Woerth : interrogé, enfin !
par Imhotep
vendredi 30 juillet 2010
Ca y est Woerh a été interrogé. Le Courroye n’était pas pressé, bien moins que pour Claire T. interrogée la bagatelle de 9 fois. Il est du reste très frappant qu’à l’heure où j’écris (20 h 13, jeudi 29 juillet) Le Figaro n’ait toujours pas publié de PV de l’audition du ministre alors que le PV tronqué d’une de celles de Claire T. était en une de ce journal de haute investigation dans la seconde qui a suivi la transmission par le pouvoir à Mougeotte, information elle-même suivie dans la seconde suivante par une intervention de Guéant qui n’a strictement aucun statut qui lui permette de s’exprimer : ni ministre, ni porte parole, ni leader politique.
Nous ne pouvons qu’être étonnés qu’il y ait eu plus de sept heures d’interrogatoire pourtant si simple, comme nous le dit son avocat nomme Le Borgne (ceci explique peut-être cela, il n’a pas tout vu lui non plus), puisqu’il a répondu non à toutes les accusations. Pour dire trois fois non comme saint Thomas, il en a mis du temps. Judas a été plus rapide, mais à l’époque il n’y avait pas d’enveloppe kraft et l’oseille servait de lit aux petits poissons qui se multipliaient avec les petits pains et que l’on faisait griller sur les pentes du mont des oliviers.
Comme il a tout nié on pourrait croire que l’on ne peut rien tirer de cette interview à la Pujadas. Mais, rusé comme je suis, j’ai trouvé deux trois petites choses affriolantes.
La plus grosse de ces petites choses c’est bien évidemment le traitement scandaleux de l’enquête. On convoque neuf fois Claire T. mais on se déplace chez la veuve dorée qui mélange tout et ne se souvient que de Woerth, ce qui est assez amusant, et on se déplace au ministère dès fois que les varices de Woerth l’empêcheraient d’aller jusqu’à la brigade financière qui est le lot de chacun ou alors quand elle se déplace c’est pour faire une perquisition en présence du suspect ou de l’interrogé. Première extravagance peu démocratique Woerth ne sait pas marcher, ni chanter du reste, ni voir, ni entendre, ni parler et qu’il ne connaît personne, et personne ne le connaît. Peut-être avons-nous un Peter Pan qui n’a même plus d’ombre ou le fantôme de l’hippodrome qui a vendu son âme, genre Faustus, Marguerite n’étant pas dans le pré où il y a le bonheur mais dans le champ de blé en Suisse ou au Lichtenstein. Non seulement il a fallu attendre pratiquement les calendes grecques pour interroger celui qui le réclamait après avoir appris qu’il le serait ce qui l’avait laissé coi tant l’impudence l’habite alors que les enregistrements datés ont été authentifiés depuis longtemps et qu’il y a eu depuis de longs jours déjà quatre garde-à-vues, mais en plus il a fallu se déplacer et aussi nous avons découvert avec une certaine stupéfaction et irritation que cela perquisitionnait à tout va sauf le ministère du budget, sauf les appartements ministériels et privés de la famille Woerth, sauf l’UMP. Or on est allé chercher des poux jusque dans les coffres du notaire, l’ami de Banier, pour prouver que Claire T. avait été achetée sans trouver contradictoire que l’on ne faisait pas autant pour les cinq autres témoins qui en disaient pareil (chauffeur, secrétaire, majordome, infirmière, femme de chambre). Juste un mot par rapport à cette affaire de notaire qui aurait eu un projet de deux appartements pour ce témoin à abattre. Sans aller très loin on se rend compte de deux contradictions entre la lettre qu’aurait écrite la veuve dorée à Banier disant que Claire T. avait réclamé trois appartements qu’évidemment elle avait refusé trouvant cela ridicule et choquant. Et bien ni une ni deux on trouve un projet qui aurait prouvé la chose. Mais voilà à vouloir trop en faire cela soulève quelques questions comme le cheval d’Attila soulève de la poussière dans les steppes d’Asie centrale. Deux os dans le pâté. 1- 3 devient 2. Mince alors. 2- - pourquoi faire un projet d’une donation pour une chose que l’on refuse et trouve ridicule ? Banier et la justice nous donneront l’explication qui doit ressembler à celle du mystère de la chambre jaune (ça c’est pour mon ami du Figaro qui est un interviewer très pointu du proc.).
Woerth sous le feu de la lampe de l’interrogatoire, le front soucieux mais serein perlant de sueur, l’air innocent comme un Tapie d’opérette, a tout nié mais son avocat nous en apprend quand-même quelques unes qui sont du registre de ce mot inventé par les anglais : l’humour. Le Monde :
Eric Woerth "a expliqué qu’à aucun moment il n’était intervenu pour que son épouse soit embauchée par M. de Maistre", a dit son avocat jeudi soir. Il y a bien eu une conversation entre Eric Woerth et Patrice de Maistre avant l’embauche en question, mais elle était selon lui sans importance. "Dans une conversation banale, il avait pu évoquer la profession de son épouse compte tenu de la formation à peu près semblable des deux".
Sur la rencontre du ministre avec Patrice de Maistre, le lendemain du jour où Claire Thibout avait été retirer une importante somme d’argent à la banque, son avocat a expliqué : "C’était le 19 janvier 2007, le début de la campagne présidentielle. Patrice de Maistre souhaitait y participer. Eric Woerth était de ceux qui animaient cette campagne. Il était dans son rôle de recevoir et d’échanger avec ceux qui voulaient l’aider dans son action politique."
Il est indispensable de rappeler trois déclarations :
- Woerth devant les élus du peuple (oui, cela fait sérieux d’écrire ça), autrement dit dans l’hémicycle (cela fait journaliste) a déclaré qu’il n’avait qu’à peine croisé Maistre
- Woerth a déclaré à la presse qu’il avait bâti une muraille de Chine entre lui et la vie professionnelle de sa femme
- Maistre a déclaré qu’il ne s’était occupé de financement politique que pour les régionales.
Ces trois déclarations sont démentis par des documents et des faits :
- un mémo envoyé par Maistre à André Bettencourt fait état d’un rendez-vous avec Woerth en octobre 2006 pour le financement de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy entrant de façon très concrète dans les détails, montant des chèques et à qui les faire ;
- les agendas de Maistre et de Claire T. ce dernier confirmant celui de Maistre pour un rdv le 19 janvier dans un café à 8 h 30 entre Maistre et Woerth
- un CV de la Florence donné par Woerth à Maistre sur lequel un mot à la main disant vu le mari, 120 000, datant du 31 août 2007 ;
- Maistre a déclaré à la police être membre du Premier Cercle, association de joyeux fêtards au porte-monnaie rebondi se vidant à flot pour la campagne de Nicolas Sarkozy et pour soutenir l’Union of Money Profit ;
- Maistre a soutenu que Woerh lui avait demandé conseil pour la carrière de son épouse ;
- Maistre déclare dans les enregistrements clandestins qu’il a engagé l’épouse sur demande du mari.
Commençons pas Maistre. Il ment disant qu’il ne s’est préoccupé de financement de partis que pour les dernières régionales comme le prouvent d’une part le mémo de 2006 et ensuite la déclaration de Woerth qui nous dit, si je ne m’abuse, par la voix de son avocat : C’était le 19 janvier 2007, le début de la campagne présidentielle. Patrice de Maistre souhaitait y participer. Eric Woerth était de ceux qui animaient cette campagne. Il était dans son rôle de recevoir et d’échanger avec ceux qui voulaient l’aider dans son action politique.
Continuons et finissons par l’Immaculé en reprenant cette dernière phrase dans laquelle son rendez-vous du 19 janvier 2007 n’était que parce que Maistre voulait aider au financement de la campagne. Trois éléments infirment cette déclaration. Le premier c’est qu’il l’avait déjà vu en octobre 2006 pour en parler et je ne vois pas pourquoi lors de ce rendez-vous d’information des moyens de financer la campagne Maistre n’aurait pas déjà parlé de son souhait d’aider le fier candidat de l’UMP. Ensuite Maistre s’est flatté d’appartenir au Premier Cercle. Ce Premier Cercle est une idée qui naît fin 2004 pour réunir les grandes fortunes qui aideront Nicolas Sarkozy. Ce sont les VIP des donateurs. L’organisation et la présidence en sont données à Eric Woerth. Maistre rentre au service de Bettencourt en 2005 avec une rémunération de 2,2 millions d’euros. Il est très vraisemblable que déjà en 2006 Woerth et Maistre se connaissaient. Il est très vraisemblable qu’ils n’avaient strictement aucun besoin d’avoir un rendez-vous entre eux le 19 janvier pour en parler. Enfin n’oublions pas que Woerth disait ne pas connaître Maistre et il est invraisemblable de discuter de financement par le gestionnaire d’une des plus grandes fortunes de France et de ne pas le connaître. Pour moi, si on y regarde de plus près, cette phrase est tout simplement un aveu. Le 19 janvier 2007 Maistre et Woerth ont parlé de financement de la campagne de Nicolas Sarkozy. Le 18 Claire T. affirme avoir remis une enveloppe à la veuve dorée pour Maistre (son agenda le dit comme il indique à 8 h 30 un rendez-vous entre Maistre et le trésorier). Le terme trésorier et cette déclaration de Woerth sonnent comme le froissement d’une enveloppe kraft passant d’une poche à une autre autour d’un capuccino. A mon sens c’est la raison pour laquelle Le Figaro n’a pas publié les PV. Il est peu probable, bien que non impossible, que l’on soit interrogée sept heures durant (avec pause pipi nous a dit l’avocat) juste pour dire que l’on a rien à se reprocher, dire comme la poupée qui fait non, non , non et pour convaincre de sa bonne foi.
L’immaculé avait aussi bâti une muraille de Chine entre lui et la vie professionnelle de son épouse (on se demande de quoi ils parlaient sur l’oreiller, de crottins de cheval peut-être ?) or voilà l’un des plus grands menteurs de l’ouest de l’Oural qui nous dit à propos de sa possible intervention auprès de Maistre pour sa tendre moitié qui dirige seule sa carrière : "Dans une conversation banale, il avait pu évoquer la profession de son épouse compte tenu de la formation à peu près semblable des deux". C’est le second aveu. Cela contredit les deux affirmations qu’il ne connaissait même pas Maistre et qu’il avait bâti cette fameuse muraille que les Chinois disent qu’elle se voit depuis la lune, ce que n’ont confirmé ni les astronautes, ni les cosmonautes, ni les spationautes. Ce n’est donc pas une muraille, du reste elle est en Chine et non à Chantilly, mais la ligne Maginot. Il a donc bien connaissance de la carrière de son épouse et il en parle. Maistre le dément deux fois, en direct auprès de la veuve dorée, et en direct auprès de la famille poulaga d’une autre manière, Woerth ne lui demandant plus d’engager la Florence mais de la conseiller. C’est aussi démenti par le CV qu’a donné Woerth à Maistre lors d’un rendez-vous, CV annoté par Maistre de ces mots significatifs et sans ambiguïté de fin août 2007 : vu le mari, 120 000. Elle fut engagée en novembre 2007.
Il semblerait que le bateau coule. En fait les explications tonitruantes et les déclarations sur l’honneur de l’intégrité parfaite du compère ne suffisent plus. Les documents sont réels et probants, il faut donc y répondre et la stratégie change radicalement. Ce qui n’existait pas : la connaissance de Maistre, les rendez-vous et l’intervention directe ou indirecte (demander conseil se traduit en langage de la CIA par : mon pote tu sais ce qu’i te reste à faire) au profit de sa petite Florence à la compétence exacte, devient ce qui est acceptable à avouer : un rendez-vous normal dans une campagne électorale entre le financier de celle-ci et un potentiel donateur, et une banale conversation de réunion d’anciens élèves qui parlent au débotté et par hasard des activités rémunérées de leur régulière.
Ceci est-ce le résultat des réflexions à la suite du délai accordé à Woerth par Courroye ? De toutes façons ces nouvelles déclarations pourraient être crédibles si elle avaient été faites spontanément et au tout début de cette sombre histoire, or c’est une toute autre sérénade que nous a servi le gondolier de Chantilly, un O sole mio, bien différent où il niait tout jusqu’à connaître Maistre et ce que faisait son épouse. Cette variation, que Goldberg aurait appréciée, ne devrait pas être du goût des Mozart(s) de la finance de la brigade (un peu too much cette phrase non ?). Selon moi ce revirement imposé par les faits signent la fin de Woerth sauf qu’il va manquer des preuves, que Courroye veille et qu’il y aura prescription sans doute. Il y a une phrase intéressante de Paillé ce jour, - ce porte parole qui se permet de donner des leçons alors qu’il a été condamné pour détournement de fonds et qui a été incapable de gagner une élection y compris en tant que sénateur de l’étranger, même battu à où le poste était donné - indiquant qu’en octobre il y avait un remaniement ministériel et que c’était, en gros, le lot commun de risquer d’être remplacé.
Woerth est devenu un des cadors de la Sarkozye avec cette qualité qu’il faut pour en mériter les médailles : mentir avec arrogance et impudence. Gloire à l’Universel Menteur Profilique !
Pour la nomination d’un juge indépendant c’est ici.
Si vous êtes intéressés par les textes ci-dessous, vous pouvez les retrouver en cliquant sur les liens et ce totalement gratuitement car il est hors de question que je touche un Kopek sur le dos de la Sarkozye qui, étant le règne du bling bling et de l’argent roi et corrupteur, sera combattue par son contraire : la gratuité. Pour simple information, si vous êtes sur iPhone ou iPad, sans flash, en haut de la page dans le bandeau vous pouvez télécharger les textes en pdf, et pour tous les diffuser le plus possible autour de vous. Enfin, avant de les mettre sur ce site mi juillet, sachez que le premier texte avait déjà été téléchargé plus de 25 000 fois) :
N’oublions jamais :
- l’affaire Karachi
- l’affaire GDF
- l’affaire Tapie
- l’affaire Clearstream
- l’affaire Bettencourt
- l’affaire Wildenstein
- l’affaire Peugeot
- l’affaire de la Jatte
- l’affaire de la rémunération illégale de septembre au 31 décembre 2007
Sarkozya delenda est !
Vignette Wikipédia Pinocchio par Enrico Mazzanti (1883)