@Triplette de Sionville Edgar Morin, sociologue et philosophe français, est l’auteur de nombreuses publications dont un article intitulé « Israël-Palestine : Le cancer », cosigné par Danièle Sallenave et Sami Naïr et publié le 4 juin 2002 dans le quotidien Le Monde. Deux associations, Avocats sans frontières et France-Israël, ont alors engagé des poursuites pour antisémitisme contre l’auteur. Après quatre ans de procédure, la Cour de cassation a mis un terme définitif à ces poursuites en considérant que cette tribune relevait de la liberté d’expression.
Il y a des mots qu’il faut réinterroger ; ainsi
le mot antisémitisme. En effet, ce mot a remplacé l’anti-judaïsme
chrétien, lequel concevait les juifs comme porteurs d’une religion
coupable d’avoir condamné Jésus, c’est-à-dire, si absurde que soit
l’expression pour ce Dieu ressuscité, coupable de déicide.
L’antisémitisme,
lui, est né du racisme et conçoit les juifs comme ressortissants d’une
race inférieure ou perverse, la race sémite. A partir du moment où l’anti-judaïsme s’est développé dans le monde arabe, lui-même sémite,
l’expression devient aberrante et il faut revenir à l’idée d’anti-judaïsme, sans référence désormais au « déicide ».
Il
y a des mots qu’il faut distinguer, comme l’antisionisme de
l’anti-israélisme, ce qui n’empêche pas qu’il s’opère des glissements de
sens des uns aux autres. En effet, l’antisionisme dénie non seulement
l’installation juive en Palestine, mais essentiellement l’existence
d’Israël comme nation. Il méconnaît que le sionisme, au siècle des
nationalismes, correspond à l’aspiration d’innombrables juifs, rejetés
des nations, à constituer leur nation.
Israël est la
concrétisation nationale du mouvement sioniste. L’anti-israélisme a
deux formes ; la première conteste l’installation d’Israël sur des terres
arabes, se confond avec l’antisionisme, mais en reconnaissant
implicitement l’existence de la nation israélienne. La seconde est
partie d’une critique politique devenant globale de l’attitude du
pouvoir israélien face aux Palestiniens et face aux résolutions de l’ONU
qui demandent le retour d’Israël aux frontières de 1967.
Comme
Israël est un État juif, et comme une grande partie des juifs de la
diaspora, se sentant solidaires d’Israël, justifient ses actes et sa
politique, il s’opéra alors des glissements de l’anti-israélisme à l’anti-judaïsme. Ces glissements sont particulièrement importants dans le
monde arabe et plus largement musulman où l’antisionisme et
l’anti-israélisme vont produire un antijudaïsme généralisé.
Y
a-t-il un anti-judaïsme français qui serait comme l’héritage, la
continuation ou la persistance du vieil anti-judaïsme chrétien et du
vieil antisémitisme européen ? C’est la thèse officielle israélienne,
reprise par les institutions dites communautaires et certains
intellectuels juifs.
Or il faut considérer que,
après la collaboration des antisémites français avec l’occupant
hitlérien, puis la découverte de l’horreur du génocide nazi, il y eut
affaiblissement par déconsidération du vieil antisémitisme
nationaliste-raciste ; il y eut, parallèlement, suite à l’évolution de l’Église catholique, dépérissement de l’anti-judaïsme chrétien qui
faisait du juif un déicide, puis l’abandon de cette imputation
grotesque. Certes, il demeure des foyers où l’ancien antisémitisme se
trouve ravivé, des résidus des représentations négatives attachées aux
juifs restés vivaces dans différentes parties de la population ; il
persiste enfin dans l’inconscient français des vestiges ou des racines
de « l’inquiétante étrangeté » du juif, ce dont a témoigné l’enquête La
Rumeur d’Orléans (1969) dont je suis l’auteur.
Mais
les critiques de la répression israélienne, voire l’anti-israélisme
lui-même ne sont pas les produits du vieil anti-judaïsme.
On
peut même dire qu’il y eut en France, à partir de sa création
accompagnée de menaces mortelles, une attitude globalement favorable à
Israël. Celui-ci a été d’abord perçu comme nation- refuge de victimes
d’une horrible persécution, méritant une sollicitude particulière. Il a
été, en même temps, perçu comme une nation exemplaire dans son esprit
communautaire incarné par le kibboutz, dans son énergie créatrice d’une
nation moderne, unique dans sa démocratie au Moyen-Orient. Ajoutons que
bien des sentiments racistes se sont détournés des juifs pour se fixer
sur les Arabes, notamment pendant la guerre d’Algérie, ce qui a bonifié
davantage l’image d’Israël.
La vision bienveillante
d’Israël se transforma progressivement à partir de 1967, c’est-à-dire
l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza, puis avec la résistance
palestinienne, puis avec la première Intifada, où une puissante armée
s’employa à réprimer une révolte de pierres, puis avec la seconde
Intifada qui fut réprimée par violences et exactions disproportionnées.
Israël fut de plus en plus perçu comme État conquérant et oppresseur. La
formule gaullienne dénoncée comme antisémite, "peuple dominateur et sûr
de lui", devint truisme. La poursuite des colonisations qui grignotent
sans cesse les territoires palestiniens, la répression sans pitié, le
spectacle des souffrances endurées par le peuple palestinien, tout cela
détermina une attitude globalement négative à l’égard de la politique de l’état israélien, et suscita un anti-israélisme dans le sens politique
que nous avons donné à ce terme. C’est bien la politique d’Israël qui a
suscité et amplifié cette forme d’anti-israélisme, et non la résurgence
de l’antisémitisme européen. Mais cet anti-israélisme a très peu dérivé
en anti-judaïsme dans l’opinion française.
Une simple lecture de l’histoire du socialisme français suffit pourtant à saisir que la continuité idéologique du parti socialiste est sans faille sur cette question : le soutien au sionisme aujourd’hui plonge ses racines dans le colonialisme qui a marqué toute l’histoire du socialisme français.
J’ai trouvé une belle citation ce matin d’Edgar Morin : Quand les vieux oublient avoir été jeunes et que les jeunes oublient qu’ils seront vieux, ils ont l’illusion d’être de races différentes !
Et pour le prolétaire qui aime tant les sweat shops en Chine
John A. Macdonald’s Aryan Canada : Aboriginal Genocide and Chinese Exclusion by Timothy J. Stanley Racisms are central to the creation of Canada through European dominance over the vast territories of the First Nations, Inuit and Métis people. A case in point is provided by John Alexander Macdonald and his enactment of Asian exclusion and the genocide of the people of the southern plains.[1] Macdonald not only excluded the Chinese, he personally introduced biological racism as a defining characteristic of Canadianness. Biological racisms depart from older racisms by constructing allegedly natural, immutable and inescapable racial categories on the basis of supposed biological differences. Previous racisms had been based on alleged cultural characteristics that could change over time.[2] Macdonald’s fixing of difference was neither accidental nor simply the result of mere prejudice.