Il est possible que Girard ait été plus ignoré que méconnu. Sa reconnaissance à l’Académie Française n’a toutefois pas fait beaucoup de bruit, mais il est vrai que ses théories commencent à être enseignées dans les grandes écoles et un peu à l’université.
Je ne pensais pas jeter la philosophie à la poubelle, même si je ne suis pas, à titre personnel, très attachée à cette discipline (peut-être à cause de mon prof de philo de terminale ?) mais il est vrai que Girard ne semble pas avoir une admiration débordante non plus pour la philosophie. Quand on lui en parle, il a tendance à jouer à l’idiot, avec un certain humour...
Sur la question de savoir comment faire évoluer l’église catholique, il me semble que beaucoup avant nous s’y sont essayé, avec plus ou moins de succès... Mais il serait intéressant de poser la question à l’archevêque de Paris pour connaître sa position sur la question.
En deuxième lieu, pourriez-vous me préciser les passage de l’ancien testament que vous visez pour que je me fasse une idée plus précise.
Troisièmement, je me permettrais de vous poser une question que je n’ai pas moi-même réussi à trancher. La violence que les alliés ont exercé contre les Allemands pendant la seconde guerre mondiale relevait-elle du bien ou du mal ? En effet, Gandhi disait de son côté qu’il était préférable de ne pas résister par la violence aux nazis, malgré toutes les souffrances que cela pouvait engendrer. Or, les bombardements des villes allemandes ont effectivement été des massacres aussi horribles qu’inutiles, mais la spirale de la vengeance était lancée. Toutefois, que serait-il advenu sans cette riposte, la question fait droid dans le dos...
Si je vous suis bien, Levy-Strauss accepterait sur le fond la continuité de l’esprit humain mais aurait tendance à raisonner de façon « discrète » (en terme mathématique) en ce qui concerne la culture et les symboles.
Il me semble avoir lu quelque chose là-dessus, mais cela remonte à loin.
Quoiqu’il en soit, la classification n’est peut-être pas le dispositif le mieux à même de dévoiler les rapports de causes à effets entre différents aspects d’une culture et de mettre par là en lumière les points communs qui existent entre différentes cultures en termes de processus et de genèse.
Il est possible que, comme le souligne Esteban Manchego, Levy-Strauss tout à son effort louable pour réhabiliter l’image des cultures archaïque face à l’arrogance ethnocentriste occidentale, ait eu peur de dévoiler la violence qu’il pouvait deviner dans les myhtes qu’il étudiait. Je suis persuadée que si Girard n’a jamais eu cette crainte, c’est qu’il est intimement convaincu de l’égalité entre les humains et j’ai en particulier rarement rencontré d’auteur aussi peu sexiste.
Je crois qu’il a été dit de Girard qu’il était en quelque sorte un historien des religions dans la mesure où il s’intéresse particulièrement à leur genèse et à leur évolution. Ainsi, il a démontré à travers de nombreux textes antiques la façon dont les mythes grecs s’adoucissaient au cours du temps. On passe de Chronos qui dévore ses enfants, de Jupiter dévoré bébé par les Titans puis revomi par ces derniers dans les récits primitifs, à une idéalisation de l’Olympe figurant la perfection physique dans les derniers temps de la Grèce Antique. Girard souligne que l’idéalisation est à double tranchant, puisque d’un côté, en masquant la violence, elle adoucit la société et d’un autre côté, elle fait perdre en efficacité les rituels religieux et peine à enrayer les crises sociales.
Girard s’est indiqné de pas mal de chose en ce qui concerne les positions et discours de l’église catholique. Mais il leur a en particulier beaucoup reproché une trop forte tendance à la mièvrerie et à l’incapacité à affronter la question de la violence intrinsèque à l’homme.
Il a dit de l’Ancien testament qu’il était comme la fourrure d’un animal écorché, lisse et brillant à l’extérieur, sanglant à l’intérieur.
Mais il faut se rappeler que René Girard reste quelqun d’assez humble et qui ne veut pas « jeter le bébé avec l’eau du bain » pour reprendre l’expression d’Erasme. Dans la mesure où l’église catholique continue à véhiculer le message évangélique (même si elle n’en comprend pas tout apparemment), il lui sait gré de cette tâche peu évidente étant donné le caractère profondément subversif de ce message.
Ayant tant dénoncé les boucs émissaires, il ne souhaite pas sans doute se joindre à ceux qui font régulièrement de l’église un bouc émissaire. Mais sa position est très délicate, je veux bien le reconnaître. D’autant que l’ancien testament ne concerne pas que l’église catholique.
Pour répondre à votre première question, il y a beaucoup de personnes tout à fait athées qui sont passionnées par les théories de René Girard. Il s’ensuit des débats sans fin pour savoir dans quelle mesure la révélation du mimétisme et des phénomènes sacrificiels présupposent ou non l’existence de Dieu. La question qui est posée est en particulier de savoir si, lorsque l’on se trouve à l’intérieur d’un système, on a la capacité de le voir de l’extérieur. Autrement dit, comment l’humanité pouvait-elle découvrir par elle-même le mécanisme sacrificiel sur lequel reposait son organisation sociale. Bizarrement, c’est plutôt René Girard lui-même qui a affirmé récemment que l’être humain était devenu tellement intelligent vers la fin de l’antiquité qu’il allait d’une façon ou d’une autre finir par comprendre. La révélation divine n’est donc pas pour lui nécessaire à l’exhumation du mécanisme victimaire.
Concernant Claude Levy-Strauss, il ne vous a pas échappé que je n’étais pas tellement spécialiste de sa pensée (d’autant que je suis économiste de formation) et j’avoue que ma lecture des débats spécifiques initiés par « La Violence et le sacré » serait à réactualiser.
J’ai néanmoins souvent entendu dire qu’il était le père du relativisme, mais si ce n’est lui, qui est-ce donc ? A moins que sa pensée n’ait été hativement vulgarisée ? Si vous vous y connaissez mieux que moi (et en l’attente que je fasse aussi quelques recherches de mon côté), cela m’intéresserait beaucoup.