Terra Nova qui parle de ne pas trahir les valeurs de la gauche... Terra Nova, Terra Nova, n’est-ce pas ce think tank si démocratique qu’il veut transformer les élections présidentielles en un vote au faciès ?
Pour en revenir au sujet, si les ouvriers ont une mauvaise image de la gauche, peut-être est-ce dû au fait qu’ils pensent que le PS des marchés financiers représente cette gauche...
Je l’interrogeais sur sa manière de voir les choses, je ne sous-entendais rien. Je ressens ma citoyenneté en partie au travers du fait que j’accepte le pouvoir législatif français comme entité votant les lois qui régissent la société dans laquelle je vis, d’où ma question. Quel est l’affront ?
La laïcité, c’est pour moi la non soumission de l’Etat à une doctrine religieuse. Comme l’Etat établit la loi sur son territoire, il me parait logique de dire que les lois de la République ne peuvent pas être supplantées par les lois divines, cela reviendrait à leur accorder un crédit supérieur et donc à reconnaitre une supériorité de la religion. J’ai du mal avec votre argument de distinction du temporel et du spirituel, car dès lors qu’une « loi divine » se trouve en position d’affrontement avec une loi républicaine, c’est à mon sens qu’elle dépasse les limites du spirituel (Si vous avez l’exemple d’une « loi spirituelle » qui peut intéragir avec une loi de la République, n’hésitez pas à me le donner).
Les lois qui garantissent la paix, c’est bien, mais voyez-vous la paix dans notre société ? Combien de « lois républicaines » faudra-t-il encore pour avoir une paix véritable ?
La paix ne peut pas passer simplement par le répression, nous sommes d’accord. La loi fixe un certain nombre de limites à ne pas franchir, mais ces limites ne pourront pas être efficacement tenues tant que ne sera pas transmis par l’éducation un discours d’acceptation de l’autre. Il ne s’agit pas de tolérer des agissements contraire à la loi au nom de ce respect comme cela est beaucoup fait récemment, mais simplement d’accepter que tout le monde ne pense pas pareil et que nous ne pouvons pas imposer aux gens nos pensées.
Si une religion découlant d’une foi demande des sacrifices humains, vous la considérez comme aussi légitime qu’une autre ?
J’estime personnellement que toutes les fois se valent. On peut les penser à mon sens librement, et la société leur impose les mêmes limites. Si une foi exige un sacrifice humain, une personne peut en débattre et exprimer le fond de sa pensée, cela ne veut pas dire que nous la laisserons effectivement sacrifier une personne, car les lois de la République ne le permettent pas et elles s’appliquent prioritairement ici.
En tant que chrétien, je préfère une vision bien plus positive et charitable de la liberté, ainsi je préfère dire « j’aime utiliser ma liberté personnelle pour susciter la vôtre », ce qui peut aussi être valable dans la réciproque.
Vous pouvez développer le concept ? Comment suscitez-vous la liberté d’une personne qui choisit de ne pas penser comme vous ?
Le fait que certains n’exposent pas leurs jeunes enfants à « la religion » tant qu’ils n’ont pas d’esprit critique est bizarre. Comment développer un esprit critique si on ne connaît rien de quelque chose ?
C’est justement là que je veux en venir, certaines personnes imposent à leurs enfants des « vérités absolues » avant même qu’ils ne sachent lire ou qu’ils puissent comprendre que certaines personnes peuvent ne pas penser comme eux. D’autres font le choix d’attendre qu’ils sachent lire et qu’ils soient confrontés à un grand nombre d’opinions, ceux qui permet de susciter le doute nécessaire à leur réflexion.
Les lois de la République sont, à mes yeux, naturellement prioritaires sur les « lois divines » car nous sommes sur le sol de la République. Mais cela ne veut pas dire que les lois de la République deviennent des dogmes religieux qui dictent aux gens leur manière de penser, simplement que sur le territoire de la République s’appliquent ses lois. Celles-ci existent pour garantir la paix entre les citoyens sur le sol français et assurer un certain nombre de droits à ces derniers. Pour autant, vous devez vous aussi admettre que la liberté des uns ne doit pas entraver la liberté des autres, et que certaines personnes préfèrent par exemple ne pas exposer leurs jeunes enfants à la religion avant qu’ils n’aient développé un certain sens critique préservant leur liberté de penser.