« À vingt ans, en plein Empire, je tenais le neveu du grand
Napoléon pour le bandit, le « voleur de nuit » qui, selon
l’expression célèbre, avait allumé sa lanterne au soleil
d’Austerlitz. Dame, j’avais grandi au roulement des
foudres de Victor Hugo : Napoléon le Petit était pour moi un livre
d’histoire d’une vérité absolue... je le voyais
l’œil terne, furtif, les traits pâlis, à travers cette
rhétorique hennissante, écumante, géniale. Mais j’en suis
revenu depuis. Car, au fait, le Napoléon III des Châtiments,
c’est un croquemitaine sorti tout botté et tout éperonné de
l’imagination de Victor Hugo. Rien n’est moins
ressemblant que ce portrait... sorte de statue de bronze et de boue
élevée par le poète pour servir de cible à ses traits acérés,
disons le mot, à ses crachats. Non, l’Empereur : un brave
homme, hanté de rêves généreux, incapable d’une action
méchante, très sincère dans l’inébranlable conviction qui le
porte à travers les événements de sa vie qui est celle d’un
homme prédestiné, à la mission absolument déterminée, inéluctable,
l’héritier du nom de Napoléon et de ses destinées. Toute sa
force vient de là, de ce sentiment des devoirs qui lui incombent
».