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Renaud Bouchard

Renaud Bouchard

Juriste - Géopoliticien - Economiste (CEMI-EHESS) - Français et Européen -Passionné par les relations internationales et la diplomatie de crise, l'action politique et citoyenne. J'ai la volonté de rencontrer, réunir et fédérer les énergies pour un engagement et une renaissance politique nouvelles de la France et de l'Europe à l'occasion des prochaines échéances électorales.

Tableau de bord

  • Premier article le 08/09/2006
  • Modérateur depuis le 16/11/2006
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Derniers commentaires



  • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 3 février 2015 16:46

    Note:Dans la théorie des jeux, et plus précisément dans ce qui concerne la Non-Cooperative Game Theory, chacun des partenaires a en vue ce que l’on désigne habituellement par point focal.
    Ces questions sont connues.

    Or, c’est là mon propos, il advient - et c’est le cas de la stratégie que semble suivre Y. Varoufakis - qu’il peut y avoir plusieurs focales et plusieurs points et qu’au surplus, il peut aussi y avoir d’autres règles, un peu comme le serait une variété allotropique d’un minéral (carbone et diamant).

    Et c’est là que Y. Varoufakis d"ploie son talent et son intelligence de la situation car il a en face de lui une équipe de buses qui sont toutes obsédées par un point focal unique (la « Dette » de la Grèce), alors que chez Varoufakis, si cette question de dette demeure un problème, elle n’a rien d’une question aussi majeure que ses pseudo-créanciers voudraient continuer de le faire accroire.

    Pour ne pas l’avoir compris,M. Djisselbloem, le représentant de l’Eurogroupe venu « reprendre en main » le ministre des Finances de la Grèce,a explosé en vol.


    Ce fut un grand moment en Eurovision.

    http://www.keeptalkinggreece.com/2015/01/30/dijsselbloem-you-just-killed-troika-varoufakis-wow-video-pics/

    Cette dette peut en effet devenir...éternelle, le règlement de ses seuls intérêts revenant à ce que ce soit cette fois-ci le débiteur qui la fasse « rouler », mais d’une autre manière, en proposant une autre modalité de perpétuation-dilution sur un temps « très long ». Un autre point focal se trouve ainsi pris en considération, mais d’une autre manière, là encore, qui introduit un paramètre dont les créanciers ne veulent surtout pas que l’on prononce le nom : le Golem du Défaut, cet autre Minotaure cherchant qui dévorer dans le Labyrinthe européen de la Zone euro (comme quoi la Finance et le Golem ont partie liée, d’une manière très subtile que l’inculture des buses précitées leur interdit de percevoir).

    Le deuxième point qui illustre la théorie précitée consiste en ce que je définis comme un déplacement du cadre initial, sur un autre terrain, non plus avec un échiquier (l’ex- « troïka » ) mais avec , cette fois-ci, un jeu de Go, tout aussi efficace.

    Varoufakis a étudié Schelling, Harsanyi, Merson, et sans doute Bacharach, ce que ses interlocuteurs n’ont pas fait.

    Les créanciers ont un but : se faire payer ou ne pas perdre de vue la dilution de leur dette.

    Mais ils n’ont pas vu que le jeu était devenu un jeu « glissant », avec, très bientôt, l’entrée en jeu d’autres acteurs dans une coalition possible avec des intérêts complémentaires, qui va faire naître autre chose que la perspective d’obtenir un gain ou une perte, au bénéfice non plus de la seule Grèce , mais aussi de l’Espagne, de la France etc.

    Le jeu est ainsi en train de devenir un jeu à somme non nulle dont il faut redéfinir la mise.

    Pour l’heure, la Grèce n’a plus rien à offrir. mais imaginons un retour à meilleure fortune avec les hydrocarbures de la Crète et de Chypre...et l’ombre portée du grand voisin orthodoxe.



  • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 2 février 2015 16:44
    « Le président de la Commission européenne veut supprimer la troïka »« Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, souhaiterait supprimer la troïka composée d’experts de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI) après que le gouvernement grec eut fait part vendredi de son refus de dialoguer avec celle-ci, rapporte le journal allemand Handelsblatt sur base de sources au sein de la Commission européenne. L’Allemagne ne serait »en principe« pas non plus opposée à une réforme de la troïka, selon le journal.

    La troïka avait été mise sur pied lors de la crise de la dette afin de contrôler les finances des Etats ayant bénéficié d’un programme de soutien financier.

    Jean-Claude Juncker, qui est opposé à toute remise de la dette grecque, voudrait trouver rapidement une solution de rechange à la troïka, poursuit Handelsblatt.

    Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, est attendu mercredi à Bruxelles pour une rencontre avec Jean-Claude Juncker.

    Symbole de l’austérité et de la mise sous tutelle du pays, la troïka est honnie en Grèce. Jean-Claude Juncker verrait le retour de la troïka à Athènes comme une »provocation« à l’adresse des Grecs. » 

    Un coup tordu en préparation ?

    Source du billet :

    http://www.rtbf.be/info/monde/detail_le-president-de-la-commission-europeenne-veut-supprimer-la-troika?id=8892950&google_editors_picks=true



  • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 2 février 2015 14:39

    Aux lecteurs.Ce billet tiré du blog de P. Jorion :


    La carte secrète d’A. Tsipras

    Si vous imaginez que la carte secrète d’Alexis Tsipras, c’est la Russie, parce que vous auriez pris à la lettre le fait que Panos Kammenos, nouveau ministre de la Défense en Grèce, président de ANEL, les « Grecs indépendants », partenaire de Syriza dans l’alliance gouvernementale, est un grand ami de la Russie, vous vous trompez.

    La carte secrète de la Grèce, elle se trouve ailleurs. Tendez l’oreille, et prenez au sérieux la leçon d’économie de M. Obama hier dimanche : « on ne peut pas pressurer continuellement un pays en dépression : il vient un moment où doit intervenir une stratégie de croissance pour qu’il soit à même de rembourser ses dettes de façon à éliminer une part de son déficit ».

    Pourquoi ce ton encourageant de M. Obama envers la Grèce ? Parce qu’il doit y avoir quelqu’un dans son entourage à avoir lu le livre de Yanis Varoufakis, nouveau ministre grec des Finances, ouvrage intitulé « Le Minotaure planétaire » (2011).

    Ne vous laissez pas impressionner par le fait que le sous-titre de ce livre dans son édition française (Le Cercle 2014) affirme : « L’ogre américain, la désunion européenne et la chaos mondial », l’édition originale n’évoque aucun dévoreur de petits enfants et mentionne plus sobrement « l’Amérique ». Quant à la conclusion de la traduction française, elle explique que dans l’édition originale en 2011, l’auteur, M. Yanis Varoufakis donc, imaginait à l’époque qu’une certaine « auguste puissance hégémonique » (p. 344) était de fait hors course et serait remplacée – dans le meilleur des cas – par les pays émergents, mais qu’il avait, trois ans plus tard, changé d’avis : « J’ai précédemment avancé l’hypothèse que les rênes de l’Histoire soient cette fois-ci prises en main par les économies émergentes [mais] je ne pense pas que cela sera le cas » (p. 354).

    Le véritable remède à nos misères présentes est connu de M. Varoufakis, et les lecteurs du Blog de PJ ne tomberont pas de leur chaise en en découvrant la définition sous sa plume : « que l’Occident ait une soudaine illumination et fasse sienne la suggestion de John Maynard Keynes d’une Union Monétaire Internationale […] que les États-Unis rejetèrent lors de la conférence de Bretton Woods en 1944 », mais là encore, « y a-t-il une chance que les choses se passent ainsi ? Très probablement pas » (p. 352).

    Quoi alors ? Eh bien, c’est très simple : « The US Are Back ! ». Je ne cite pas là M. Varoufakis textuellement bien entendu, je me contente de résumer son propos ; ce qu’il dit lui, c’est ceci : « c’est encore aux États-Unis qu’il incombe de prendre en main, peut-être pour la dernière fois, les rênes de l’Histoire […] je ne vois pas comment une avancée véritable […] pourrait s’accomplir autrement » (p. 354).

    Si les propos très conciliants de M. Obama hier à l’égard de M. Tsipras vous avaient rendus perplexe, je suppose que l’opinion du nouveau ministre grec des Finances vous les auront fait comprendre.

    La carte secrète d’Alexis Tsipras : « The US Are Back ! »… mais chut !



  • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 29 janvier 2015 13:46

    @Smilodon


    Bien vu !

    La Grèce était le dos au mur et puis voilà qu’un grand garçon, sportif, solide, la tête bien faite a entrepris d’expliquer aux voyous qui croyaient encore pouvoir taxer et ruiner son pays ce qu’il allait faire en quittant l’impasse où on allait le ou la « finir » après l’avoir violenté(e).

    Voici le programme, avec l’explication de texte qui va avec, intitulé :Lettre ouverte aux lecteurs Allemands. Ce que l’on ne vous a a jamais dit à propos de la Grèce.

    Cette lettre que je vous invite à lire est d’autant plus intéressante quelle pourrait tout aussi bien être adressée à F. Hollande, E. Valls, E. Macron, et ce type minuscule qui a vendu son âme pour devenir Commissaire européen.

    Nul doute, si les lecteurs Allemands lisent bien cet article, qu’ils vont y découvrir des faits qu’ils ignoraient, qu’on leur a cachés, ou pire encore, qu’ils ont préféré ignorer. Après tout, dans l’imaginaire de beaucoup de gens, la Grèce est un douceâtre et sympathique mélange d’Ouzo, d’olives, de temples en ruines, de soleil, de mer bleue, de bouzouki, de popes, d’armateurs, de N.Mouskoris, de D. Roussos, de M. Callas et d’evzones ridicules.

    Plus tout à fait, manifestement...

    http://syriza.net.gr/index.php/en/pressroom/253-open-letter-to-the-german-readers-that-which-you-were-never-told-about-greece

    Alexis Tsipras’ « open letter » to German citizens published on Jan.13 in Handelsblatt, a leading German language business newspaper 

    Most of you, dear Handesblatt readers, will have formed a preconception of what this article is about before you actually read it. I am imploring you not to succumb to such preconceptions. Prejudice was never a good guide, especially during periods when an economic crisis reinforces stereotypes and breeds biggotry, nationalism, even violence.

    In 2010, the Greek state ceased to be able to service its debt. Unfortunately, European officials decided to pretend that this problem could be overcome by means of the largest loan in history on condition of fiscal austerity that would, with mathematical precision, shrink the national income from which both new and old loans must be paid. An insolvency problem was thus dealt with as if it were a case of illiquidity.

    In other words, Europe adopted the tactics of the least reputable bankers who refuse to acknowledge bad loans, preferring to grant new ones to the insolvent entity so as to pretend that the original loan is performing while extending the bankruptcy into the future. Nothing more than common sense was required to see that the application of the ’extend and pretend’ tactic would lead my country to a tragic state. That instead of Greece’s stabilization, Europe was creating the circumstances for a self-reinforcing crisis that undermines the foundations of Europe itself.

    My party, and I personally, disagreed fiercely with the May 2010 loan agreement not because you, the citizens of Germany, did not give us enough money but because you gave us much, much more than you should have and our government accepted far, far more than it had a right to. Money that would, in any case, neither help the people of Greece (as it was being thrown into the black hole of an unsustainable debt) nor prevent the ballooning of Greek government debt, at great expense to the Greek and German taxpayer.

    Indeed, even before a full year had gone by, from 2011 onwards, our predictions were confirmed. The combination of gigantic new loans and stringent government spending cuts that depressed incomes not only failed to rein the debt in but, also, punished the weakest of citizens turning people who had hitherto been living a measured, modest life into paupers and beggars, denying them above all else their dignity. The collapse of incomes pushed thousands of firms into bankruptcy boosting the oligopolistic power of surviving large firms. Thus, prices have been falling but more slowly than wages and salaries, pushing down overall demand for goods and services and crushing nominal incomes while debts continue their inexorable rise. In this setting, the deficit of hope accelerated uncontrollably and, before we knew it, the ’serpent’s egg’ hatched – the result being neo-Nazis patrolling our neighbourhoods, spreading their message of hatred.

    Despite the evident failure of the ’extend and pretend’ logic, it is still being implemented to this day. The second Greek ’bailout’, enacted in the Spring of 2012, added another huge loan on the weakened shoulders of the Greek taxpayers, « haircut » our social security funds, and financed a ruthless new cleptocracy.

    Respected commentators have been referring of recent to Greece’s stabilization, even of signs of growth. Alas, ’Greek-covery’ is but a mirage which we must put to rest as soon as possible. The recent modest rise of real GDP, to the tune of 0.7%, signals not the end of recession (as has been proclaimed) but, rather, its continuation. Think about it : The same official sources report, for the same quarter, an inflation rate of -1.80%, i.e. deflation. Which means that the 0.7% rise in real GDP was due to a negative growth rate of nominal GDP ! In other words, all that happened is that prices declined faster than nominal national income. Not exactly a cause for proclaiming the end of six years of recession !

    Allow me to submit to you that this sorry attempt to recruit a new version of ’Greek statistics’, in order to declare the ongoing Greek crisis over, is an insult to all Europeans who, at long last, deserve the truth about Greece and about Europe. So, let me be frank : Greece’s debt is currently unsustainable and will never be serviced, especially while Greece is being subjected to continuous fiscal waterboarding. The insistence in these dead-end policies, and in the denial of simple arithmetic, costs the German taxpayer dearly while, at once, condemning to a proud European nation to permanent indignity. What is even worse : In this manner, before long the Germans turn against the Greeks, the Greeks against the Germans and, unsurprisingly, the European Ideal suffers catastrophic losses.

    Germany, and in particular the hard-working German workers, have nothing to fear from a SYRIZA victory. The opposite holds. Our task is not to confront our partners. It is not to secure larger loans or, equivalently, the right to higher deficits. Our target is, rather, the country’s stabilization, balanced budgets and, of course, the end of the grand squeeze of the weaker Greek taxpayers in the context of a loan agreement that is simply unenforceable. We are committed to end ’extend and pretend’ logic not against German citizens but with a view to the mutual advantages for all Europeans.

    Dear readers, I understand that, behind your ’demand’ that our government fulfills all of its ’contractual obligations’ hides the fear that, if you let us Greeks some breathing space, we shall return to our bad, old ways. I acknowledge this anxiety. However, let me say that it was not SYRIZA that incubated the cleptocracy which today pretends to strive for ’reforms’, as long as these ’reforms’ do not affect their ill-gotten privileges. We are ready and willing to introduce major reforms for which we are now seeking a mandate to implement from the Greek electorate, naturally in collaboration with our European partners.

    Our task is to bring about a European New Deal within which our people can breathe, create and live in dignity.

    A great opportunity for Europe is about to be born in Greece on 25th January. An opportunity Europe can ill afford to miss.



  • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 28 janvier 2015 13:14

    @Aux lecteurs.


    Une intéressante contribution-analyse de J-M. Naulot :Dix premières leçons de l’élection grecque

    28 JANVIER 2015

    http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-michel-naulot/280115/dix-premieres-lecons-de-lelection-grecque

    A vouloir s’obstiner dans une politique qui conduit la zone euro au bord de la déflation, les dirigeants européens affrontent une réaction de plus en plus forte des peuples. D’élections en élections, les peuples disent clairement qu’ils désapprouvent la politique qui leur est imposée dans le cadre de la gouvernance de la zone euro. A l’automne 2012, contrairement aux engagements pris pendant la campagne présidentielle, la France avait approuvé les « règles » chères à la chancelière allemande en échange de vagues promesses de relance de la croissance (sommet européen de juin 2012). Déclarations informelles contre texte des traités… Le piège s’est refermé sur la France et sur la zone euro.

    Les dirigeants européens qui avaient espéré ces derniers mois que les élections européennes resteraient sans lendemain se disent probablement aujourd’hui que les évènements prennent une mauvaise tournure. Les traités européens ont-ils oublié que dans nos vieilles démocraties ce sont toujours les peuples qui ont le dernier mot ? La montée en puissance des partis qualifiés de populistes exprime leur refus devant la précarité, le chômage des jeunes, la paupérisation, les coups de canif dans le modèle social et l’échec de la politique de croissance. Les politiques de dévaluation interne qui consistent à baisser les coûts salariaux (plutôt qu’à ajuster la monnaie) pour maintenir la compétitivité, en tentant de s’aligner sur le pays le plus compétitif de la zone monétaire, sont rejetées.

    Le peuple grec qui a le plus souffert de cette politique mise en place au printemps 2010 a été le premier à dire non. Il a voté courageusement pour un parti qui n’existait pas il y a encore quelques années (4% des voix en 2009).

    Quelles leçons tirer de l’élection grecque ?

    Première leçon, la plus importante : le peuple grec n’a pas cédé au chantage au chaos. Antonis Samaras n’avait cessé, jusqu’à la veille des élections, de répéter qu’il n’y avait qu’une politique possible pour la Grèce. Les Grecs ne l’ont pas écouté. Dans le reste de la zone euro, le chantage au chaos, qui alimente notamment le débat sur l’euro, devrait perdre en crédibilité. Le débat démocratique doit avoir lieu.

    Deuxième leçon : les deux grands partis traditionnels de droite et de gauche ont subi une déroute collective. De 2009 à 2015, leur score est passé de 77% à 34%. C’est un avertissement pour les autres grands partis des pays de la zone euro qui, à force de dire d’une même voix qu’il n’y a qu’une seule politique possible, se discréditent. Lorsque les grands partis proposent tous la même politique, l’alternance est recherchée ailleurs.

    Troisième leçon : la politique conduite depuis le printemps 2010 par l’Eurogroupe est un échec. L’affirmation, sans cesse répétée, selon laquelle la Grèce est sur la voie du redressement parce qu’elle dégage un excédent budgétaire primaire (avant intérêts de la dette), alors que tous les voyants économiques et sociaux sont au rouge, ne trompe personne. Après six ans de récession, le taux de chômage des jeunes est de 60%. L’Espagne à qui les dirigeants européens ne cessent également de répéter que la politique de dévaluation interne produit des résultats puisque l’équilibre extérieur se rétablit ne peut également qu’être révoltée par le discours officiel. Lorsque l’on ne consomme plus, les importations ne peuvent en effet que diminuer et la balance commerciale s’améliorer… 

    Quatrième leçon : les élections grecques ont eu un écho exceptionnel dans toute l’Europe. Elles vont faire réfléchir d’autres peuples de la zone euro, par exemple les portugais et les espagnols qui vont s’exprimer bientôt.

    Cinquième leçon : la remise en cause de la politique européenne survient dans un contexte où les risques systémiques propres à la zone euro sont moins élevés qu’au printemps 2010 ce qui laisse une plus grande liberté de manœuvre pour trouver des solutions. La dette publique a en effet été largement renationalisée après la crise des marchés de 2010-2012. L’opération d’assouplissement monétaire annoncée par la BCE va à cet égard accroître cette tendance puisque les achats de dettes souveraines se feront par l’intermédiaire des banques nationales, quasiment sans mutualisation des risques (la BCE achètera seulement 8% des titres de dettes souveraines). 

    Sixième leçon : les citoyens de la zone euro vont prendre conscience que les plans d’assistance qui ont été mis en place depuis le printemps 2010 pour sauver l’euro ne sont pas des sommes qui ne viennent de nulle part… Ces prêts, ce sont leurs revenus, leurs économies. L’absence de transparence des dirigeants européens lors de la mise en place des opérations de sauvetage, au point que les prêts ne sont même pas comptabilisés dans la dette publique ( ! ), a été la règle dans la plupart des pays de la zone euro, sauf peut-être en Allemagne. Les citoyens découvrent aujourd’hui que la facture pourrait être lourde ! La quarantaine de milliards prêtée par la France à la Grèce représente les deux-tiers de l’impôt sur le revenu. Les investisseurs privés ont déjà abandonné à l’occasion de la restructuration de 2012 pour un montant de 107 milliards d’euros. Sans cette annulation de la dette, celle-ci serait aujourd’hui non pas de 177% mais de 240% du PIB, au lieu de 120% en 2010… Les aides à la Grèce représentent au total près de vingt-cinq fois le montant des prêts à l’Argentine au moment de la crise de 2001, une crise pourtant considérée comme systémique en raison de sa gravité !

    Septième leçon : tous les pays de la zone euro qui ont été prétendument sauvés ont une dette qui est très élevée. L’austérité comme seul remède creuse la dette. L’Italie elle-même qui a vu son PIB baisser de 10% depuis 2007 a une dette représentant 135% du PIB. Triste gâchis alors même qu’au printemps 2010 la dette en zone euro n’était que de 79% du PIB (93% actuellement) !

    Huitième leçon : la négociation qui va s’engager entre Alexis Tsipras et les dirigeants européens passe nécessairement par une annulation partielle de la dette grecque. Une simple restructuration de la dette, comportant un rééchelonnement des échéances et de nouvelles baisses des taux, ne ferait que gagner du temps. Compte tenu de la répartition de la dette, les Etats, la BCE et le FMI sont aujourd’hui en première ligne. Cela devrait techniquement faciliter la négociation. Mais leurs premières réactions, sans oublier celle de la Commission européenne, laissent bien mal augurer de cette négociation. Il est d’ailleurs étonnant que personne ne suggère que la BCE se retire de la Troïka. Ce serait pourtant le bon sens afin d’éviter tout conflit d’intérêt. La mission de la BCE est de conduire la politique monétaire et non pas de négocier la politique économique des Etats.

    Neuvième leçon : le vote grec s’adresse principalement à Madame Merkel puisque c’est elle qui pilote de fait la politique de la zone euro depuis le printemps 2010. Or, après les décisions d’assouplissement monétaire de la BCE, qu’elle désapprouve mais sans le dire par respect pour l’indépendance de la banque centrale, on ne peut exclure qu’au lieu d’assouplir sa position, elle la durcisse. Le fonctionnement de la planche à billets pourrait l’inciter à être encore plus ferme sur « les règles ». 

    Dixième leçon : une diminution de la dette grecque ne pourra suffire à rendre durablement espoir au peuple grec. La compétitivité retrouvée de la Grèce passe par davantage de souplesse monétaire. Comme l’avait annoncé la théorie économique (Robert Mundell, Michel Aglietta), avant même la naissance de l’euro, une monnaie unique renforce les plus forts, affaiblit les plus faibles. D’où la nécessité d’une union de transferts financiers. Depuis dix ans, la production industrielle a diminué dans toute l’Europe du sud et en France, de 10 à 35% selon les pays. Seule l’Allemagne a progressé (+12%). Le peuple grec n’a aucune chance de renouer avec le « miracle grec » des vingt années qui ont précédé son intégration dans la zone euro si l’on n’envisage pas une réforme de la gouvernance de la zone monétaire. Puisque les peuples rejettent de plus en plus ouvertement le fédéralisme, pourquoi ne pas envisager la mise en place d’un système de monnaie commune au lieu de monnaie unique ? Euro drachme pour les transactions intérieures (avec des ajustements réguliers), euro pour les transactions extérieures. La zone euro a déjà connu ce système de 1999 à 2002, mais à l’époque sans possibilité d’ajustement. Il est temps en tout cas que les dirigeants européens admettent que le système monétaire actuel ne marche pas et qu’il a au minimum besoin d’être réformé. Depuis l’origine, ce système va de crise en crise. Ce sont les citoyens qui payent la facture d’une idéologie monétaire qui ignore les réalités industrielles, sociales et politiques de chaque pays.

    Voir également dans Le Monde daté d’aujourd’hui une tribune intitulée « BCE : l’illusion monétaire ». 

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