« En créant le Dieu unique et en allant jusqu’à se considérer comme « le trésor des rois », les Juifs se sont imposé un destin dont ils ont proposé l’impossible grandeur à l’humanité. Mais c’est un destin carcéral. (…)
et pourtant... c’est un fait reconnu scientifiquement, les probabilités que l’univers soit le fruit du hasard sont quasiment nulles..
Quand au destin carcéral de l’homme qui vit en suivant ses propres penchants tout en se proclamant libre, il est de facto garanti sous forme de moultes dépendances (consumérisme sous toutes ses formes, quête de reconnaissance (sociale, intellectuelle, refus de l’engagement qui mène au dépassement de soi), souffrances morales, colère, également devant ce qui semble dépourvu de sens...(et donc injuste)
A quoi sert l’érudition de ces grands hommes - selon nos critères -, la reconnaissance de leurs pairs, si c’est pour aboutir in fine à ne pas quitter ce monde l’âme en paix ? (je cite concernant l’état d’esprit de fin de vie de levi strauss : « désenchantement résigné, distance ironique »)
Maximiser les profits, minimiser les coûts de production, c’est à dire transformer le travailleur en variable d’ajustement, ce n’est pas d’aujourd’hui...
enfin, c’est une logique comptable qui revient cher mais en terme de santé, et donc au contribuable..
La prolétaire que j’étais, jeune et sans diplomes ni formation à l’époque, a vécu ces situations... La première dans une entreprise de restauration... Nous étions 3 en plonge... L’une débarrassait la vaisselle sale et l’amenait en poste, l’autre la mettait dans la machine à laver, l’autre la récupérait et la ,mettait à disposition de la salle. Il était courant aussi de servir de commis de cuisine (préparation des légumes, des entremets) suivant les besoins.
or, voici qu’un jour, il fut décidé de réduire le personnel. De trois à ce poste, je me retrouvais seule... Visualisez charlot dans les temps modernes, c’est à peu près cela...
Il ne restait qu’une solution pour gérer les besoins en salle... réduire la phase rinçage de l’engin de moitié, voir de 3/4 quand ca braillait « vite vite, on n’a plus d’assiettes » !
Aussitôt je levai le couvercle de l’engin et l’eau bouillante du rincage chargée de restes de soude caustique me dégoulinait le long du bras dont la peau devint au fil du temps rouge brique, boursouflée... et je n’imagine pas aujourd’hui ce que prenait l’estomac du prolétaire client..
Puis vint un nouveau chef, tout frais émoulu d’une école de ges...euh d’optimisation du profit... celui ci me convoqua alors que j’étais fort occupée pour exiger que, de surcroit, je balaie la salle...(ce qui lui aurait permis de se débarrasser au passage d’une employée de ce que l’on appelait « le devant »)
Vous vous doutez bien quelle fut ma réponse... evidemment celle ci me valut un retour à l’anpe...
Plus tard, je trouvai un emploi à l’usine du coin... technicienne de surface ils appelent cela maintenant... idem, ma collègue épuisée (elle avait la cinquantaine) partit, ne fut pas remplacée et je dus me farcir sans machine, le nettoyage des ateliers, des bureaux, de la cantine, des vestiaires et sanitaires...
Une optimisation du profit qui me mena direct au bout d’un an à l’épuisement total, puis sans surprise de nouveau à la case anpe.
Puis le système (pourquoi se gêner puisqu’il y a tant de « crève la faim » à disposition dorénavant) se généralisa dans les administrations... celles ci faute d’embauche de personnel suffisant pour gérer l’afflux croissant de dossiers, limitèrent donc l’accueil au public ou/et fermèrent des permanences, des bureaux de poste et mirent en place le service téléphonique... payant. Quand au personnel celui ci contribua de fait à la fortune des labos pharmaceutiques (benzo, anti depresseurs, sommnifères).
Je vous passe les maisons de retraite ou justement du fait de l’absentéisme courant, on vous appele chez vous à 7 h du matin le rare dimanche obtenu de haute lutte avec les collègues, pour exiger votre présence... (euh, et qui me gardera mon môme ? débrouillez vous ou vous venez ou c’est la porte !)
peut être était ce là, dans la lucidité, l’occasion, l’ultime occasion pour ceux qui ne l’ont pas fait de leur vivant, de demander pardon à leurs proches qui ils ont causé du tort, exprimer ses regrets d’avoir fait des choix malheureux, de n’avoir pas toujours assumer comme on l’aurait dû..
ou/et de leur dire qu’on les aime, une dernière fois ou une première fois pour ceux qui n’ont jamais pu le leur dire auparavant.
Je sais que l’on veut faire au mieux, que par humanité, on se soucie de plus en plus d’éviter toute souffrance, toute angoisse, notamment celle liée à la fin de vie... Je n’y suis pas opposée bien que croyante, car je crois également que nous disposons tous du libre arbitre.
Toutefois, et par expérience (une opération) l’inconvénient des benzos, c’est la modification de la conscience, la zombification assurée... on n’est plus soi. C’est la paix chimique, mais au détriment de l’intégrité psychique de la personne, de sa lucidité.
En fait, j’ai ce sentiment que la personne est aujourd’hui traitée comme uniquement un corps, car quid des tourments de l’âme, la grande absente des débats sur la fin de vie ? si l’on fait en sorte de rechercher à soulager au mieux la souffrance physique et c’est tant mieux, la mort en elle même (le passage, la grande et utlime épreuve de la vie), tend à devenir une pathologie et être traitée comme telle.
Enfin, je terminerai par ceci : la mort n’est ce pas le travail de toute une vie que de s’y préparer ? Ne serait ce qu’en recherchant à atteindre cette paix intérieure qui permet de surmonter bien des épreuves... également de comprendre ce qui fait le lit de bien des maladies (la difficulté à pardonner, la jalousie, la colère, le jugement d’autrui, en s’épargnant par confort d’examiner ses propres erreurs, ses manquements.)
Cela fait peur, bien sûr la fin de vie quand on y pense... rien que le mot fait peur ou du moins génère une appréhension car il y a une part d’inconnu. Pour certains c’est aurai je la force intérieure nécessaire pour vivre ce moment, pour d’autres c’est la peur de ne plus exister, pour d’autres la peur de souffrir physiquement, parfois les 3
mais curieusement aujourd’hui, c’est la vie qui fait de plus en plus peur à constater le nombre d’humains dont certains ont tout pour être heureux et qui sont malgré tout dépressifs, anxieux, généralisant la surconsommation de psychotropes dans nos sociétés...
deux solutions sont alors proposées : les psychotropes et la psychothérapie (dis moi qui t’a fait du mal ?)
J’ai essayé les deux et comment dire, cela ne s’est plus avéré nécessaire le jour ou j’ai décidé de me responsabiliser, de travailler à pardonner à ceux que je considérais comme des ennemis mais sans qui en fait, je n’aurais pu avancer, me dépasser et ne plus céder aux sirènes du découragement, bien que cela ne soit pas évident dans un monde pessimiste.
Comment dire : partir la conscience chargée comme une mule, l’esprit embrumée par les benzos, c’est quelque chose que j’aimerais éviter.