Ecoute, je suis souvent dans les bois et j’y croise surtout des sangliers. Bon, il y a le bois de Vincennes, le bois de Boulogne, il y a des babas-freaks qui vont passer l’été dans des hameaux abandonnés à la montagne... mais ce qui peut être un choix les premiers temps devient un délire au bout de quelque temps, tu ne crois pas ? En tout cas, moi ça me gène que des gens vivent dans des trucs pareils alors qu’en face de chez moi il y a un immeuble inhabité qui appartient à l’Etat français, et qu’il y a partout ailleurs d’autres immeubles inhabités qui appartiennent à l’Etat français et aux collectivités locales, et que pendant ce temps des guignols en costard et en tailleur organisent des réunions avec sauteries de luxe pour parler du logement. Non Foufouille, on n’est plus du temps des aborigènes, on est du temps des lâches.
D’accord avec toi à 100%. Le RMI avant 25 ans serait un fichu mauvais pli à ne surtout pas prendre, sous peine de le voir devenir une ride.
Cela dit, dans l’absolu le RMI est une férule. Il maintient dans la marge, sachant qu’il est soumis à condition de ressources, ce qui interdit de fait au RMIste de vivre avec quelqu’un... qui n’est pas au RMI. C’est un sauf-conduit vers la clandestinité sachant qu’on ne peut pas s’en tirer avec cette seule somme, et que tôt ou tard il faut se ménager des à-côtés. Là comme ailleurs ce sont les plus débrouillards qui s’en sortent, ceux surtout qui ont une certaine capacité à se faire des relations.
Perso je suis plus favorable à une allocation de vie servie sans condition de ressources aux personnes véritablement inemployables (les critères sont aisés à définir). La police de l’insertion telle que l’envisage le RSA, ça ne sert qu’à enfoncer les plus mal barrés dans leurs multiples problématiques, c’est en outre une énorme perte d’argent, de temps et d’énergie, c’est de l’idéologie à perte, de la moraline de solderie. Les ANPE sont déjà en sous-effectifs, les AFPA se soient sucrer leurs crédits et réduire leurs troupes, les boîtes d’intérim n’ont rien à foutre des publics sans qualif, dépourvus de moyens de mobilité et qui souvent n’ont même pas le téléphone... bref le RSA va voir affluer sur le marché de l’emploi des centaines de milliers de gens dont on ne saura que faire, mais dont il faudra bien faire quelque chose de gré ou de force parce qu’en haut lieu on exigera des statistiques positives. Quand on sait ce que ça donne la mention RMI sur un CV... quand il y a un CV. Parce que tout se passe, avec le RSA, comme si on ne s’était jamais posé la question de savoir pourquoi on se retrouve au RMI. Et justement, il n’y a pas de hasard. On n’est pas au RMI parce qu’on le veut bien, on n’est pas au RMI pour se rouler les pouces, le RMI c’est tout sauf une sinécure. C’est un flet de sécurité qui s’est refermé comme un piège, certes, mais c’est aussi la seule solution dont on dispose pour maintenir à flot des gens qui autrement iraient rejoindre la cohorte des sans-abri.
Non non, ce n’est pas encore un dictateur. Pour l’instant c’est seulement un voyou à l’image de ses prédécesseurs, sauf que lui ne s’en cache pas. Accessoirement c’est un salaud à l’image des caïds des quartiers qu’il a qualifié de racailles. Il va envoyer ses flics, ses fonctionnaires, ses toubibs marrons vérifier que ton gosse de trois ans fera partie de ceux qu’il enverra se faire sodomiser sous les verrous à douze. Mais il ne se pointera pas lui-même, tout seul comme un grand, t’affronter toi, le papa du gosse. Pas parce qu’il est de petite taille, non.
Il n’a pas l’air franchement malheureux de son sort, l’abbé Hirsch, t’inquiète pas pour lui. Il aurait même un petit peu l’air d’un énarque sûr de récolter sa légion d’Honneur à la prochaine commémo.
S’il était autre chose qu’un pauvre type, tu ignorerais jusqu’à son existence, et nous aussi.