@ Foufouille : je pense autant de mal que toi des assurances privées, mais on ne se fait pas une innocence à partir des turpitudes des autres. J’ai bien conscience de la manœuvre qui consiste à assécher la Sécu au bénéfice des assurances privées. Mais la solidarité, ça marche dans les deux sens, et, comme je l’ai raconté, en fait de solidarité, je n’ai rencontré qu’une bureaucratie glacée, obéissant mécaniquement, en fait de solidarité, je n’ai reçu que du mépris. Il ne faut pas dix ans à un bailleur « social » pour jeter quelqu’un à la rue. Quelques mois d’impayés suffisent, malgré 24 ans de loyers payés rubis sur l’ongle. Un bailleur « social » !
Quand comprendrez-vous donc, camarades, que la Sécu, notre Sécu, est en train de crever d’une maladie mortelle, j’ai nommé la bureaucratie, pas le service public ! Les petits chefs, sous-chefs, sous-sous chefs, les dossiers qui, à l’heure d’Internet, passent de commune en commune, tandis que l’assuré, présumé coupable, crève la gueule ouverte et se fait foutre dehors pour retards de paiement… Quand comprendrez-vous, camarades, que les pauvres, ces pauvres que vous prétendez défendre et servir, ne peuvent pas, ne peuvent JAMAIS ATTENDRE !!!
Mais, à voir les réactions de tous les défenseurs des prolétaires, il se confirme que, désormais, il existe une classe en dessous du prolétariat : le précariat. Lequel est, comme il se doit, copieusement méprisé par la classe qui lui est immédiatement supérieure : le prolétariat.
@ L’auteur : vous êtes patron, je suis ouvrier. Pour autant, nous allons être d’accord.
Longtemps, j’ai défendu la Sécurité sociale bec et ongles, comme un acquis social intouchable, quasi tabou.
Et, un jour, je suis tombé malade. Artérosclérose, invalidité à 80 % ; mais je restais serein : Dame Sécu, glorieuse conquête du travailleur, était là, qui veillait scrupuleusement au grain. Pensais-je.
Un calvaire paperassier absolument invraisemblable – ça ne vous consolera pas beaucoup, mais sachez que la bureaucratie ignore les classes sociales et martyrise aussi bien les petits patrons que les prolos, les chômeurs et les invalides, ça, on ne peut pas lui reprocher de faire de la discrimination – trimballé de bureau en bureau, d’une commune à l’autre, avec mes radios, mes dopplers, mes certificats médicaux, mes fiches de paie, de chômdu, de… Kilos de photocopies et déplacement à mes frais. Ça a duré UN AN, avec trois contrôles à la clé, dans trois centres différents, évidemment, à fournir et re-fournir encore et toujours les mêmes documents, par trois médecins différents, qui à chaque fois découvraient le dossier… Durant tout ce temps – UN AN ! –, Dame Sécu, glorieuse conquête du travailleur, m’a laissé sans un seul centime de rentrée ! J’ai été traîné en justice par mon bailleur « social », avec huissiers, menaces d’expulsion, j’ai dû m’endetter lourdement pour ne pas finir à la rue comme un chien – un de plus ! Depuis, sur mes 895 euros mensuels de pension d’invalidité, je dois rembourser 100 euros par mois, en plus du loyer / Edf / Gdf, etc… dans ce qui reste un des pays les plus riches du monde. Vous avez les moyens de quitter le Titanic, et je m’en réjouis sincèrement, mais je ne peux, vous le comprenez aisément, en faire autant. Je suis loin d’être d’accord avec vous sur tout, il n’y a pas si longtemps, je vous aurais voué aux gémonies pour désertion sociale. Mais, depuis, j’ai fait connaissance avec Dame Sécu, glorieuse conquête du travailleur.