Des faits= Le
passage du régime impérial à celui des mollahs a fait passer en 1979
l’Iran d’une dictature aristocratique à une dictature théocratique.
L’occupation la même année de l’ambassade des Etats-unis d’Amérique
(USA) par les iraniens menés par les mollahs a constitué une violation
rarissime du statut diplomatique d’extra-territorialité dévolu aux
missions diplomatiques et consulaires. Depuis, les mollahs reprochent
aux USA leur soutien au régime impérial et les américains ( institutions
et opinion publique ) reprochent aux mollahs cet épisode de violation
diplomatique.
Le
1er janvier 2020, une coalition de milices irakiennes armées et
financées par la république islamique d’Iran (RII) et intégrée aux
forces militaires irakiennes a attaqué à Bagdad l’ambassade américaine
Tout acte de guerre peut être qualifié
d’agression. Or les chites sont en guerre avec tout le monde depuis
l’origine de ce courant religieux. Donc ce qui leur arrive n’est que
la conséquence naturelle de leurs choix de croyances agressives qui pour eux
justifient leurs ambitions politiques.
Isaac Franco « »" Avec un président américain notoirement
aussi réfractaire au recours à la force armée en particulier dans une année
électorale, la ligne rouge à ne pas franchir était celle de s’en prendre
directement à des vies ou à des intérêts américains de surcroît aussi
symboliques que son ambassade.
C’est cette erreur d’appréciation que Qassem
Soleimani paiera de sa vie à l’aube du 3 janvier dernier. Et avec lui périront
aux abords de l’aéroport international de Bagdad une dizaine d’autres
terroristes d’envergure dont Abu Mahdi al-Muhandis, chef du Kataib Hezbollah
déjà cité, organisation membre des Forces de Mobilisation Populaires mises en
place en Irak par Soleimani pour le compte de l’Iran, et le numéro 2 du
Hezbollah libanais qui lui doit, lui aussi, aussi son existence et sa
dangerosité…
C’est que le souvenir des 52 membres de
l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran pris en otage en 1979 pendant 444 jours a
laissé des traces profondes dans la psyché de l’Amérique, singulièrement dans
celle d’un président qui a fait de son imprévisibilité une marque de fabrique
et un atout politique. « »« »
Les mollahs ont accumulé des fortunes à l’étranger. Ne voudront-ils pas préserver leurs acquis financiers ?
En
réalité, ils ont tout perdu et ne peuvent plus sortir du pays pour
s’installer à l’étranger car des mandats ont été lancés contre la
plupart d’entre eux. Les sanctions ont asséché la manne des pétrodollars
et c’est essentiel car il n’y avait pas d’adhésion idéologique à ce
régime.
Est-ce
à dire que ligne suivi par Trump sur la question iranienne et durement
critiquée par de nombreux experts, peut se révéler positive ?
Je
ne suis pas compétente pour juger de la politique de Donald Trump. Je
peux juste faire quelques observations. Il a considérablement affaibli
ce régime, comme jamais auparavant, et peut-être même a-t-il signé leur
arrêt de mort. Nous verrons. Lors des manifestations populaires, à
Téhéran et dans d’autre villes, les noms de Khameini, de Rohani, de
Soleimani étaient hués. Il n’y a jamais eu de slogans anti-Trump ou
contre les Etats-Unis.
Mais la situation désormais est explosive...
Probablement oui, hélas, ils n’abandonneront pas le pouvoir tranquillement, j’en suis convaincue.
Marianne : Quelle est votre première réaction après la mort de Qassem Soleimani ?
Mahnaz Shirali :
C’est d’abord l’Iranienne qui va vous répondre et celle-là ne peut que
se réjouir de ce qui s’est passé. Je parle en mon nom mais je peux vous
l’assurer aussi au nom de millions d’Iraniens, probablement la majorité
d’entre eux : cet homme était haï, il incarnait le mal absolu ! Je suis
révoltée par les commentaires que j’ai entendus venant de certains
pseudo-spécialistes de l’Iran, le présentant sur une chaîne de
télévision comme un individu charismatique et populaire. Il faut ne rien
connaître et ne rien comprendre à ce pays pour tenir ce genre de
sottises. Pour l’Iranien lambda, Soleimani était un monstre, ce qui se
fait de pire dans la République islamique.
C’est un coup dur pour le régime ?
Évidemment,
Soleimani en était un élément essentiel, aussi puissant que Khameini et
ce n’est pas de la propagande que d’affirmer que sa mort ne choque
presque personne.
A quoi peut-on s’attendre ?
Je
ne suis pas dans le secret des généraux iraniens mais une simple
observatrice informée. Le régime est aux abois depuis des mois,
totalement isolé. Ils savent qu’ils n’ont pas d’avenir, la rue et le
peuple n’en veulent plus, ils ne peuvent pas vraiment compter sur
l’Union européenne et pas plus sur la Chine. Ils n’ont aucun avenir et
c’est ce qui rend la situation particulièrement dangereuse car ils sont
dans une logique suicidaire.