@Le Manu
Je sèche, ma langue au chat : je ne comprends pas en quoi il y a pléonasme et pas davantage en quoi il y a oxymore (si on parle bien du titre de l’article de Paul Villach). Pourriez-vous m’expliquer ?
Bien sûr ! mais ce n’est peut-être pas pour tout de suite, et de toute façon ce krach nous concernera peu. Si je replace cet échange dans sa situation contextuelle, je crois pouvoir dire ceci : votre article ne détournera aucun milliardaire de faire ce mauvais placement, comme les réponses de vos détracteurs n’en convaincront aucun d’acheter un Picasso s’ils hésitent ! Peut-être pensez-vous qu’en s’attaquant à la base (la « faveur populaire ») on commence un travail de sape, certes modeste mais utile ? Dur à dire.
Vous aurez au moins fait œuvre de professeur pour quelques personnes de bonne foi en leur montrant que le roi est nu, c’est déjà bien. Quant à ceux qui veulent continuer à réciter leur bréviaire de bois ou à se mettre à genoux parce qu’ils voient les autres le faire ou les tableaux se vendre à ce prix, leur entêtement a des racines sur lesquelles la raison n’a pas prise.
Au reste, que l’argent mal acquis soit « restitué », comme dit le Neveu de Rameau, cela ne me gêne pas (évidemment, il vaudrait mieux qu’il soit restitué à ceux qui en ont besoin).
Mais la gratuité de ces réactions passionnées des uns et des autres (qui me paraît, d’un certain point de vue, une chose positive) m’émerveille.
Génial ! cher Paul Villach, je découvre des mois et des mois après la bataille l’échange passionné que votre article nous a valu. Je découvre que des gens qui de toute évidence ne sont plus des adolescents, des gens qui n’ont certainement pas chez eux de Picasso ni la moindre toile de ses « maîtres », des gens dont je devine qu’il ne s’agit pas de professionnels, critiques ou marchands d’art (leur prose ne serait pas la même, et ils ne passeraient pas tant de temps sur Agoravox), sont capables de s’enflammer, de s’injurier (entre gens bien élevés), d’écrire de telles tartines (auxquelles il faut ajouter les recherches et les liens qui vont avec plusieurs d’entre elles) pour un sujet qui matériellement, socialement, professionnellement (c’est du moins ce que je crois discerner) ne les concerne pas. L’art est bien vivant, et pas seulement dans les ventes fabuleuses où se battent à coups de millions d’euros les acheteurs indiens, russes, chinois ou américains.
Quant à Picasso, je n’ai pas voulu aller voir la fameuse exposition, à la grande surprise (presque horrifiée) de mon entourage, mais quand j’ai demandé à ceux qui en revenaient extatiques ce qu’ils avaient aimé, ils ont tous répondu : les tableaux des « maîtres ».
Pour ma part j’ai compris sa haine, il y a bien des années, devant les tableaux d’une autre exposition consacrée à ses portraits (1996 !), en le voyant s’acharner sur les femmes, tel un pervers tueur en série, jusqu’à ce qu’on ne les reconnaisse plus (les toiles étaient souvent accompagnées de commentaires du type : « On pense que c’est une telle… »). Qu’il exhibe ses fantasmes, tels que les résume très bien (et succinctement) « Pierre Gangloff » (« Alors quoi, c’est donc la représentation d’une femme tableau, lignes puissantes, féminité envahissante, la mère, la putain, c’est tout cela qui vous fait peur ? Vous préférez l’ambiguïté libidineuse à cette confrontation sans fard ? »), libre à lui. Par parenthèse, il y a, pour les amateurs, des confrontations encore moins fardées dans les photos projetées lors de certains procès. Mais on n’est pas obligé d’aimer l’expression de sa haine des femmes ou des maîtres qu’il savait ne jamais pouvoir égaler. Cela dit, c’est intéressant pour l’histoire de l’art et la réflexion sur les processus de création.
Au reste j’apprécie l’humour de Picasso, ses « sculptures » de récupération, ses dessins géniaux, son sublime autoportrait sur fond bleu de 1901, peint quand il n’avait même pas vingt ans.
Mais transgresser pour transgresser, et non pour ouvrir au spectateur une autre dimension, lui faire voir un autre monde (mon dada à moi, c’est Proust), c’est un peu limité et nul besoin de revenir sur les débordements signalés au fil des commentaires sur votre article.
Cher Paul Villach, le temps écoulé me permet aussi de conclure sur cette remarque trouvée dans la presse et dont je n’ai pas besoin de préciser le contexte : « Déception en revanche pour un Picasso cubiste, « Instruments de Musique sur un Guéridon », la pièce estimée la plus chère n’a pas trouvé preneur, la plus haute enchère de 21 millions d’euros restant en deçà du prix minimum fixé. »
@Paul Villach
Soirée Paul Villach, je fais le tour de tout ce que je n’ai pas eu le temps de lire depuis des semaines, d’où le délai de réaction. Je voulais juste vous dire que j’ai écouté moi-même tout l’entretien de Laurent Joffrin à France-Culture (ce qui ne semble guère être le cas de ceux qui vous reprochent de parler sans avoir lu son bouquin), il était parfaitement répugnant de mauvaise foi, de confusion, de noyage de poisson (noyure de poiscaillade...) et ce qui caractérise les gens de son espèce, c’est leur propension à prendre les autres pour des sots. Vous lui faites bien de l’honneur en lui consacrant du temps. Peut-être même lui avez-vous fait de la publicité !