Au cours du XXème siècle, les nobles ont besoin de serviteurs, en plus des serfs-ouvriers-paysans. On a donc valorisé le métier de serviteur, il y a même des serviteurs de luxe, comme ces prostituées qui gagnent des milliers d’euros par jour.
Les ouvriers ont vu leur pouvoir de classe diminuer considérablement, c’est ce qui manque dans l’article. Guerres, améliorations technologiques, clivage inter-générationnel, quasi-inexistence dans les médias et donc progressivement dans la politique (à la Fête de l’Huma viennent toujours plus de futurs serviteurs que de futurs ouvriers).
« Bref, la classe moyenne est nombreuse, inorganisée et sans défense ». Sur le premier point O ;K. Sur les deux autres pouvez vous expliquer pourquoi ? Ne serait-ce pas cette mentalité de serviteur qui amènerait à la disparition de cette conscience de classe qui commençait à émerger dans les années 80 ? L’acceptation de n’être qu’un rouage sans volonté propre à part celle de satisfaire des besoins primaires ? La télévision n’a t-elle pas réussi à liquéfier cette classe moyenne, en devenant le loisir par excellence des serviteurs, ceux-ci contemplant chaque jour des sacrifices, fantasmant sur la vie supposée des maîtres, au lieu de s’organiser et de penser un monde moins cruel et stupide ?
Néanmoins je me suis demandé si l’élargissement de l’accès à l’éducation pouvait menacer l’état de fait au Chili, cette emprise absolu du néo-libéralisme sur tout. J’ai appelé une étudiante chilienne de ma connaissance, elle m’a appris ceci :
- certains jeunes pensent que Pinochet est un héros qui a libéré le Chili du communisme.
- le programme scolaire ne parle pas des raisons économiques et géopolitiques de la transition dictatoriale (nationalisation des mines de cuivre par Allende, collectivisation des terres, famine, Milton Friedman..)
- d’ailleurs l’enseignement d’Histoire au lycée s’arrête en 1973.
- Pinera l’actuel président du Chili est une sorte de mini-Pinochet.
Ces éléments expliquent l’importance des enjeux en matière d’éducation, qui, si elle était correctement dispensée, quantitativement et qualitativement, pourrait faire voler en éclat le socle de la dictature néo-libérale au Chili.
Les Chicago Boys ont été formés à l’économie dans les universités américaines. Il est donc vrai que l’éducation dans ce cas est un « outil de transformation sociale ». Les gens qui ont mis en place la dictature au Chili, au Guatemala et dans bien d’autres pays sont parmi les plus éduqués. La boucle est bouclée...
Ces leaders étudiants croient en l’éducation (quelle éducation ? y en a t-il une seule ?) comme une sorte de panacée mais ils feraient bien de constater que le désastre vient en partie de là. Bourdieu a montré que l’Ecole que nous avons conserve les inégalités sociales en termes statistiques, ce qui signifie qu’un étudiant de la classe pauvre a beaucoup moins de chance de « réussite » qu’un étudiant de la classe riche. La faute au programme ? A l’organisation ? La question est complexe.