Contacté ce matin à 06h45, Thierry Meyssan nous a indiqué que la situation, quoique confuse, était plus calme à Tripoli.
Mise à jour de 13h30
Nos
amis Thierry Meyssan, Julien Teil et Mathieu Ozanon sont toujours
coincés à Tripoli. Thierry nous a fait savoir que la ville était à feu
et à sang depuis que les forces fidèles à Kadhafi avait lancé une
contre-offensive dans la matinée.
Tripoli : le Réseau Voltaire s’inquiète des menaces de mort qui pèsent sur Mahdi Darius Nazemroaya et Thierry Meyssan
Réseau Voltaire, lundi 22 août 2011, 13h20 GMT -
Le Réseau Voltaire s’inquiète des menaces qui pèsent sur deux de ses
collaborateurs à Tripoli. Mahdi Darius Nazemroaya, chercheur associé du
Centre for Research on Globalization, et Thierry Meyssan,
président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for
Peace, sont retranchés dans l’hôtel Rixos autour duquel d’importants
combats ont lieu. L’ordre aurait été donné de les abattre.
Thierry
Meyssan est à Tripoli depuis le 23 juin dernier. Il y a d’abord dirigé
une équipe d’enquêteurs du Réseau Voltaire. Il mène depuis deux mois un
travail d’information journalistique sur le conflit. Ses positions se
distinguent de celles de ses confrères : il décrit la rébellion comme
étant minoritaire et permettant de justifier aux yeux de l’opinion
publique internationale une classique opération militaire.
Quelles
que soient les positions défendues par Mahdi Darius Nazemroaya et
Thierry Meyssan, leur assassinat serait inacceptable. Mahdi Darius
Nazemroaya et Thierry Meyssan ne sont pas des combattants, mais des
journalistes. Les personnes qui soutiennent cette guerre en pensant
qu’elle est menée pour la démocratie et la liberté ne peuvent accepter
qu’on assassine des journalistes.
À l’heure
actuelle, cinq États leur ont offert leur protection diplomatique. Mais
les combats autour de l’hôtel les empêchent de sortir et plusieurs de
ces ambassades ont été encerclées afin de rendre tout accès impossible.
Sachant les menaces qui pèsent sur eux, Mahdi Darius Nazemroaya et Thierry Meyssan ne s’exposent pas à des « balles perdues ».
Le Réseau
Voltaire appelle les citoyens des pays impliqués dans la guerre à faire
pression sur leurs gouvernements afin d’assurer la sécurité de ces
journalistes. Il demande à chacun de jouer son rôle de citoyen et de
faire circuler cette information.
Depuis
hier soir, les médias font leurs gros titres sur la Libye, en annonçant
la chute de Tripoli et la fin imminente du colonel Kadhafi. Notre ami
Thierry Meyssan, président et fondateur du Réseau Voltaire, se trouve sur place depuis plusieurs semaines (voir nos dernières vidéos). Nous ferons avec lui un point de la situation plusieurs fois par jour.
Mecanopolis :Que pouvez-vous nous dire sur la situation à Tripoli en cette fin d’après-midi ?
Thierry Meyssan :
Je suis au centre-ville mais il est actuellement impossible de trouver
un véhicule pour se déplacer et vérifier les affirmations des médias
occidentaux. Les journalistes internationaux sont eux aussi bloqués à
l’hôtel Rixos, qui les accueille. En réalité, les seules informations
qui leur parviennent sont les communiqués du Conseil National de
Transition (CNT), qui sont en réalité émis par le Groupe Harbour (1),
une société de relation publique basée à Washington DC.
Je ne
pense pas que Tripoli puisse tomber, de même que je ne n’imagine pas que
le colonel Kadhafi soit menacé. Certes, il y a des défections dans le
gouvernement, et quelques autres traitrises, mais l’OTAN n’arrivera
jamais à bout de l’armée Libyenne.
Tripoli
est actuellement bombardée par l’OTAN mais, pour les raisons que je
viens de vous indiquer, il est impossible de savoir quels objectifs sont
visés.
1. Harbour GroupThierry Meyssan depuis l’hôtel Rixos à 19h45 :
« Nous
sommes actuellement dans un abri de l’hôtel Rixos, avec des
journalistes internationaux, qui est encerclé par des forces spéciales
de l’OTAN. Je dis bien : des forces spéciales de l’OTAN, car il est
évident que les rebelles ne sont là que pour être placés devant des
caméras, afin de donner l’illusion d’un conflit intérieur. Des officiels
loyalistes à Kadhafi ont rejoint l’hôtel, sans doute pour échapper aux
bombardements ciblés et se servir des journalistes comme bouclier
humain. Nous entendons des tirs nourris autour de cet hôtel et nous
pensons qu’il va être pris d’assaut dans la nuit, ou peut-être même en
partie bombardé. »
Mise à jour de 23h45
Nous n’arrivons
plus à joindre Thierry Meyssan, ainsi que Julien Teil et Mathieu
Ozanon, depuis 23h00 ce soir. Selon nos informations les forces de
l’OTAN auraient investi l’hôtel Rixos vers 21h45. Nous vous donnerons
des nouvelles de nos amis dès qu’elles nous parviendront.
23h55
> Le colonel Kadhafi en ce moment même sur la chaîne nationale
(audio) presse la population de Libye de secourir Tripoli.
Lundi 22 août 2011, 00h45
Nous avons
pu rétablir le contact avec Thierry Meyssan. Néanmoins, comme on peut
l’imaginer compte tenu de la situation de guerre à Tripoli, nos
communications sont largement perturbées. Dès que cela sera possible,
nous effectuerons un enregistrement vidéo ou audio.
Nous restituons ci-après notre dernière conversation avec Thierry Meyssan, réalisée à 0h30 :
« L’OTAN
est en train d’effectuer un véritable carnage à Tripoli. On peut
estimer le nombre de morts à plus de 1300 personnes ainsi que plus de
5000 blessés. Les hôpitaux sont débordés. Les forces spéciales de l’OTAN
et ses mercenaires liés à Al-Qaïda (2) ont investi plusieurs quartiers.
Ils tirent sur tout ce qui bouge. C’est un véritable débarquement. Les
informations données par la chaine Al-Jazeera à propos de la capture de
Seif al-Islam ne sont que des mensonges, de même que l’hôtel Rixos n’a
pas été pris d’assaut. »
Samedi 20
août 2011, à 20h, c’est-à-dire lors de l’Iftar, la rupture du jeûne de
Ramadan, l’Alliance atlantique a lancé « l’Opération Sirène ».
Les
Sirènes sont des hauts-parleurs de mosquées qui ont été utilisées pour
lancer un appel d’Al Qaeda à la révolte. Immédiatement des cellules
dormantes de rebelles sont entrées en action. Il s’agissait de petits
groupes très mobiles, qui ont multiplié les attaques. Les combats de la
nuit ont fait 350 morts et 3000 blessés.
La situation s’est stabilisée dans la journée de dimanche.
Un bateau
de l’OTAN a accosté à côté de Tripoli, livrant des armes lourdes et
débarquant des jihadistes d’Al Qaeda, encadrés par des officiers de
l’Alliance.
Les
combats ont repris dans la nuit. Ils ont atteint une rare violence. Les
drones et les avions de l’OTAN bombardent tous azimuts. Les
hélicoptères mitraillent les gens dans les rues pour ouvrir la voie aux
jihadistes.
Dans la
soirée, un convoi de voitures officielles transportant des
personnalités de premier plan a été attaqué. Il s’est réfugié à l’hôtel
Rixos où séjourne la presse étrangère. L’OTAN n’a pas osé bombarder
pour ne pas tuer ses journalistes. L’hôtel, dans lequel je me trouve
est assailli sous un tir nourri.
A 23h30,
le ministère de la Santé ne pouvait que constater que les hôpitaux sont
saturés. On comptait pour ce début de soirée 1300 morts
supplémentaires et 5000 blessés.
L’OTAN
avait reçu mission du Conseil de sécurité de protéger les civils. En
réalité, la France et le Royaume-Uni viennent de renouer avec les
massacres coloniaux.
1h00 :
Khamis Kadhafi vient personnellement d’apporter des armes pour défendre
l’hôtel. Il est reparti. Les combats sont très durs alentour.
Thierry Meyssan
Thierry Meyssan et Julien Teil, par téléphone avec LLP