Quant à l’opinion publique allemande, je pense que l’on est beaucoup plus loin de l’unanimité contre la fédéralisation budgétaire que l’on croit ou que l’on veut nous vendre. Tous les sociaux-démocrates sont pour et le CDU commence à se fracturer sur ce sujet.
Oui, enfin il n’y a pas que le socialisme français qui s’y est laissé prendre et à droite quand il est question d’appuyer le laissez-faire néolibéral, c’est pire encore . Quant aux dits souverainistes, comment pensent-ils pouvoir réguler la finance internationale si la zone euro, correctement structurée, est la seule économie qui ferait le poids à l’heure de négocier ? Puisque tout cela va terminer, au moins, en négociation pour réformer le système monétaire international. Tel quel, ça ne peut plus continuer des années.
Je suis d’accord, si c’est ce que vous voulez dire, que le FESF est une mesure attentiste et qui ne sert qu’à marquer des objectifs clairs à la spéculation du fait même de la limite du fond. Mais la mutualisation réelle de la dette par le biais d’eurobonds n’a pas grand chose à voir avec cette solidarité démagogique. L’Allemagne a besoin de son marché européen, la France aussi. Présenter les PIIGS comme la source de tous les maux est une hypocrisie sans nom puisque la propre structure inachevée de la zone euro a favorisé la balance commerciale des pays les plus solides provoquant l’explosion du crédit chez les économiquement plus faibles.
Le FEFS ne fait qu’introduire une inertie (celle de attentisme), surtout de la part du gouvernement allemand, dans le processus de mutualisation réelle qui doit être entrepris. Quand je dis qui doit être entrepris, c’est parce qu’il est évident que soit on avance vers un fiscalité commune, un Trésor et l’émission d’eurobonds, soit on retourne à la fragmentation. La position d’aujourd’hui ne me parait pas tenable très longtemps. Le système bancaire est dans le marasme menacé par un défaut de la Grèce qui lui entraînerait des pertes considérables, ou pire de l’Espagne qui, je crois, aboutirait inéluctablement à des nationalisations. Un seul défaut souverain conduirait aussi à L’Europe vers l’inconnu, je ne pense pas que l’euro y survivrait. Pourtant, il semblerait que les gouvernements français et allemand préfèrent faire traîner les choses jusqu’aux élections de 2012. Je trouve cette attitude vraiment irresponsable.
Quant aux taxes sur les opérations financières, c’est du même calibre. La mesure qui régulerait vraiment les échanges internationaux serait le remplacement du dollar par une unité de compte ( du type bancor ) et le passage des opérations par une chambre de compensation internationale. Le problème pour avancer dans ce sens est encore une fois une classe politique beaucoup plus tournée vers ses objectifs électoraux que vers l’analyse et la prise de décisions face à la réalité économique. Comment peut-on envisager une réunion internationale en vue d’accords de cette nature avec ce genre de politique mesquine ?
D’autre part, je ne pense pas que la Chine puisse être un allié contre le néolibéralisme, au contraire. Par contre, elle le serait très certainement pour remplacer le dollar en tant que référence internationale. Le gouverneur de la banque centrale chinoise en parle depuis 2009. C’est l’Europe réellement unie dans une politique budgétaire et fiscale commune qui pourrait piloter cette sortie du laissez-faire international en marche depuis trente ans. Mais il y a beaucoup de mea culpa à entonner, à commencer par les socialistes européens qui se sont laissés séduire par les chants de sirène du néolibéralisme à partir des années 80.
L’Expansion conclut un article avec : « Néanmoins, depuis quelques jours certaines réticences allemandes
commencent à se briser. Pour la première fois mardi, des députés du
parti CDU de la chancelière allemande Angela Merkjel ont levé le tabou
des euro-obligations, alors que le débat prend de l’ampleur dans le
pays. "Cela ne sert à rien de voir les choses en noir et blanc. (...) Je
ne crois pas que (les euro-obligations) soient un instrument du démon",
a notamment déclaré le député CDU Johann Wadephul au Handelsblatt, dans
un communiqué. Dimanche dernier, c’est le quotidien conservateur Die Welt
qui affirmait que Berlin "n’exclut plus, en dernier ressort, un
transfert des moyens financiers avec des emprunts publics en commun". Le
maintien de la zone euro étant une priorité absolue pour l’Allemagne. » http://lexpansion.lexpress.fr/economie/pourquoi-paris-et-berlin-ne-veulent-pas-des-eurobonds_260918.html
Le même article de Marianne2 que l’auteur cite conclut, lui : « En entendant, le plan Sarkozy-Merkel a une fonction évidente pour les
deux chefs d’état : préparer au mieux les échéances électorales à venir
dans les deux pays. En écartant le spectre du financement des PIG’S pour
l’électorat de Merkel. En mimant la fusion franco-allemande pour celui
du Président français. » http://www.marianne2.fr/Sarkozy-Merkel-la-montagne-accouche-d-une-souris-assez-grosse_a209386.html
L’auteur a écrit : « C’est il y a bientôt un an que l’idée d’euro-obligations a jailli dans
le cerveau (malade ?) des partisans d’une intégration européenne, bien
plus préoccupés par l’avancée de leurs idées fédérales que par la
résolution des problèmes qu’affrontent les peuples européens depuis des
années. » et « Angela Merkel et l’Allemagne ont refusé cette intégration irresponsable
qui ne résoudrait rien. Bref, il faut croire qu’heureusement, cette voie
est totalement bouchée et cela est complètement normal. »
Dans quel cerveau (malade ?) vous dites ? Le propre article que vous avez apporté comme source vous explique que la rencontre Sarkozy-Merkel fut plus électoraliste qu’autre chose. Mais vous avez décidé que tous les allemands avalaient la couleuvre de l’Allemagne vertueuse qui devraient payer pour les cigales fainéantes. Même au CDU ils commencent à admettre que protéger l’euro c’est protéger leur balance de paiements.