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Senatus populusque (Courouve)

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  • Premier article le 10/06/2005
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  • Senatus populusque (Courouve) Senatus populusque (Courouve) 16 octobre 2013 12:07
    J’esquisse ici en cinq points une définition de la philosophie :

    1. Un principe général de libre examen impliquant le doute justifié (notamment à l’égard des croyances), la prudence, l’ouverture d’esprit, le recours conjoint à des distinctions (principe de spécification) et à des généralisations (principe d’homogénéité).

    2. Un distinguo (cf l’adage scolastique distinguo - concedo ... nego ..., je distingue - j’accorde - je refuse) et la reconnaissance d’une complémentarité fondamentale entre les vérités de fait et les vérités de raison, entre la vérité-correspondance (l’adaequatio de Thomas d’Aquin) et la vérité-cohérence, entre l’empirique et le rationnel (Thomas Hobbes, Gottfried W. Leibniz) ; en conséquence, la réflexion critique doit porter aussi sur les éléments fournis par l’investigation, sur les données des sens, et requiert la réponse au Quid facti ? (qu’en est-il des faits ?)

    3. La distinction, encore, entre ces vérités et les normes, entre la connaissance, théorique, concrète ou intermédiaire, et la morale. Distinction initiée par Sénèque le Jeune entre ce qui est dans le Ciel (métaphore de l’idéal) et ce qui devrait être sur notre Terre (Questions naturelles). Distinction humienne entre is et ought to, puis plus précisément juridique, kelsenienne, entre sein et sollen, entre ce qui est et ce qui doit (ou devrait) être ; autrement dit, entre la logique et l’éthique.

    4. Ce qui se dégage des œuvres d’auteurs qui, sans s’accorder sur tout, se reconnaissent comme ayant en commun à la fois un niveau de langage, une méthode et des problématiques, ce qui leur permet, en des temps forts de la philosophie, de dialoguer : c’est Aristote répliquant brillamment à Platon, Pascal à Montaigne, Leibniz à Descartes et à Locke, Voltaire à Descartes et à Leibniz, Arthur Schopenhauer à Kant, et alii. ; le domaine de cette reconnaissance mutuelle, c’est le champ, ou l’ordre, philosophique, même s’il y a souvent contestation quant aux strictes frontières de ce domaine, et s’il est, bien évidemment, historiquement et géographiquement évolutif.

    5. La nature de la philosophie se précise enfin agréablement par ses formules et interrogations (liste non limitative) : « Rien n’existe sans raison » (Cicéron) ; « Nul ne vient au plaisir sans passion » (Tertullien) ; « Que sais-je ? » (Montaigne) ; « Se fait-il ? » (Montaigne) ; « Rien de beau ne se fait sans passion » (Montaigne) ; « Je pense, donc je suis » (Descartes) ; « Que dois-je faire ? » (Kant) ; « Pourquoi suis-je moi ? » (Stendhal) ; « Dieu est mort » (Nietzsche) ; « Qu’est-ce qui est bien ? Qu’est-ce qui est mal ? Comment devons-nous vivre ? » (question posée à Tolstoï) ; « Qu’est-ce que l’étant ? » (Martin Heidegger) ; « Qui est l’homme ? » (Heidegger) ; « Pourquoi des philosophes ? » (Jean-François Revel) ; « Qu’est-ce qu’un civilisé ? » (Pierre Kaufmann) – et par leurs explicitations.


  • Senatus populusque (Courouve) Senatus populusque (Courouve) 8 octobre 2013 00:18

    « La véritable manière de philosopher, c’eût été et ce serait d’appliquer l’entendement à l’entendement ; l’entendement et l’expérience aux sens ; les sens à la nature ; la nature à l’investigation des instruments ; les instruments à la recherche et à la perfection des arts, qu’on jetterait au peuple pour lui apprendre à respecter la philosophie. » (Diderot, Pensées sur l’interprétation de la nature, § 18)



  • Senatus populusque (Courouve) Senatus populusque (Courouve) 7 octobre 2013 11:14
    La thèse post-moderne de l’universalité « démocratique » de la philosophie découle logiquement du postulat de l’universalité de la raison ; il s’agit d’une foi, reconnaissait Jean-François Robinet : « cette foi fonde à la fois la démocratie et l’ouverture de la philosophie au plus grand nombre » (communication personnelle). C’est bien à tort que l’on attribua une telle foi à Denis Diderot ; l’auteur de Jacques le fataliste pensait au contraire que : « Celui qui osera prononcer dans une question qui excède la capacité de son talent naturel, aura l’esprit faux. Rien n’est si rare que la logique : une infinité d’hommes en manquent. » (Diderot, Réfutation de l’ouvrage d’Helvétius intitulé L’Homme, IV).


  • Senatus populusque (Courouve) Senatus populusque (Courouve) 7 octobre 2013 11:08

    Extrait de Entretien d’un philosophe avec la maréchale de *** :


    « DIDEROT. - Ainsi, vous êtes persuadée que la religion a plus d’avantages que d’inconvénients ; et c’est pour cela que vous l’appelez un bien ? 
    LA MARÉCHALE. - Oui. 
    DIDEROT. - Pour moi, je ne doute point que votre intendant ne vous vole un peu moins la veille de Pâques que le lendemain des fêtes ; et que de temps en temps la religion n’empêche nombre de petits maux et ne produise nombre de petits biens. 
    LA MARÉCHALE. - Petit à petit, cela fait somme. 
    DIDEROT. - Mais croyez-vous que les terribles ravages qu’elle a causés dans les temps passés, et qu’elle causera dans les temps à venir, soient suffisamment compensés par ces guenilleux avantages-là ? Songez qu’elle a créé et qu’elle perpétue la plus violente antipathie entre les nations. Il n’y a pas un musulman qui n’imaginât faire une action agréable à Dieu et à son Prophète, en exterminant tous les chrétiens, qui, de leur côté, ne sont guère plus tolérants. Songez qu’elle a créé et qu’elle perpétue dans une même contrée, des divisions qui se sont rarement éteintes sans effusion de sang. Notre histoire ne nous en offre que de trop récents et trop funestes exemples. Songez qu’elle a créé et qu’elle perpétue dans la société entre les citoyens, et dans les familles entre les proches, les haines les plus fortes et les plus constantes. Le Christ a dit qu’il était venu pour séparer l’époux de la femme, la mère de ses enfants, le frère de sa sœur, l’ami de l’ami ; et sa prédiction ne s’est que trop fidèlement accomplie. 
    LA MARÉCHALE. - Voilà bien les abus ; mais ce n’est pas la chose. 
    DIDEROT. - C’est la chose, si les abus en sont inséparables. 
    LA MARÉCHALE. - Et comment me montrerez-vous que les abus de la religion sont inséparables de la religion ? 
    DIDEROT. - Très aisément : dites-moi, si un misanthrope s’était proposé de faire le malheur du genre humain, qu’aurait-il pu inventer de mieux que la croyance en un être incompréhensible, sur lequel les hommes n’auraient jamais pu s’entendre, et auquel ils auraient attaché plus d’importance qu’à leur vie ? Or est-il possible de séparer de la notion d’une divinité l’incompréhensibilité la plus profonde et l’importance la plus grande ? 
    LA MARÉCHALE. - Non. 
    DIDEROT. - Concluez donc. 
    LA MARÉCHALE. - Je conclus que c’est une idée qui n’est pas sans conséquence dans la tête des fous. 
    DIDEROT. - Et ajoutez que les fous ont toujours été et seront toujours le plus grand nombre ; et que les plus dangereux ce sont ceux que la religion fait, et dont les perturbateurs de la société savent tirer bon parti dans l’occasion. 
    LA MARÉCHALE. - Mais il faut quelque chose qui effraye les hommes sur les mauvaises actions qui échappent à la sévérité des lois ; et si vous détruisez la religion, que lui substituerez-vous ? 
    DIDEROT. - Quand je n’aurais rien à mettre à la place, ce serait toujours un terrible préjugé de moins ; sans compter que, dans aucun siècle et chez aucune nation, les opinions religieuses n’ont servi de base aux mœurs nationales. Les dieux qu’adoraient ces vieux Grecs et ces vieux Romains, les plus honnêtes gens de la terre, étaient la canaille la plus dissolue : un Jupiter, à brûler tout vif ; une Vénus, à enfermer à l’Hôpital ; un Mercure, à mettre à Bicêtre. »


  • Senatus populusque (Courouve) Senatus populusque (Courouve) 7 octobre 2013 10:58

    « À l’origine, l’Encyclopédie ne devait être que la traduction de la Cyclopædia d’Ephraïm Chambers, dont la première édition date de 1728. La France ne possédait alors aucun ouvrage de ce genre, les métiers et les arts mécaniques étant tenus pour mineurs. » (wikipedia)

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