L’analyse de la crise par M. Le Pen, quelle bonne blague ! Son analyse est un pot-pourri de ce qui lui est tombé sous la main pour justifier ses délires flou-blanc-bête. L’article parle de : « Une crise politique et institutionnelle du modèle fédéraliste de l’Union Européenne » Mais quel modèle fédéraliste ! C’est justement la solution que proposent certains partisans de l’européisme pour sortir de la crise par le haut. L’article soigne la blessure avant le coup imaginaire en agitant un épouvantail comme souvent au FN ( invasion des hordes islamiques, racaille anarchiste incontrôlable, manœuvre mondialiste dans l’ombre, etc... ). Au fait, va-t-elle reprendre les paroles de Roubini, qu’elle paraissait tant apprécier, et qui ont fait la une des journaux américains en disant que Marx avait raison ?
Je crois que c’est une erreur d’insister sur la terminologie riches et pauvres car elle mène vers une dialectique du niveau de vie qui n’existe pas vraiment. On est face à la même limitation dans l’interprétation qu’a entraîné la dialectique marxiste prolétariat-capital alors qu’il est évident qu’il y a une zone tampon entre les deux, occupée par les entrepreneurs et les marchands. En tenir compte, permet de théoriser un système de rapports de forces bien plus descriptif, à mon avis, de la complexité du problème que l’opposition entre pauvres et riches dont on ne peut définir la frontière. On aurait le rapport classique entre salariés et rentiers capitalistes et agissant comme intermédiaires les entrepreneurs et les marchands établissant une nouvelle couche ( si j’ose dire ) de rapports de force avec les autres acteurs. Cela permet, par exemple, d’intégrer que dans le jeu de la finance, la rente capitaliste est formée, en partie, par l’épargne et les retraites des salariés dont la défense de la rentabilité est une des principales excuses qu’avance la spéculation financière. Ceci n’est pas une critique à votre article dont je partage l’idée générale.
Vous représentez parfaitement l’argument typiquement néolibéral : envisager de réglementer la finance serait aller contre la finance. Mais quels fondamentaux politiques, quelle théorie économique sérieuse ( c’est à dire, autre que l’intuitive école des tricheurs autrichiens ) peut appuyer, aujourd’hui le laissez-faire ?
L’énigme c’est le dogmatisme. De la même manière que l’auteur de l’article réclame, avec beaucoup de raison, la pertinence de l’analyse marxiste des rapports de force dans la société industrielle sans tomber dans le dogmatisme marxiste pur et simple, le concept de l’indépendance et autonomie des banques centrales se doit d’être abordé lucidement. Cette autonomie ne constitue pas du tout une atteinte à la souveraineté populaire puisqu’en retirant ( relativement ) le pouvoir discrétionnaire de création monétaire des mains du gouvernement, elle tend à la renforcer, comme l’administration de la Justice indépendante du pouvoir exécutif fait de même dans son domaine. Mais tout n’est pas rose et effectivement le système financier privé a fait main basse sur la poule aux œufs d’or. Il est donc logique que ce qui se mette en cause soit l’organisation et le fonctionnement de la finance et non un concept qui vise à protéger le peuple des abus de pouvoir et de l’incompétence auxquels tendent toujours les gouvernements.