Vivre ou mourir ensemble ?
par Jacques-Robert SIMON
jeudi 9 novembre 2017
Deux mondes du pourtour méditerranéen se livrent à une guerre effroyable et sans pitié. Pourtant, loin des prédicateurs, des militaires et des financiers, il existe (peut-être) une solution. Lorsqu’on se trouve au milieu d’une tempête, le temps n’est pas à la compréhension de ce qui se passe, il faut se réfugier au plus près. C’est également ce qui arrive lorsqu’on affronte une guerre. Pourtant avec le recul du temps combien la plupart d’entre elles semblent aussi dérisoires que tragiques : pour le goût de grandeur de quelques uns, combien de gens du commun furent sacrifiés ! La troisième guerre mondiale que nous vivons n’est que le dernier épisode de quatorze siècles de confrontation stérile entre le Christianisme et l’Islam. La fin de l’empire Ottoman et la création de l’État d’Israël redonnèrent une acuité nouvelle aux conflits sous-jacents. Il y a donc mille raisons de plus de vouloir exterminer l’autre pour ajouter quelques siècles de plus aux quatorze qui précèdent.
Les énergies solaires et nucléaires sont systématiquement opposées par leurs prêtres respectifs. La maîtrise de la technologie nucléaire nécessite une concentration des savoirs et des pouvoirs, elle s’adapte parfaitement aux pays densément peuplés : la totalité de l’Europe et une grande partie de l’Asie. Il en est tout autrement de l’énergie solaire. Les déserts sont les endroits les plus appropriés pour capter le rayonnement solaire pour en faire de l’électricité ou de l’hydrogène. Le Sahara, le plus grand désert chaud du monde convient parfaitement à cet usage si les populations musulmanes qui habitent cette région décident de le faire. Beaucoup des assassins soi-disant islamistes sont issus des quartiers sensibles des banlieues qui sont décrites comme « une concentration énorme de pauvreté et de chômage, un système ultra-communautariste et un système mafieux… ». Il existe en France plusieurs centaines de zones urbaines sensibles dans lesquelles des religieux font régner l’ordre en lieu et place des autorités légitimes. La loi précise qu’il est interdit de "collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître les opinions religieuses." Le nombre de musulmans en France n’est donc pas connu avec précision, divers chiffres circulent et l’on peut proposer que de l’ordre de 5 millions de musulmans vivent en France.
La question se pose quelquefois de savoir si la religion musulmane est soluble ou non dans une République aux racines chrétiennes. C’est en tout cas le pari fait par la plupart des dirigeants. Mais il est devenu malséant de se réclamer d’une république ou d’une sacralité à l’heure de la libéralisation. Le choix réside donc bien plus entre le mode de vie d’une mondialisation libérale et un cadre communautaire et religieux. Ce dernier est un refuge pour les démunis qui comprennent qu’ils ne peuvent être que perdants dans le cadre d’une concurrence libre et non faussée dont les règles ne sont pas écrites ni par, ni pour eux.
Les arbres permettent d’absorber les rayons lumineux et délivrent une énergie stockée sous forme de bois. Le rendement énergétique global des transformations est bien inférieur à 1%. Les cellules photovoltaïques, qui fournissent elles de l’électricité, ont des rendements plus de 10 fois supérieurs. Les cellules photovoltaïques représentent donc bien une possibilité d’obtenir une énergie abondante. Toutefois, un bon ensoleillement moyen est nécessaire et il est deux fois plus important au Sahara qu’à Toul. Les accords Sykes-Picot de 1916 partagent les restes de l’Empire ottoman en États-nations sous mandats français ou britanniques. La charia, qui régissait tous les territoires du Califat durant plus de mille ans, est abolie et une percée des valeurs dites occidentales voit le jour. Dans ce contexte, en 1928, naît la confrérie des Frères musulmans. Elle n’entend pas idéologiquement entrer dans le moule occidental ni pour la démocratie, ni pour la laïcité, mais elle s’engage socialement : construction d’écoles, de dispensaires gratuits, formation de chômeurs, parrainage d’orphelins, aides diverses aux déshérités, ce qui lui assure une popularité certaine parmi les déshérités. Il est plus que probable que l’idéologie affichée sous-tend maintes intentions assassines, mais à maintes reprises (Algérie, Égypte, Tunisie…) la confrérie a montré une audience électorale importante. Un désert, des technologies solaires, des musulmans pour les créer, les améliorer et les servir… manque encore une méthode.
Il est proposé de favoriser l’essor industriel du Sahara en faisant fi des problèmes économiques, politiques et religieux. Le développement doit être strictement endogène, sans aucun apport extérieur autre que scientifique ou technique. Les cellules solaires (et les autres technologies du même type) doivent être conçues, réalisées, fabriquées et installées par les habitants des pays musulmans concernés. Ce volontarisme affiché de non ingérence est une condition sine qua non du succès de l’entreprise. L’approche purement technique permet de s’affranchir des contraintes idéologiques et sociétales. Les gagnants de la mondialisation pensent que l’on ne choisit pas d’être travailleur manuel, c’est un sort qui est subi, à cause de son origine social, de son inaptitude à reconstruire la réalité par la pensée, de son manque de sérieux…
Or un vivier de talents existe dans maintes banlieues tristes. Quiconque a fréquenté un laboratoire sait que des gens débrouillards, ingénieux, peuvent venir à bout d’un problème complexe sans maîtriser tous les aspects théoriques normalement nécessaires. Cette débrouillardise n’est nullement un handicap pour acquérir ensuite le bagage intellectuel qui permet de construire dans la rationalité les intuitions. La voie technique permet tous les devenirs, même celui de grand intellectuel. L’intelligence de la main non seulement existe mais c’est elle qui a permis par le passé les plus grandes inventions. C’est cette intelligence de la main dont le Sahara, les musulmans et les technologies solaires ont besoin. La scolarité, telle qu’elle est actuellement conçue, sert beaucoup plus à sélectionner des individus patients et sérieux aptes à s’intégrer dans le tissu social qu’à permettre aux talents de toute nature de s ‘épanouir. La main mise du faire savoir sur le savoir faire est la cause première de la déliquescence des structures sociales des pays occidentaux. L’implantation de Lycées techniques islamiques en « zones sensibles » tentera d’échapper à cette malédiction en favorisant l’apprentissage et le compagnonnage. La scolarité du Lycée technique islamique commencerait en classe de seconde, soit vers l’âge de 16 ans. L’entrée se ferait sur dossier puis après un entretien avec l’intéressé. En début d’année scolaire, chaque étudiant se verrait confier un projet dont il devrait réaliser tout ou partie en un trimestre sous la supervision d’un tuteur qui indiquerait les voies d’accès aux informations nécessaires et qui assurerait l’encadrement théorique. Le projet serait évalué pratiquement et théoriquement en fin de trimestre. Le second trimestre serait de même nature avec un projet différent. Le troisième trimestre consisterait en cours théoriques pour combler les éventuelles lacunes de chacun des étudiants. La seconde année serait calquée sur la première en faisant en sorte que les projets proposés soient complémentaires quant à l’acquisition des connaissances.
Le titre de technicien pourrait alors être accordé selon les notes obtenues aux projets et les évaluations théoriques faites au cours des deux premières années. Les étudiants pourraient postuler à l’entrée en troisième année pendant laquelle une formation entièrement magistrale est donnée pour avoir les mêmes acquis que ceux demandés pour le baccalauréat. Les deux années suivantes permettraient à la fois d’accéder au titre de Technicien supérieur et de préparer le concours à une école d’ingénieur. La quatrième année consisterait en la préparation d’une micro-thèse dans un ou plusieurs laboratoires universitaires choisis par les enseignants sur le modèle du compagnonnage. Cette année serait suivie par l’encadrement par les élèves eux-mêmes de projets de première année d’élèves plus jeunes. Le bagage théorique, en particulier mathématique, nécessaire à la présentation du concours d’ingénieur serait donné dans le même temps soit par les enseignants locaux, soit par vidéo-conférences. Il faut essayer !