@Lynwec
Alors, je ne perçois pas
très clairement la notion « d’inimaginable chez nous »...Pas besoin
de l’imaginer, elle est bien présente ...
Pour éclairer mon propos, je dois
préciser d’où je parle.
Je suis un citoyen de classe
moyenne supérieure, sans fortune (juste mon logement), issu d’une famille immigrée
de 2ème génération côté père, de 1ère génération côté
mère. Du coup, le Français n’est pas ma langue maternelle. Je suis moi-même de
catégorie moyenne supérieure. J’avais 20 ans en 68.
De cette « révolution »
de 68 à laquelle j’ai participé, je garde le souvenir d’une sorte de complicité
entre un pouvoir gaulliste complètement désorienté, complètement paumé face à
la révolte, et une jeunesse bien décidée à défier « le Père », à le « tuer ».
Mais finalement, personne n’a
tué personne et le Préfet de Paris Grimaud (1913-2009) a fait tout son possible pour
ménager les « jeunes », la jeunesse française petite bourgeoise en
révolte. On « n’enferme pas Sartre », et on ne tire pas sur les
jeunes. Ça s’est passé « en famille », bien que fin mai, ça aurait pu
tourner à l’aigre. Merci la CGT qui a sauvé Pompon et le Vieux (lui, juste pour
quelques mois)
Les choses ont changé avec le
temps et les CRS utilisent aujourd’hui les LBD en tir tendu, crevant les yeux
de citoyens innocents. C’est nouveau, le complexe « Oussekine » tend
à s’effacer. Et puis cette complicité entre le pouvoir et les révoltés de 68 a
disparu : l’oligarchie parisienne n’a rien en commun avec les Gilets
Jaunes. La haine monte très vite. On est davantage dans l’ambiance « Commune
de Paris » que mai 68. C’est clairement une haine de classe que l’on
ressent, haine de classe que personnellement je n’avais pas perçue dans les décennies
d’après-guerre.
Les OMON (CRS) russes ont
suivi un autre chemin. On dirait qu’ils ont copié les techniques de maintien de
l’ordre occidentales d’après-guerre, ne tabassant les manifestants que « modérément »,
juste autant que de besoin. Il s’est produit une sorte de croisement entre une
société française plus dure, plus brutale et une société russe plus « civilisée ».
Cela dit, la haine entre l’oligarchie
française et le peuple (des gilets jaunes, des agriculteurs) est purement
économique, purement « marxiste ». Deux mondes qui n’ont pas les
mêmes intérêts, prêts à se battre pour ces intérêts, mais deux mondes qui se
réconcilieraient ou du moins s’apaiseraient une fois la question économique
réglée en faveur des classes inférieures (je ne parle pas des « banlieues »).
Autre chose en Russie entre
les classes moscovites aisées, pro-occidentales, et le peuple russe. C’est
culturel, presque « civilisationnel ». Deux mondes différents qui se
regardent en chiens de faïence. Un gouffre entre les deux. Ils ne se comprennent
pas (plus). Peuple « barbare » aux tentations staliniennes (poutiniennes)
contre élite « civilisée » aux tentations démocratiques. On ne voit
pas de réconciliation ou d’apaisement possible entre eux. Un mur. C’est un peu
ce qui se joue en Ukraine, avec une violence à son maximum.
Le peuple a toujours raison,
par définition, quoi qu’il en coûte (mon avis, mais je n’ai peut-être pas toujours raison).