Admettons. Admettons aussi que parler de « marge » est un argument bien spécieux, et populiste à souhait. On oublie les loyers, le coût des machines (un atelier coûte en moyenne 40.000€), le fait que les boutiques doivent être rénovées régulièrement (allez-vous rentrer dans une boutique cracra et moins chère, le coût d’un agencement est en moyenne de 50.000€), le personnel à payer, les charges et taxes. Dans mes relations, croyez-le si vous le voulez, nos comptes sont bien souvent dans le rouge. Quant aux verres « sortie d’usine », l’argument est pire. Pourquoi ne pas parler de la valeur du matériau puisqu’on y est (ce que dit l’un des intervenants sur les couronnes !!!), pas plus de quelques centimes. Autant dire à Essilor que ses chercheurs, les unités de fabrications en Europe, les machines (des milliards d’Euros) etc etc, valent exactement zéro Euros !
Bientôt, on retournera à l’age de pierre : on va donner à chacun d’entre vous la résine qui permet de verre les verres, à l’état liquide ; la céramique des couronnes à l’état brut, et chacun fera sa tambouille.
Etant donné qu’une location ou l’achat d’un appartement est plus cher à Porte Maillot qu’à Malaga (du vol ?) je serais heureux de recevoir votre facture et à l’étudier. Pour l’instant, notre association a des devis espagnols : à monture et verres identiques, je dis bien identiques, les espagnols sont plus chers.
Vous pouvez m’envoyer votre facture sur mon mail : [email protected]
Ah... ça va me faire du bien d’écrire
un peu. D’abord, je ne me présente pas. J’ai choisi pour pseudo
mon vrai prénom suivi de mon vrai nom. Je suis opticien, fier de mon
travail, et je n’ai aucune envie de céder à la mode du
pseudo.
Patrice Lemitre, franchement. Qu’on aie un plaisir
d’écrire, d’accord. Mais ce tissu d’âneries, était-ce vraiment la
peine ? Au moins, rassurez-moi : vous n’êtes pas payé pour
ça ? J’aime bien parler de ce que je connais. Sinon,
j’évite. Vraiment. Chacun devrait en faire autant. Je n’ai jamais
autant soupçonné les journalistes d’incompétence depuis qu’ils
racontent n’importe quoi sur mon métier, que je pratique au
quotidien. Avant, je croyais à l’information ; vous savez, cet
art de dire la vérité au gens de manière solide, en vérifiant,
recoupant. Vous, vous avez fait une immense paraphrase de toutes les
campagnes de désinformation que nous avons subi depuis 3 ans. Un peu
long et répétitif, pour une seule profession, ne trouvez-vous
pas ?
Après tout, je peux comprendre : répondre
dans en écho au populiste « les lunettes, c’est cher »,
c’est tentant. On va être lu, du « easy-reading », et ça
parle aux bas instincts. Pourtant, je me sens apprécié dans mon
contact quotidien avec mes clients. Définition de mes clients :
des gens qui viennent me parler, avec qui on échange, des serrages
de main, enfin plein de trucs que misterspex vous fera pas. Je ne
leur vend une paire de lunettes qu’une fois tous les trois ans en
moyenne : j’ai calculé, avec le panier moyen de ma boutique,
leurs lunettes leur coûte, sans parler de la déduction mutuelle,
environ 30 centimes d’euros par jour. Et si je déduis leur
mutuelle ??? Même pas la moitié.
Vous ne semblez pas
vous émouvoir des 900.000 Euros de cachet de Laspalès et Chevalier
pour la Matmut, ni des la pléiade de stars des pubs MAAF, ni des
primes d’Ines de la Fressange ou de Charlotte Rampling pour Allianz.
Mais pas touche aux complémentaires santé, qui augmentent tous les
ans leurs cotisations et qu’aucune campagne de presse ne dénonce !
Elles ne sont pas un frein à l’accès aux soins ? Ben non, ce
sont les opticiens, et eux seuls.
Sans s’étaler sur la
dernière ânerie que vous avez mise en commentaire (l’écart
pupillaire ne varie plus à l’âge adulte : ben oui, à 25 ans
et 8 mois, le visage se fige, botoxé naturellement, c’est le Musée
Grévin ; c’est pas pire que votre logiciel pupillomètre 5.0,
ou que vos lunettes 2 fois plus chères en France qu’en Espagne), je
veux juste vous rappeler ce que mes confrères et moi-même font
quotidiennement avec le sourire. En plus de vendre des lunettes avec
une marge que nous avons du mal à supporter nous-mêmes, nous
entretenons, réglons, nettoyons les lunettes de nos clients (et
aussi souvent de ceux des autres) pendant toute leur durée de vie.
Nous changeons les plaquettes (c’est une substance métaphysique qui
permet de faire tenir les lunettes en apesanteur), nous changeons les
vis perdues (vis=élément de fusion de deux éléments découverts
par la NASA lors de leur exploration de Pluton), nous resserrons,
réajustons, remettons en état, à la demande, et tout cela (prenez
votre respiration !!!) : GRATUITEMENT ! Oui, vous avez bien
lu, cette sale race de profiteurs peut bosser de 1 à 10 ans sur une
seule et même paire de lunettes GRATUITEMENT, sans que ça vous en
bouche un coin !
Ce qui me chagrine un peu, c’est que ce
sont des gens comme vous qui peuvent, demain, pousser la porte d’un
opticien sans jamais l’intention d’en devenir client, parce qu’une
vis est tombée et que leur paire de lunettes est tordue. Et, si
l’opticien ne le fait pas avec le sourire, il sera taxé de « pas
commerçant » par le pas-client !
Au fait, pour
finir, j’ai vendu aujourd’hui une paire de lunettes à verres
progressifs photochromiques (change au soleil, quoi) incassables
provenant d’une grande marque de verres, monture comprise, pour 240€
le tout. Mon client n’aura pas une marque connue de monture, mais un
certificat d’authenticité de ses verres. Parce que, pour un opticien
qui se respecte, l’important n’est pas le logo sur la branche de
la monture : c’est un attrape-couillons ; mais bien la
marque des verres qu’il met dessus, et leur traçabilité.
Mais
avec votre Lacoste à 84€ (il y a 2 Lacoste sur votre site à ce
prix, tout le reste est aux prix du marché, allez savoir
pourquoi...), du moment qu’on paie pas cher, peu importe le flacon,
pourvu qu’on ait l’ivresse.