Y a-t-il une intention dans la pensée de l’Homme ?

par Hamed
mardi 25 mars 2014

  1. Les questions sur le signe de l’homme et du temps

 J’ai répondu à trois réactions dans mon précédent article (1). Deux autres réactions qui sont plus positives contrairement aux trois autressont intéressantes à plus d’un titre, elles ouvrent un champ insoupçonnable et qui ne peut qu’intéresser l’homme. L’homme qu’il est dans son entièreté.

 La première est très éloquente. : « Je pense que ce qu’il veut dire c’est que nous assistons à la réalisation concrète d’un programme politico-spirituel décrit depuis l’antiquité dans l’eschatologie chrétienne et musulmane (qui sont parentes) : l’avènement d’un souverain mondial imposant le règne de l’anomie (des lois inversant celles de Dieu). De façon neutre et objective c’est exactement ce qui se passe, qu’on croit en Dieu ou pas. Par exemple la sanctification par le mariage des relations homosexuelles est l’inverse du commandement du deutéronome qui en fait une abomination aux yeux de Dieu. Vous conviendrez que le programme politique poussant à l’avènement de ce monarque universel dépasse de loin la durée de l’existence humaine. Déjà en 1789 on parlait de république universelle, les marxistes rêvent que l’Internationale devienne le genre humain, HG Wells prédit un Nouvel Ordre Mondial... Pour les croyants la constance dans le temps de ce projet exige que pendant des centaines de générations des gens y consacrent leur existence sans en bénéficier eux mêmes. C’est donc le signe d’une force métaphysique persistante qu’ils appellent le malin. »

 Cette réaction n’est pas loin du sens de mon intervention, sauf que son auteur qui lui fait revêtir un habit religieux ne prend pas en compte le signe du temps, le signe de l’homme dans cette métaphysique-monde. Il ne prend pas en compte le pensé de l’homme et son essence d’être, i.e. comment et pourquoi il existe.

 La deuxième réaction est aussi à souligner : « Je vous invite à la recherche intérieure.

La partie « 2- L’homme qui pense » est le nœud gordien de votre écrit mais en fait ce nœud n’est point inextricable et nul besoin d’un coup de glaive pour le dénouer mais simplement comprendre ce qu’est la pensée. Son rôle, son utilité est essentiellement pratique, résoudre les problèmes du quotidien, qu’ils soient simples comme aller acheter le pain chez le boulanger du quartier ou plus complexes comme comprendre la course des planètes dans le ciel […] à une question du genre qui a créé le monde, la pensée ne peut pas répondre, les réponses formulées sont dans notre mémoire, le contenu de notre mémoire est notre savoir et la pensée qui fonctionne maintenant en mode automatique, puise une réponse dans le contenu. Jamais la réponse ne sera neuve, pertinente, toujours elle sera vieille, obsolète, usée par le temps et l’habitude, la pensée c’est le temps, aujourd’hui avec nos souvenirs nous imaginons le futur. Qui a créé le monde ? Réponse(s) : Dieu ou bien il existe de toute éternité ou bien c’est le Big-Bang ou bien ... une autre pensée puisée dans une autre mémoire, c’est une affaire d’arrangement personnel, une croyance, bref une pensée. Le piège est de croire qu’il y a un penseur qui pense, mais il n’est pas difficile de voir que la pensée précède le sentiment de penser que je pense et que la pensée fabrique un artefact qui est le penseur qui ainsi s’imagine qu’il pense, ce processus fabrique notre personnalité, notre ego qui n’a d’autre réalité que celle que nous lui accordons.

Ce processus est inhérent à tous les êtres humains, il fait de nous des frères, il est le facteur commun que nous soyons riches ou pauvres, quidams ou illustres, croyants ou athée (c’est la même chose), il est responsable de l’état du monde et le monde c’est nous. »

 Ces deux réactions montrent que les deux auteurs ont pris la mesure ontologique du sens de l’être dans son existence. Cependant, insuffisantes sur le plan épistémologique, ces réactions se cantonnent surtout sur l’aspect théologique, donc sur le dogmatique. Or, cet aspect de la question de l’humain n’a pas été mon thème. Aussi, je vais tenter de préciser ce que j’entendais par la « pensée de la Pensée ».

 

  1. L’homme et le « plan intentionnel », le plan « supraterrestre » ?

 Dans la compréhension de la nature humaine, tout doit être tenté pour comprendre ce que nous sommes, ce qu’est l’humain d’autant plus qu’il en va de nous, de notre « essence », de notre destinée, de notre devenir. Se savoir même si l’on se trompe n’est pas négatif, puisque l’on aura essayé. Ce qui est négatif c’est de ne pas avoir essayé.

D’autre part, peut-on arrêter la pensée qui pense ? Tout processus humain, je veux dire de ce que l’homme produit, est fait de vérités et d’erreurs, de bonnes choses et de mauvaises choses. Par conséquent, on ne peut qu’être légitimélorsque l’on interroge notre être, lorsqu’on s’interroge ce que nous sommes réellement. Et ma question dans le « qui sommes-nous ? » n’a rien à voir avec la religion. On peut à la rigueur dire que pour le croyant, la raison de l’univers est une chose entendue, elle dérive d’un « Dieu du monde » qui ne pourrait être connaissable par l’homme. Pour l’incroyant ou l’athée qui n’est qu’une posture, on la relativise pour la simple raison que l’on ne peut être incroyant (ou athée) que par la détermination de celui qui s’assigne à ne pas croire, alors qu’en réalité il croit déjà puisque sa pensée l’intime déjà à croire. Même s’il ne croit pas à ce que l’on croit généralement, il ne peut expliquer qu’il pense par cette pensée dont il n’a aucune prise. Toute incroyance reste une subjectivité, une posture, un refus du dogme. Une croyance à une inexistence d’une instance divinene changera rien à l’humain qui, tout bien considéré, n’est que par une pensée, qui ne lui appartient pas en propre, qui lui est donnée, en tant qu’existant. Et ce qui est important dans ce qu’il croit ou qu’il ne croit pas, c’est qu’il relève de son « libre-arbitre », une faculté qui est inscrite dans l’essence même de son penser.

 Pour pratiquement tous les hommes, croyants ou incroyants, entrer dans la métaphysique de l’existence n’est pas du tout intéressant, la comprend même stérile. L’homme qui est mû par une « pensée intelligente et pratique » sait que se poser des questions sur le sens de son être ne lui apporterait que peu de réponse sinon incompréhension, d’autant plus qu’il est confronté à toutes les vicissitudes de l’existence. Par conséquent, il use de sa pensée, de sa raison, de son intelligence et toutes ces facultés sont véhiculées par sa pensée, pour «  intelliger » le monde, son monde à lui, ce monde ou « être extérieur » qu’il voit et entrevoit. Au final, ce monde extérieur dans lequel l’homme conduit sa vie, communique, travaille, « comprend la course des planètes », étudie ce qui retient son intérêt, amasse en permanence des connaissances, à l’école, dans la rue, en famille, aime ou haït autrui (projette ou retire son affection dans l’autre qui devient une partie de soi), contracte des amitiés, etc., constitue son existence, constitue les péripéties de toute sa vie. Quand il meurt, sa pensée par lequel il a été quitte être son corps et rejoint son Créateur, du moins pour ceux qui croient.

 Précisément dans cette affirmation de l’être, de soi, dans l’intellection de soi et du monde, l’homme, malgré tout ce qu’il ne sait pas, sent qu’il n’est pas là, qu’il n’existe pas par hasard, sa présence sur terre relève certainement d’une intention. Mais il ne peut pas répondre, parce qu’il ne sait pas. Mais ce qu’il sait cependant, que tout l’univers est par l’homme, que l’homme par sa pensée, par sa raison pensée, par son intelligence pensée, sait qu’il témoigne par sa présence de cet univers grandiose et majestueux, peu sondable sinon qu’il EST dans cet univers. L’univers comme l’homme est « présence dans l’existant ». Sans l’homme et sa pensée qui intellige le monde, il n’y aurait ni univers, et donc ni lever ni coucher de soleil par lequel l’être est « réveillé dans le monde ».

  Sans l’homme, existerait-il cet univers majestueux ? Probablement oui, probablement non. Et dans les deux sens, l’univers sans l’homme et l’homme sans l’univers serait sans sens. Qu’il existerait indéfiniment ou n’existerait pas, il n’y aura alors point d’« intention ». Nulle part de visibilité ni de lisibilité de l’être et du monde. Et le témoignage de l’être et de l’univers grandiose s’accomplit par cet « éther infini » qu’est la « pensée ».Sans la pensée, sans l’« Essence » de la pensée, il n’y aurait ni homme ni univers ni néant. Et c’est ce qui nous fait dire qu’il y a une « intention » dans l’ « ek-sistence » (mot emprunté à Heidegger). Et ce n’est pas un hasard que l’homme existe. Un plan intentionnel, « supraterrestre » qui dépasse nos frontières terrestres, qui dépasse l’inimaginable de la terre, et que nous l’appelions Plan divin, ouplan du démiurge ou du Planificateur du monde, ou l’Instance intentionnel, ne changera rien au processus de la « Création ». Tout au plus, l’homme par la pensée en lui se trouve projeté sur et dans cette « intention connaissante et inconnaissable ».

 

  1. L’ « intention » contenue dans la pensée de l’homme ?

 Pour étayer l’intention supraterrestre qui existe dans la création de l’homme, prenons par exemple des hommes qui ont marqué l’histoire de l’humanité. Einstein a bien trouvé la « théorie de la relativité ». Est-ce que sa théorie s’applique comme ce qu’il a émis sur la dilation de l’univers. Une approche vraie ou fausse ? Pourtant c’est par voie mathématique, qu’il a mis en équation l’univers et l’homme. Mais ce sont aussi les voies mathématiques de la pensée. Le temps qui se dilate, l’homme, propulsé à une vitesse proche de la lumière et qui verrait, selon sa théorie, son corps grandir, sa masse augmenter, en revenant sur terre, verrait que, lui qui n’est resté que quelquesannées dans les espaces intersidéraux, sur Terre, ce sont des siècles, des générations et des générations d’hommes qui sont passées.

 Les trois dimensions universelles L (longueur), M (masse), T (temps) qui sont constantes sur terre, ne le sont plus à une vitesse proche de C (lumière). La théorie de la relativité a inspiré d’ailleurs des films de science-fiction. Einstein, avait-il tort de penser sa pensée ? Et même de poser dans ses équations une « constante cosmologique » qui joue dans l’explication du fondement de l’univers. Tout ce qu’on peut dire, il a cherché à comprendre l’univers, la nature de l’univers. Vraie ou fausse, la pensée le lui a permise, et cela relève de sa raison, de son intelligence et de son libre-arbitre inscrit dans sa pensée. De même, Planck, dans la constante que l’on appelle « constante de Planck » qui est mesurable et a une valeur précise, participe dans les sciences physiques de la nature. A défaut de calculer des phénomènes non calculables, on utilise les outils statistiques, et là encore ce qu’elle offre la pensée, comme substitut pour la connaissance.

 L’évolution des sciences, dans tous les domaines, a été progressive, et a suivi en permanence l’évolution démographique du monde humain. La science constitue aussi une réponse à l’humain. Les siècles passés où l’humanité était moins nombreuse, les hommes souffraient de multiples maux (la famine, maladies, guerres, etc.). Au fur et à mesure que la croissance démographique progressait, les découvertes scientifiques et les applications techniques qui en découlaient ont été l’impulsion de cette explosion démographique en assurant l’homme de moyens pour se protéger. Bien plus, par les moyens techniques que la science assurait dans les guerres, elle a montré les limites des conflits entre les peuples. Donc, la science a participé àla compréhension entre les peuples. Et c’est encore, par la pensée, que les idées de progrès, de l’humanisme, des luttes sociales, les sciences de la nature ont fait un gigantesque bond. Et c’est cela qu’il faudrait comprendre.

 Aujourd’hui, plus de 7 milliards d’habitants vivent sur cette Terre qui devient de plus en plus étroite, les famines n’existent pratiquement plus, rarement dans certaines contrées où le climat, la désolation et l’extrême pauvreté que vivent des êtres humains nous rappellent aussi notre pauvreté spirituelle et morale. Des brèches que les structures onusiennes tentent de colmater, en acheminant vivres, habits et moyens médicaux pour que les grandes puissances aient bonne conscience.

 L’urbanisme des villes a complètement changé. Depuis un siècle, le monde est entré dans l’ère des gratte-ciels. Les moyens de transport et de communication qui ont été révolutionné le doivent toujours et toujours à la pensée. A l’« intention » qui est contenue dans la pensée, l’homme se trouve dépassée par sa propre conscience, par sa propre pensée. Le monde court trop vite, sa pensée n’arrive plus à suivre son rythme. Et c’est la raison pour laquelle l’homme a recours souvent aux tranquillisants pour calmer son corps « fatigué » par sa pensée.

  Aussi, peut-on s’interroger : « Qui est cet homme devenu découvreur de tout sans savoir où il va ? Au point que le progrès n’est plus progrès, la science n’est plus la science, la philosophie n’est plus la philosophie. » Une question qui se pose à l’homme aujourd’hui et ne trouve pas réponse. Tout court tellement vite que nous ne savons plus où nous allons. Mais si nous ne savons pas où nous allons, la pensée sait où nous allons.

 

Notes

 

1. Pourquoi le Retour du Religieux est une Réponse aux « Nécessités » du Temps ? Les pseudos-religions contre l’Islam, par Medjdoub Hamed. http://www.agoravox.fr

2. Pourquoi l’homme est lié par l’humain ? L’essentiel est d’être positif dans l’acceptation ou dans le refus de l’autre,par Medjdoub Hamed. http://www.agoravox.fr


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