Réponse de Danielle Porte : Réponses aux questions posées par le colonel
Mourey.
« Pourquoi ne voulez-vous pas comprendre que ces « loca praerupta » sont
les pentes abruptes du mont Rhéa et non les falaises de Chaux-des-
Crotenay que César aurait bien évidemment mises en exergue dans son
premier tour d’horizon si tel avait été le cas ? »
Je me demande où vous voyez des falaises (loca prærupta) au Réa, le «
camp » est en pente juste derrière la gare des Laumes, sans obstacle
quelconque, hormis qu’il est impossible de grimper (ex ascensu) pour
atteindre un endroit situé plus bas que soi. Or, Vercassivellaun
attaquerait, selon J. Le Gall, d’en haut, donc, descendrait, alors que
César écrit ascensum dat Gallis, et les assiégés qui parviennent aux
praerupta y grimpent aussi (ex ascensu temptant), donc, montent, alors
que s’ils visaient le camp du Réa, ils seraient, une fois en bas de
l’oppidum, quasiment à niveau avec lui. Ils n’auraient donc pas à «
escalader » des « abrupts » qui n’existent pas.
Noter que pour atteindre ces prærupta, il est nécessaire que les
assiégés aient franchi les fortifications romaines, établies tout
autour du mont Auxois. Or, César dit justement que les assiégés n’ont
pu venir à bout des lignes de la plaine, et se rabattent sur
l’escalade des abrupts. Situation inenvisageable à Alise, mais
parfaitement applicable à Chaux, à cause du relief montagneux et de la
position de la plaine en avant de la colline, pas tout autour comme à
Alise.
Pour ce qui est de parler d’emblée des abrupts, la méthode qu’a
adoptée César de décrire au fur et à mesure les éléments du relief qui
lui servent pour son récit, ne l’y obligeait nullement. De même
mentionne-il la colline de Gergovie où il a concentré son attaque
seulement quand la clarté de son exposé l’exige, non dans un panorama
d’ensemble avant les événements. Il s’est attardé sur la plaine
d’Alésia au début, puisque les premiers combats s’y sont déroulés et
qu’il a décrit son système de retranchements. Quand l’armée de secours
sera arrivée et qu’elle cherchera à débloquer l’oppidum par une
stratégie de contournement en montagne, il décrira la montagne. C’est
simple et logique.
« Comment peut-on dire : Pas de crêtes alentour sur lesquelles disposer
23 postes fortifiés ? Ce qui montre à l’évidence comment en sortant du
texte latin – car César ne dit pas qu’il a installé ses postes sur les
crêtes – on peut dire n’importe quoi. »
Les crêtes alentour : César dit bien que les camps étaient en haut des
collines (7, 80, 2) ex omnibus castris quae summum undique iugum
tenebant et qu’on peut voir d’en haut, erat despectus, tout ce qui se
déroule dans la plaine. un balcon est, me semble-t-il, en surplomb,
pas à niveau. Il va de soi que, l’oppidum étant partout cerné de
hauteurs qui constituaient une chaîne (iugum), il n’existait pas de
plaines pour les entrecouper, où l’on eût pu installer les castella.
D’ailleurs César dit bien castra oportunis locis erant posita ibique
(et aux mêmes endroits favorables) castella XXIII facta (7, 69, 7). Si
les camps de l’Alise napoléonienne occupent les collines alentour, les
castella doivent le faire aussi. Mais si on les positionne sur les
crêtes autour d’Alise, ils sont bien trop éloignés pour se révéler
efficaces.
la bonne logique était justement de placer ces postes sur la pente
pour renforcer et interdire l’obstacle naturel qu’étaient les cours
d’eau.
Selon César, toujours en 7, 69, ces castella ont été aménagés pour
protéger les ouvriers en train de construire la contrevallation. Sur
les plans napoléoniens, ils sont tous extérieurs à la contrevallation,
comme s’il s’agissait de protéger des remparts déjà construits contre
une armée extérieure. Or, la circonvallation ne sera envisagée
qu’après l’appel de Vercingétorix à l’armée de secours, bien plus
loin, en 7, 74.
Notons que les camps de plaine (tous abandonnés depuis J. Le Gall)
sont situés hors de la circonvallation qui est censée les protéger.
Forcément : la distance de 600 à 1000 m qu’on a admise entre le grand
fossé et les lignes romaines, au lieu des 120 m voulus par César,
resserre d’autant la contrevallation et la circonvallation, puisqu’on
ne peut rien changer au périmètre des lignes indiqué aussi par César :
il ne reste plus que quelque 120 m entre les deux lignes, et le côté
d’un camp romain demande déjà un minimum de 650 m de côté.
Pour ce qui est de « l’obstacle naturel » que forment les cours d’eau,
on reste perplexe : il faut barrer l’Ozerain avec des claies de bois
pour empêcher les bœufs de passer…