Moi aussi, je vais donc vous le concéder, Jo, mais doublé d’un cynisme et d’une mauvaise foi inexpugnables, voilà..
(vous savez, le « Fukushima, zéro mort, zéro, la tête à toto »..)
Alors, vous écrivez ceci : « Logiquement, si on croit que le renouvelable peut remplacer les filières classiques, ils devraient plutôt en fermer non ? »
Ce n’est pas tout à fait ça.. A vrai dire (soyons précis c’est important), ce qu’ils ont conclu comme d’autres -, et vous le savez bien -, c’est que le renouvelable pourra remplacer la filière nucléaire.
C’est cette conviction qui les a conduit - comme d’autres - à la décision de quitter le nucléaire à court terme. Sachant pertinemment les efforts (technologiques), le coût, et le temps qui leur seront encore nécessaires pour mener à bien le démantèlement de leurs installations.. !
Dans cette période de transition, qui prendra quand même de (nombreuses) années, ils vont donc miser sur des centrales flamme améliorées, dotées de la meilleure maîtrise possible des rejets de CO2 (Europe oblige). Tout en même temps bien entendu, ils développeront les autres filières, renouvelables, en vue de réaliser rapidement le mix énergétique recherché.
C’est cette voie qui, dés à présent, leur a paru la plus sûre (Tchernobyl, Fukushima, etc., obligent).
Matsuko, japonaise, réfugiée en France : « Je voudrais que mon pays sorte du cauchemar nucléaire »
" Je m’appelle Matsuko, je suis rédactrice free-lance. J’habite dans la banlieue de Tokyo à Chiba, à 200 km de la centrale de Fukushima. Je suis venue en Europe pour passer des examens médicaux car je suis inquiète, et aussi pour faire une pause, loin de mon pays.
Est-ce que tu peux nous décrire le début de la catastrophe ?
A Tokyo tout le monde est descendu dans la rue, suite au tremblement de terre. Ma mère m’a avertie de rester à la maison car elle avait entendu parler d’une explosion dans une centrale nucléaire, mais peu de gens étaient informés. Les médias ne parlaient que du tremblement de terre et du tsunami. Plus tard, le discours officiel était « Ne vous inquiétez pas, tout est sous-contrôle ».
Début avril, le gouvernement a passé une loi et a créé une équipe en charge de « faire taire » les rumeurs sur internet. Les opérateurs de téléphonie et d’internet devaient prendre des mesures pour effacer les contenus portant atteinte « à l’ordre public et à la sécurité » [1].
Moins d’informations circulaient ; mais ce qui m’a vraiment surprise, c’est que beaucoup de Japonais ne veulent pas savoir : ils préfèrent se voiler la face car la vérité est trop effrayante.
Je fais partie de l’association « Radiations Defense Project », nous sommes 5.000 sur Facebook. Nous avons acheté des compteurs Geiger et demandé à un institut professionnel d’effectuer des mesures de radioactivité du sol dans plus de 130 endroits à Tokyo et en banlieue. Nous avons découvert des doses extrêmement préoccupantes, avec certaines mesures aussi importantes qu’à Tchernobyl.
Nous avons organisé une conférence de presse début août pour communiquer ces résultats ; ces informations ont été largement reprises par les médias japonais. Cela a incité le gouvernement a enfin entreprendre des mesures de décontamination, mais ces mesures ne concernent que la province de Fukushima. Nos résultats ont prouvé que la contamination touche aussi Tokyo et sa banlieue où résident 38 millions d’habitants, soit la métropole la plus peuplée au monde.
Comment vit-on au jour le jour dans ce quotidien nucléaire ?
Personnellement j’ai très peur et je porte constamment un masque. Je vis dans le centre mais j’achète des légumes venant de l’ouest du Japon. J’ai arrêté de manger de la viande, des œufs, de boire du lait. Je me posais des questions sur mon état de santé, alors j’ai décidé de partir, de passer quelque temps loin de la radioactivité. Grâce à des amis, j’ai effectué une anthropogammamétrie (Whole Body Counting, WBC) à Berlin. Les résultats ont montré une contamination au Cesium 137 trois fois supérieure à la norme [2]. Cela m’a vraiment effrayée car j’avais pris le maximum de mesures pour me protéger.
Je suis ensuite venue en France et j’étais à Avignon [à 30 km, NDRL] quand a eu lieu l’accident nucléaire de Marcoule. J’ai eu le sentiment d’être poursuivie par cet enfer nucléaire. Je ne comprends pas qu’on nous ait imposé cette industrie si dangereuse.
Demain je repars au Japon la peur au ventre. Je vais déménager à l’ouest, qui est moins contaminé. Malheureusement, mon fiancé travaille à Tokyo et ne pourra pas me suivre. Nous devions nous marier en mars, ensuite avoir un bébé. Tout est remis en cause. Cette catastrophe nucléaire a causé la séparation de nombreux couples de Japonais, car les femmes veulent partir pour protéger leurs enfants et souvent, leurs maris ne comprennent pas, ou ne peuvent pas les suivre.
Mon projet est de créer un réseau afin d’aider les familles de Fukushima à déménager vers l’ouest pour protéger leurs enfants.
Je veux que mon pays sorte du nucléaire le plus rapidement possible. Le 19 septembre, 60.000 personnes se sont réunies à Tokyo pour demander la fin du nucléaire [3]. Nous ne pouvons plus continuer à vivre dans la peur !"
Maintenant, Jo, et pour en terminer avec votre question-bateau sur ces ’centrales flamme’ gaz, charbon des Allemands, qui doivent accompagner leur sortie du nucléaire, je ne vois pas trop ce qui vous ennuie au fond..
Ne raillez-vous pas également, sous d’autres articles, la théorie de l’origine anthropique du réchauffement climatique ? C’est-à-dire dû aux rejets de CO2 dans l’atmosphère ??
Après la catastrophe de Fukushima, Our Planet-TV a lancé une enquête pour savoir si les retombées radioactives avaient eu des effets sur la santé de la population. Suite à cet appel, ils ont été amenés à étudier plus de 500 cas. Cette enquête met ainsi en évidence que la radioactivité, même à faible dose, a des effets réels sur la santé, ce qui était déjà connu par ailleurs avec la reconnaissance de l’augmentation du risque de cancer.
Dans une vidéo sous-titrée en français, on voit entre autres le Dr Masamichi Nishio, chef du centre anti-cancéreux d’Hokkaïdo, commenter le livre de Yablokov et Nesterenko et témoigner que la CIPR (Commission Internationale contre les rayonnements) a renoncé à étudier les effets des radiations internes car cela aurait gêné le développement de l’industrie nucléaire.
Dans les écoles le problème est identique. Dans le même esprit de se persuader que tout va bien dans le meilleur des mondes, on continue de fonctionner comme si de rien n’était. Par exemple, on demande aux enfants de nettoyer une piscine contaminée sans protection, ou on leur demande d’aller ramasser les feuilles d’automne sans précaution particulière alors que l’on sait parfaitement qu’elles sont contaminées au césium. Pire encore, on force les enfants à boire du lait contaminé. Et gare à celui qui ne veut pas. Le 29 septembre 2011, Akira Matsu du New Komeito (parti politique japonais NKP) est intervenue sur ce sujet devant les responsables gouvernementaux japonais et notamment Yoshihiko Noda, 1er Ministre, Osam Fujumina, chef de Cabinet du secrétariat et Yukio Edo, Ministre de l’industrie et de l’économie. Elle a dénoncé le cynisme et la barbarie du gouvernement envers les populations contaminées de la région de Fukushima.
Un autre grave problème qui se pose d’ores et déjà dans la région de Fukushima est la fuite du personnel médical depuis la catastrophe. C’est ainsi, les personnes les mieux informées des dangers sanitaires et qui ont les moyens de déménager s’en vont. Les autres restent, alors que de toute évidence il faudrait au moins évacuer les enfants, plus fragiles aux effets de la radioactivité. Le problème est immense mais il semble que l’on veuille à tout prix l’ignorer. 8 mois après la catastrophe, on ne pourra plus dire qu’on ne savait pas, ou qu’on n’a pas eu le temps de trouver des solutions pour évacuer la population.
La contamination est massive, le gouvernement le sait depuis les premiers jours de la catastrophe. Les premiers touchés ont été les sauveteurs qui ont opéré dans les régions dévastées par le tsunami, comme le relate ce témoignage : l’un d’entre eux qui était intervenu dans les zones sinistrées d’Iwate et Fukushima est décédé le 26 octobre 2011 d’une défaillance de la fonction rénale, trois mois après avoir appris que lui et les membres de son équipe avaient subi une contamination interne par les radionucléides. La personne qui témoigne assistait à une conférence de de Taro Yamada lors du ’’Forum National des cantines scolaires’’ qui s’est tenu le 6 novembre 2011 dans la ville de Sapporo. Mais pour une personne qui parle, combien se taisent ? Quel est l’état de santé des autres membres de son équipe ?
Les personnes les plus touchées sont évidemment les « liquidateurs », ces ouvriers de la centrale de Fukushima Daiichi qui reçoivent des doses « héroïques ». Malgré l’assurance de Tepco qui affirme qu’il n’y a pas de décès liés aux travaux de décontamination et de maintenance de ce qui reste de la centrale, on constate un fort taux de mortalité pour les ouvriers de la centrale, ce qui est en contradiction avec l’espérance de vie des Japonais qui est la plus élevée au monde.
En l’espace de 5 mois, 4 employés sont morts de façon anormale et rapide : le 12 mai 2011, un sexagénaire employé par la sous-traitance s’est senti mal et est décédé 2 jours plus tard. Le 16 août 2011, un employé de la centrale nucléaire est mort d’une leucémie foudroyante. Il avait travaillé pour Tepco durant une semaine, affecté à la surveillance de points chauds. Le 6 octobre 2011, un autre travailleur employé à la centrale est décédé subitement. Enfin, dernier en date, le 11 octobre 2011, un employé d’une cinquantaine d’années est mort brusquement alors qu’il se rendait à son lieu de travail, la centrale de Fukushima Daiichi.
A ces décès, il faut ajouter tous ceux dont on ne parle pas : de nombreuses personnes, employées par la sous-traitance, ont disparu ainsi des décomptes de Tepco. L’agence de sûreté nucléaire, on se souvient, avait épinglé l’entreprise en juin car celle-ci avait « égaré » des listes d’employés vacataires qui étaient intervenus sur le site, empêchant tout suivi médical de 69 personnes contaminées.
Il n’en a pas fallu plus pour que des rumeurs circulent sur internet sur le décès effectif de ces ouvriers intérimaires, information impossible à vérifier à ce jour bien qu’un journaliste du Shukan Asahi, M. Imanishi, ait entendu que des ambulances arrivaient 10 fois par jour à la centrale. A qui étaient destinées ces ambulances, et pourquoi ni les employés de Tepco, ni les ouvriers hospitalisés, ni les médecins n’ont-ils pas le droit de parler ? Il est évident que si un jour un journaliste arrivait à prouver ce genre d’information, l’image du nucléaire serait ternie à jamais et anéantirait tous les efforts du lobby nucléaire pour cacher la vérité. Il est incroyable que la catastrophe de Tchernobyl n’ait d’ailleurs pas eu plus d’impact sur l’énergie nucléaire dans le monde. La raison en est que l’OMS, qui était la plus à même de prendre des mesures de protection des populations, s’est tue. Condamnée au silence par un vieil accord avec l’AIEA, elle est devenue une institution criminelle, laissant tomber malade les gens vivant dans les territoires contaminés, et niant les effets des faibles doses sur la santé humaine.
Il faut en effet savoir que Tchernobyl a généré un million de victimes, comme le rappelle Janette Sherman, biologiste américaine et spécialiste en toxicologie. Dans la vidéo ci-dessous, elle présente le livre déjà cité « Chernobyl. Consequences of the catastrophe for people and environnement » d’A. Yablokov et de V. et A. Nesterenko, édité en 2009 par l’Académie des Sciences de New York avec plus de 5.000 références scientifiques (et bientôt édité en français).
Les auteurs de ce livre estiment à 985.000 le nombre de décès survenus à cause de Tchernobyl dans le monde entier entre 1986 et 2001, chiffre qui a encore augmenté depuis cette date. Janette Sherman dénonce également l’accord entre l’OMS et l’AIEA, signé en 1959. L’OMS est théoriquement garante de la santé des populations dans le monde et fait autorité auprès des États membres. Elle devrait, conformément à sa Constitution, être indépendante de tout intérêt commercial. Pourtant le 28 mai 1959, elle a signé avec l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) un accord par lequel aucune de ces deux agences de l’ONU ne peut prendre de position publique qui puisse nuire aux intérêts de l’autre (accord référencé WHA 12-40). Or, l’AIEA a été constituée en 1957 pour faire la promotion du nucléaire civil...
Il est certain que la situation ne va pas s’améliorer au Japon, l’expérience de Tchernobyl le démontre. Le fait de laisser vivre des millions de personnes dans un environnement contaminé apportera son lot de problèmes et de souffrances. Une grande sagesse a fait fuir de cette zone dangereuse beaucoup de femmes enceintes, protégeant leurs futurs enfants des radiations. Mais qu’en est-il de celles qui sont restées ? Que doit-on déduire du non-dit du milieu médical, relevé par Keiko Ichikawa ? Si les médecins japonais cachent les malformations et les enfants mort-nés, comment de réelles statistiques pourront-elles être établies ?
On connaît déjà les dégâts épouvantables causés par l’uranium appauvri dus aux bombardements lors de la guerre en Irak, et on imagine avec effroi l’avenir des populations japonaises soumises à de fortes contaminations. La santé est un sujet difficile à aborder, le lobby nucléaire est très puissant dans le monde entier et cherchera à minimiser toutes les mauvaises nouvelles. Mais la santé n’a pas de prix et chacun doit se battre pour la conserver. Amis lecteurs, ce sujet est très grave, soyez vigilants et dénoncez toute désinformation, partout où vous le pouvez !
Merci à Etienne Servant pour ses infos en continu sur Fukushima Informations, à Kibo-promesse pour ses articles de qualité, à Véronique Ratel, de IndependentWHO pour l’aide apportée à la collecte des sources, à Jeep pour ses traductions sur aweb2u, à Hélios pour ses traductions sur Bistro bar blog, et à Kna60 pour la mise en ligne de nombreuses vidéos sous-titrées en français ! Sans toutes ces personnes bénévoles à la recherche de la vérité, cet article n’aurait pu voir le jour.