Ici, le débat porte sur l’esclavagisme des Occidentaux. Celui des Arabes - donc du côté du Soudan- a été tout aussi violent et inhumain mais c’est un autre débat.
Je ne pense pas qu’un système esclavagiste ait été plus humain qu’un autre. Les séquelles qu’on voit aux Antilles comme aux Amériques n’incitent pas à dire que c’était mieux d’un côté ou de l’autre.
Bien sûr, il est possible qu’il y ait eu des complicités entre maîtres et esclaves. Je mets cela sur le compte de l’instinct de survie de la part des esclaves et non sur la gentillesse des maîtres.
Le problème le plus grave de l’esclavagisme occidental n’est pas la brutalité des maîtres. On a vu le même niveau de violence dans tous les systèmes esclavagistes. Le problème c’est que pour justifier l’esclavage des Noirs, l’Occident a élaboré une idéologie de supériorité raciale qui fait des ravages encore aujourd’hui. Parce que cette idéologie est à la base de tous vos discours, comportements et rapports avec les autres peuples, et cela même en 2007.
C’est en cela que toutes les églises occidentales (catholiques et protestantes) portent une lourde responsabilité parce qu’elles ont donné leur caution à cette idéologie.
Je suis beaucoup plus renseigné sur l’île de Gorée que vous ne pouvez le soupçonner. Dans tous les drames, il existe des thèses révisionnistes. Toutes les histoires autour de la non authenticité de l’île de Gorée, comme la tentative des Européens de faire porter la responsabilité de la traite aux Africains font partie de ces thèses.
Vous dîtes que les Antillais sont les descendants des maîtres et des esclaves. C’est vrai. Mais comme dans tous les pays esclavagistes, les ancêtres esclaves n’étaient pas consentantes. Sans compter que les maîtres blancs ne reconnaissaient pas la paternité de ces enfants nés de ces unions forcées.
Vous savez que, comme je vous l’ai déjà dit, l’estime est réciproque.
Mais ce n’est pas moi qui ait « racialisé » les choses, elle l’ont été bien avant vous et moi par vos ancêtres européens. Personnellement, ça ne me gêne pas.
Quelques Africains ont participé à la traite, comme dans toutes les guerres il y a des collabos. Cela n’excuse en rien le crime multiséculaire des Européens, crime fait de violence, de viols, d’aliénation mentale et physique de millions de Noirs africains déportés.
Je suis de ceux dont les ancêtres ont échappé de peu à cela mais qui en souffrent quand même parce qu’il s’agit de nos frères de race.
J’ai récemment visité l’île de Gorée au large de Dakar et je peux vous dire que nous sommes nombreux à venir nous recueillir là, dans l’émotion jusqu’au larmes, en mémoire de nos frères déportés.
Les Européens aimeraient bien que nous acceptions de dire que nous sommes coupables avec eux de ce crime mais, de même que les français n’étaient pas coupables, malgré les collabos, de l’invasion de la France et de son occupation par l’Allemagne en 1940, nous aussi nous ne sommes pas coupables de la traite négrière.
Que la France ne se repente pas donc. De toute façon, à mes yeux, c’est sans importance. Où avez-vous déjà vu qu’un homme ou un pays se repente spontanément et sincèrement dans la joie et la bonne humeur ? La repentance est souvent le résultat d’un drame, d’une crainte ou d’une menace. L’Allemagne s’est repentie parce qu’elle a frôlé l’anéantissement. La France s’est repentie pour son rôle dans la déportation des Juifs parce que ce peuple, quoiqu’on en dise, s’est relevé de ce drame et a retrouvé sa puissance.
Les Africains, qu’ils soient en France ou ailleurs devraient commencer par là. Travailler à se faire respecter d’abord au lieu de demander une repentance qui risque de ressembler à du « foutage de gueule » !
Aucune situation n’est généralisable. L’Algérie demande aussi des excuses à la France et personne n’en déduit que tous les Arabes attendent de la France leur émancipation.
La situation des Noirs en Occident n’est pas le seul fait de la France. Il existe des centaines de millions de Noirs dans le monde entier pour qui la France ne représente rien.
Ce n’est pas nouveau de la part des Européens de chercher à opposer les Antillais aux Africains avec le genre d’argument que vous tenez.
Dire que les Africains actuels sont les descendants de ceux qui ont vendu les Noirs Antillais ou autres est ridicule. Nous, Africains du XXI ème siècle, sommes en grande majorité les descendants de ceux qui ont échappé à la traite.
Les Antillais et les Africains ont tout intérêt à se retrouver sur ce qui les unit et de se souvenir que dans l’imaginaire occidental, « quand c’est noir, c’est qu’il n’y a plus d’espoir » et que « nègre » est synonyme d’esclave. Peu importe qu’il soit créole, africain ou autre.