@Soucougnan
Puisque vous y tenez.
Quand
on est libéral, contrairement à ce que vous croyez, cela ne
concerne pas toutes les libertés individuelles lorsque le
libéralisme est couplé au capitalisme. Pourquoi ? Parce que le
capitalisme est une course au profit qui met les gens et les
entreprises en concurrence. Par définition, cela donne des gagnants
et des perdants. Les perdants aujourd’hui sont confrontés à des
prix élevés de l’énergie. Macron nous demande la sobriété sans
coercition. OK. Mais croyez-vous qu’une personne qui ne boucle pas
ses fins de mois a le choix et donc la liberté de se chauffer ?
Il n’a pas le choix. Le capitalisme forme des classes de dominants
libres et de dominés contraints. Notez que je n’ai rien contre le
libéralisme lorsqu’il est bordé. Or, le capitalisme permet de
faire de l’argent avec n’importe quoi. D’où l’état de notre
monde.
Le
principe du capitalisme est de faire croître le PIB. Pour cela, il
ne peut pas se contenter de vendre des objets qui durent sur
plusieurs générations. D’où l’obsolescence programmée et les
multiples gadgets inutiles dont on a l’impression qu’ils nous
sont fort utiles. Vous n’êtes pas sans savoir que la publicité
existe et qu’elle emploie tous les moyens pour nous conduire à
l’achat. Intéressez-vous à Bernays, l’inventeur de la
propagande et comment il a fait pour que les Américaines se mettent
à fumer en croyant que leur mouvement était féministe. Comment
Edward Bernays a fait fumer les femmes ?
Vous
dites : « Sur cette planète en effet, mais comme M. Musk
vous le montre avec brio, le marché est parfaitement capable de
susciter des solutions pour se soustraire à cette limitation et
aller chercher au-delà de notre Terre les ressources qui pourraient
nous manquer. Car s’il y a bien une chose dont les humains ne
manqueront jamais c’est d’imagination. »
Franchement,
restons sérieux. On prend commande 10 ans avant pour avoir sa
livraison de charbon. Et à quel prix ? Et même si cela était
possible, croyez-vous que tout le monde y aurait droit ?
Et
lorsque vous voyez le monde s’écrouler, vous voyez une source de
richesse qui va entraîner imagination et solutions de profit. Quand
vous dites qu’il y a une solution à tout y compris à la
pollution, vous n’avez pas compris que le système capitaliste
actuel est incapable de mettre fin à ce problème qui tue l’eau,
la terre et l’air. Combien de fausses solutions qui ont généré
un maximum de profits ont été mises sur le marché sous le prétexte
écologique ? Oui, dans le système actuel il y aura toujours des
profiteurs comme on les a vus à l’oeuvre lors de la crise
sanitaire, et comme on le voit avec la guerre. Le prix du baril de
pétrole est celui de 2014. Dans les stations essence, ça n’est
pas exactement cela. Évolution
du prix du pétrole
Concernant
le modèle économique actuel que vous défendez qui est le système
néolibéral, voici un rapide historique. À partir de la fin du XIXe
siècle, le modèle capitaliste libéral a montré ses limites en
enchaînant des crises financières graves jusqu’à celle de 1929.
Des gens, dont un certain Walter Lippmann, ont commencé à se dire
qu’il fallait réformer le libéralisme, car ça ne fonctionnait
pas bien. La faute, il l’a mise sur le dos des gens. Les marchés
étaient devenus trop complexes pour que les gens aient le
comportement adapté qui n’enraye pas le système. Il en a conçu
un État qui devait intervenir sur les marchés, mais pas à la
manière du keynésianisme (l’État qui nationalise et crée des
emplois). La manière dont l’État doit intervenir pour rendre le
marché « libre et non faussé », c’est évidemment de
faire les réformes lorsque c’est nécessaire, mais aussi d’éduquer
les gens. Et cela se fait à l’insu des gens par le biais de
nombreux stratagèmes qui agissent sur le cerveau lui-même. Cela
s’appelle le nudge. Pour mettre au point ces stratagèmes, il faut
un gouvernement invisible (les cabinets d’experts en psychologie
comportementale – Mc Kinsey par exemple) qui fabrique le
consentement. L’échec du néolibéralisme pur jus, c’est que
tout doit se passer en douceur. En cela, l’autoritarisme de Macron
est un échec au regard du néolibéralisme. Dans ce projet
néolibéral, la souveraineté est retirée au peuple pour être
confiée au gouvernement. Le peuple se contentera d’élire ses
représentants et tout sera fait pour qu’il participe de moins en
moins puisqu’il est ignorant. Et pour qu’il consente sans s’en
apercevoir, on lui fait
croire qu’il est libre en multipliant les situations dans
lesquelles il a à choisir (tout est bon même les cookies), ce
faisant il exerce à longueur de journée sa liberté de choisir ce
qui l’anesthésie totalement. Par ailleurs on le conduit à
accepter le principe de la méritocratie, de la mise en concurrence
avec ses semblables, on le responsabilise sur des actes qui exonèrent
l’État de prendre ses responsabilités (les
fameux petits
gestes pour le Covid, maintenant pour la température), on
le désolidarise avec des cotisations à points, et on
l’individualise totalement en le faisant un individu ubérisé
entrepreneur de lui-même.
Moi
j’appelle cela un complot, mais les néolibéraux nous disent que
c’est la solution pour que tout baigne dans l’huile. Le problème
est qu’on a de plus en plus de pauvres, que les classes moyennes
tendent à disparaître pour donner bientôt un classisme en 2
camps : 1 % d’un côté et 99 % de l’autre, ces
derniers subissant la liberté du marché et des 1 %. Le
problème du capitalisme (le néolibéralisme est toujours
farouchement capitaliste) c’est qu’il part du principe que les
populations doivent s’adapter à un monde qui défie l’ordre
naturel, c’est-à-dire l’environnement, les autres formes de vie
sur terre et le lien social base d’une démocratie vivante.
C’est
très vite dit, mais vous pouvez vérifier si vous voulez vous donner
la peine. Un lien pour une conférence
de Barbara Stiegler vous mettra sur la voie.
Je n’ai pas ma
solution, mais le bon sens veut que le nouveau système doive être
adapté aux besoins de l’humain (et non l’inverse) limités par les possibilités
qu’offre la planète et non les autres planètes. Cela veut dire
une économie des communs, sociale, culturelle et dans un régime de
démocratie réelle.
Cela veut dire :
- une impossibilité
de faire des profits avec des ressources naturelles, celles-ci étant
contrôlées par le commun.
- une propriété
privée limitée à celle de l’usage avec la responsabilité de
rendre son patrimoine naturel dans un état enrichi naturellement.
- La démocratie à
tous les niveaux du pays : national, régional, communal,
quartier, entreprise, éducatif
- une planification
de la production / consommation et de la réparation écologique
- une liberté
d’entreprendre dans le cadre de la planification
Quant
à l’hypothèse de la destruction du vivant, je préfère ne pas la
vérifier
bien qu’elle soit largement entamée : 80 % des espèces
ont disparu depuis que l’humain sévit sur cette terre.
L’effondrement est malheureusement commencé depuis plusieurs
années : 6 des 9 limites planétaires ont été dépassées.
Nous sommes désormais livrés aux enchaînements des catastrophes.