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Mammon

Citoyen de base et fier de l’être. 

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  • Mammon 26 avril 2010 12:20

    Bonjour Hengxi

    Si vous me le permettez, je vais tenter de répondre à ces quelques petites questions à sa place :

    - les commandos tibétains : je suppose que vous voulez parler du « Special Frontier Force », créé en 1962 par le gouvernement Nehru suite à la guerre sino-indienne qui a vu la Chine s’approprier la région himalayenne d’Aksai Chin (toujours revendiquée à ce jour par l’Inde).
    Ce commando a été composé de tibétains ethniques (de l’ethnie Khampa ou Golok si je me souviens bien), recrutés dans les camps de réfugiés et effectivement entraînés par la CIA, à l’époque activement opposé, tout comme l’Inde, à la Chine.
    Les relations américano-indiennes se refroidissant par la suite, avec le rapprochement américano-pakistanais, le S.F.F. est passé ensuite exclusivement sous contrôle indien.
    Le but du S.F.F. est clair : mener des opérations d’espionnage et de guérilla sur le haut plateau tibétain en cas de guerre avec la Chine. Les tibétains ethniques qui le composent font donc partie de l’armée indienne.
    Il n’est absolument pas prouvé que le Dalai Lama ait le contrôle, ni même quelconque influence sur cette unité d’élite (et bien anti-chinoise) mais ses membres peuvent, à titre individuel, éprouver de l’égard pour lui.

    - les riches tibétains exilés en Suisse : les riches s’exilent toujours dans les pays où il fait bon vivre, ce n’est pas une exclusivité tibétaine. Quant aux pauvres, ils marchent ou prennent le bateau pour le pays d’à côté. On peut faire le parallèle avec les riches (et moins riches) chinois Han qui ont fui la Chine continentale pour Hong Kong, Taiwan, l’Australie ou les Etats-Unis. Vous aurez noté que pendant que les Tibétains subissaient l’invasion chinoise et la destruction de leurs 6000 monastères, le reste de la Chine subissait le Grand Bond en Avant et la Révolution Culturelle, exactement à la même période...tout le monde était alors dans la même galère, donc ceux qui le pouvaient, tibétains ou Han, fuyaient.

    - Heinrich Harrer : puisque c’est de lui dont vous parlez, a connu le Dalai Lama pendant 7 ans, de 1944 à 1951. Il était membre du parti Nazi. Cependant, rien n’indique qu’il ait « inoculé » des idées nazies au jeune homme, et on en retrouve aucun élément dans ses discours. Il ne faut pas oublier qu’à cette époque, la guerre était finie (depuis 1945), le nazisme et les anciens nazis traqués partout dans le monde, donc Harrer n’avait aucun intérêt, pour sa propre survie, à rappeler ce fait troublant de jeunesse. Donc faire l’amalgame Dalai Lama = nazi est de la propagande grossière d’ultra-nationalistes chinois mono-neuronaux, vous savez, ceux qui se br...ent à longueur de journée devant des cartes de la Grande Chine... Absolument sans aucun intérêt pour vous, donc.

    - Shoko Asahara : alias le « gazeur ». Je ne connais pas cette photo mais il faudrait m’en donner la date et vérifier si elle a été prise avant l’attentat du métro de Tokyo en 1995... Ceci dit, comme tous les gourous, Asahara possède deux choses : 1) du fric, il n’est donc pas exclu qu’il en ait donné par la cause tibétaine, pour l’image (aider un Prix Nobel de la Paix, c’est « in »)
    2) du charisme, donc il aurait tout à fait pu convaincre le Dalai Lama combien sa secte Aum Tinrikyo était pacifique et bouddhique comme il faut, alors qu’en même temps il préparait de sombre projets... En tout cas, une simple photo ne prouve absolument pas que le Dalai Lama soit derrière les attentats de Tokyo, c’est réducteur et bon pour les abrutis ultra-nationalistes chinois bas de plafond. Ne mangez pas de ce pain ou plutôt de ce riz-là....
    D’ailleurs, Mère Térésa a bien accepté de l’argent de Castro, ça n’en fait pas une pasionaria communiste pour autant.

    - Pinochet : arrêté à Londres en 1998 et objet d’une demande d’extradition vers l’Espagne pour tous les crimes (3000 morts, 25000 torturés) pendant sa dictature. Il faut rappeler que la transition du Chili de la dictature vers la démocratie s’est faite relativement pacifiquement et que aussi déplaisant que ça puisse paraître, Pinochet bénéficiait du soutien d’une large frange de la population chilienne. Le Dalai Lama a du estimer qu’une telle extradition, 10 ans à peine après la fin de la dictature, aurait pu plonger le pays dans des troubles interminables et l’empêcher d’aller de l’avant. Il ne s’agit pas de nier les méfaits de la dictature, mais il a du estimer que le moment n’était peut-être pas opportun.
    On pourrait appliquer ce raisonnement à la Chine : pensez-vous qu’au jour d’aujourd’hui, vous qui vivez en Chine, la Chine soit prête à faire le procès des erreurs et crimes du maoïsme et ses victimes en droit de réclamer des réparations à l’Etat ? Un jour peut-être, mais probablement pas aujourd’hui...

    Je prends un peu la défense de l’auteur mais je n’adhère pas à toutes ses idées. Cependant, les réactions des ultra-nationalistes chinois, dont vous reprenez malheureusement certains raccourcis, et qui, eux, sont tout aussi racistes que ceux qui se livrent au « chinese bashing » sur les forums pro-tibétains, m’irritent quelque peu.

    Ce que je reproche en fait au défenseurs de la Cause Tibétaine, c’est d’avoir recherché leurs soutiens dans le monde entier tout en négligeant d’en chercher là où ils en avaient le plus besoin pour le propre bien de leur peuple : en Chine même et parmi tous les chinois d’outre-mers ou amoureux de la Chine. De fait, leur rhétorique stigmatise tous les Chinois, quel qu’ils soient, et alimente à rebours un ultra-nationalisme chinois/Han agressif dont on se passerait fort bien.
    Cordialement.



  • Mammon 23 avril 2010 11:34

    @ l’auteur

    Navré de vous contredire, mais les choses ne sont pas aussi simples que vous le prétendez.

    Ma propre analyse sur le silence des autorités chinoises quant à la demande de SS le Dalai Lama est la suivante :

    - soit les autorités chinoises opposent un refus catégorique, alors qu’il y a une catastrophe naturelle, et c’est leur image de marque auprès de l’opinion internationale qui en prend en coup = perte de face
    - soit elles acceptent, et du coup c’est leur image de fermeté, vis-à-vis de leur propre opinion publique, qui en prend un coup = perte de face

    Bref, cette demande place dans tous les cas les autorités chinoises en porte-à-faux, elle n’avait donc aucune chance d’aboutir, même si les raisons (soutien spirituel aux sinistrés) sont louables.

    C’est cette approche simpliste et manichéenne que vous devriez abandonner si vous voulez réellement défendre la culture tibétaine, au Tibet ou ailleurs, et vous ne pourrez le faire qu’AVEC le concours des Chinois, pas CONTRE eux.

    Encore une fois, il ne s’agit pas de nier le(s) drame(s) qu’a (ont) traversé(s) le peuple tibétain depuis 1959 jusqu’à celui des derniers jours, mais se focaliser sur les seuls tibétains et faire l’impasse sur ce qu’ont traversé leurs compatriotes Han ou autres durant toute cette même période ressemble fort à ce qui irrite beaucoup d’intervenants ici : l’indignation sélective.

    C’est toute la stratégie qu’il faut revoir. Un bon conseil : mettez-vous en relation et entretenez un dialogue étroit et permanent avec toutes les associations chinoises ou de sinophiles : congrégations bouddhistes chinoises, associations des droits de l’homme en Chine, étudiants chinois, associations culturelles, personnels des ambassades...et la défense de la culture tibétaine passera beaucoup mieux qu’à coup de déclarations fracassantes.

    Bonne réflexion.



  • Mammon 22 avril 2010 20:55

    @ l’auteur :

    L’intention de SS le Dalaï Lama de se rendre au Qinghai pour soulager moralement les victimes (tibétaines) du séisme est louable, mais elle risque de paraître inopportune.

    Vous semblez trop souvent oublier que les Chinois le perçoivent, à tort ou à raison, comme une menace pour la stabilité de leur pays, et ce ne sont pas ses discours qui risquent de changer grand-chose pour le moment.

    Mettez-vous un peu à leur place : des émeutes ont éclaté à Lhassa en pleine année des J.O., faisant plusieurs victimes tibétaines ET Han/Hui, la répression qui s’en est suivie a été d’une férocité inouïe (et souvent injustifiée), mais le calme est revenu.

    Cependant, les braises sont encore chaudes, les rancoeurs subsistent, ce qui fait que de nombreuses régions à fortes minorités tibétaines sont restées bouclées pendant des mois après les émeutes (Sichuan, Gansu, Yunnan...)

    Même si SS le Dalai Lama n’est pas directement à l’origine de ces violences, beaucoup des émeutiers se sont réclamés de lui.

    Du coup, sa visite risque de provoquer à nouveau des troubles, même s’il ne les soutient pas. Et le Qinghai dévasté n’en a pas besoin en ce moment.

    Cependant, il existe une solution pour que SS le Dalai Lama puisse un jour revenir en Chine : qu’il abandonne toute fonction politique pour se consacrer uniquement à la religion.

    C’est ce mélange des genres politique/religion, et je dirais même ethno-nationalisme tibétain/religion, qui constitue le véritable point de blocage entre lui et les autorités chinoises.
    Tant que cette ambigüité ne sera pas levée, il y a fort peu de chance que la situation évolue favorablement pour les tibétains en exil.

    Souvenez-vous que la Chine se méfie comme de la peste des leaders religieux qui se mettent à faire de la politique. Entre les Turbans Jaunes, le Lotus Blanc, les Tai Ping et les Boxers, elle a à chaque fois payé au prix fort (20 millions de morts pour la seule révolte des Tai Ping) les soulèvements provoqués par ces illuminés. La répression du Falun Gong est l’illustration la plus récente de cette crainte millénaire. Idem pour son obsession à désigner ou contrôler les futurs Panchen ou Dalai Lama...

    Tant que vous ne prenez pas la peine de connaître vos interlocuteurs et surtout leur mentalité, leur histoire (et leurs blessures) et leur façon de penser, vous ne pourrez malheureusement pas défendre efficacement votre cause.

    Ceci est un conseil amical d’un amoureux des cultures chinoises ET tibétaines.



  • Mammon 15 avril 2010 19:01

    Bonjour Immyr

    Article très lucide, qui montre à quel point l’exercice de la médecine libérale est devenu difficile, surtout en zone rurale.

    Pour moi, il n’y a aucun doute possible : nous manquons clairement de médecins en France, généralistes ou spécialistes, depuis l’instauration du numerus clausus dans les années 70.
    Ce déséquilibre démographique est un facteur clé de la désertification médicale en milieu rural : des effectifs réduits au niveau d’une région ou d’un département impliquent une surcharge de travail plus importante pour les médecins restants, surtout au niveau des tours de gardes.
    Dans certaines régions sous-médicalisées, être médecin généraliste (voire spécialiste) implique de ne plus avoir de vie privée, tellement les contraintes horaires sont importantes...
    C’est pour ça que trouver un remplaçant relève de la gageure. Idem pour trouver un repreneur en cas de déménagement ou de départ à la retraite.
    Cette situation, nous la devons à nos chers politiques qui ont maintenu coûte que coûte ce numerus clausus à un taux très bas pendant des années. Mais ils ont simplement oublié que pour inverser la tendance, il ne suffit pas de le décréter : la formation d’un médecin prend au bas mot une dizaine d’années, et il faut des moyens (formateurs, locaux, matériels), des sous, quoi.
    Bref, nous en aurons encore pour des années avec ce problème de désertification médicale.

    Vous évoquez, pour y pallier, la création de maisons médicales. Bonne idée, encore faut-il que des professionnels de santé acceptent de venir y travailler. Mais comment les en convaincre alors que dans beaucoup de villages où ils iront travailler, les politiques - encore eux - ferment à tour de bras des gares, des bureaux de poste ou des écoles ???
    Vaste problème



  • Mammon 15 avril 2010 09:03

    Tout à fait
    Le jour où les managers comprendront qu’un salarié heureux rapporte plus, à long terme, à leur entreprise plus qu’un salarié qu’on presse comme un citron pour faire du chiffre, on aura fait un grand pas.
    Un salarié heureux, bien payé et épanoui = salarié plus productif = salarié moins souvent malade ou pas du tout (donc économies pour la Sécu) = salarié jamais en grève = salarié prêt à faire plus pour sa boîte (donc du coup plus facile à manager)
    Ce qui tue tout le monde, c’est l’objectif de profit à court terme. Pour quelques euros de plus tout de suite, on casse tout et on délocalise, histoire de répéter les mêmes c...ries ailleurs.

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