependant, les meilleures universités situées dans les grands centres veulent protéger leurs locaux. Ainsi, ceux de Shanghai et Pékin sont favorisés au détriment des provinciaux, surnommés, « grenouille au fond d’un puits ». Résultats, c’est une double peine, car ils ont moins de ressources et doivent en même temps avoir de meilleures notes. Pourquoi avec autant de barrières, ces jeunes continuent-ils ce parcours du combattant ? C’est une question de survie sociale, car deux forces les poussent : la société et la famille. Avec l’obtention du Gaokao, c’est une chance de changer de ville, d’avoir un vrai métier et un futur. Cet examen participe donc à la montée de l’échelle sociale pour les peuples de régions reculées. Il y a cependant une autre dimension de la société chinoise qu’il faut mentionner : la caste des riches. La règle du jeu est différente pour eux. Au départ, ils vont au lycée, passe l’examen, mais le score de Gaokao n’est pas vital, et ainsi, ils n’ont pas à se tuer à la tâche pour être dans les premiers. Ces nantis se concentrent surtout sur l’anglais, car leur plan est déjà tracé, universités en Angleterre ou aux États-Unis. Ils passent donc des années avec le petit peuple tout en achetant le droit d’échapper à cette pression incessante. Avouons pour un pays dit « communiste », cette différenciation financière de classe entre le bourgeois et le prolo fait désordre, Karl Marx doit donner des coups de pieds contre son cercueil en jurant contre tous les Confucius de la terre…
Saint Gaokao. Pendant les jours d’examen, tout s’arrête, soit un pays de 1.4 milliard qui marche sur la pointe de ses chaussons. Les petits vieux pratiquant le taïchi sont en sourdine et coupent les musiques, certains travaux publics sont à l’arrêt pour ne pas déranger les candidats, plus de klaxon, de sirène ; Si des étudiants sont en retard, la police les accompagne et ouvre la voie. Enfin, il y a la pression de la famille ! La génération de l’enfant unique n’est pas si éloignée (2015),[ii] ce qui veut dire qu’un seul descendant porte les espoirs de six adultes, les 2 parents et les quatre grands-parents. C’est une pression énorme, car tout l’argent et tout l’amour est concentré sur ce jeune en devenir. A tel point que des parents arrêtent de travailler l’année de l’examen afin de choyer et supporter le candidat rejeton. On n’étudie pas pour soi, mais pour l’honneur du clan. Pour ces pauvres jeunes gens la phrase qu’ils entendent le plus souvent est : « On s’est sacrifié pour toi, si tu échoues, comment vas-tu nous rembourser ? »… Bon, là, sans commentaire, nous ne sommes vraiment pas chez les bisounours !
Quel est le prix à payer ? Beaucoup de temps, beaucoup de répétitions et d’ennui. Même les week-ends sont productifs, ça se nomme « Zhou Liàn », soit l’examen de la semaine. Ce sont les deux journées de fin de semaine en non-stop pour les révisions et les contrôles. Il ne reste pour ces jeunes que le dimanche après-midi pour être enfin… Jeunes. Pas tous « profitent » de ces week-ends studieux, d’autres prennent des cours privés en toute matière, payés souvent très cher. Les parents eux, courent d’un centre de formation à l’autre, car chaque point glané rapproche du Graal. Et pour se vider la tête, seulement 15 jours de vacances en été… Chine, usine à fabriquer des bons élèves la tête pleine où la créativité, l’introspection, la découverte de soi de son corps est absent, la vie n’étant qu’un continuum productiviste, quant aux relations intimes, ce serait trouver un seul grain de riz dans une rizière débordante...
Ça tout son sens, cette surveillance organisée sous cameras, reconnaissance faciale et surtout ce crédit social soit possible au pays de l’empire céleste, car dès l’entrée dans le système scolaire, l’enfant est soumis à un tel formatage qu’il sera miracle plus tard d’y trouver des penseurs et des contestateurs, ce jeunes devra passer par un parcours épuisant, prouver qu’il fait vœux d’etre un citoyen sans reproche et puis, s’il lui prenant des velléités de révolte, les camps, la peine de mort sont là pour y remédier.
Franchement ! Le modèle chinois, ne serait-il pas un anti-modèle ?
Georges ZETER/février 2026
Vidéo : Chine, l’enfer du lycée décrypté