@Mirlababo
Le XIX° siècle est caractérisé en occident par les théories raciales, eugénistes, nationalistes et colonialistes.
Votre lecture en est imprégnée, à décharge elle s’accorde avec la mentalité de cette époque qui hélas provoquera des rivalités ethniques, germanité vs judéïté... des affrontements politiques et discriminatoires, parfois sanglants.
Je doute fortement que ces conceptions étaient partagées hors Europe dans le monde juif, séfarade particulièrement, et qu’il ne convient pas de généraliser.
Benjamin Disraeli qui fut Prime Minister de Sa Majesté est cité 2 fois dans le livre de Schlomo Sand « Comment le peuple juif fut inventé » (un Index ça aide), et ses propos « racistes » recoupent tout à fait ceux cités ici dans l’article de M-J Cuny mercredi 1er juin 2016 Benjamin Disraeli et l’excellence juive, selon Hannah Arendt
Page 120 - Un débat d’Historiens -
« Graetz ne se laissa
pas décourager par le grand prestige de Treitschke. Dans une réponse
circonstanciée, il repoussa fermement la critique antijuive, mais ne put
s’empêcher de terminer sur une citation provocatrice du Britannique Benjamin Disraeli : «
Vous ne pouvez détruire une race pure du type caucasien [la race blanche].
C’est un fait psychologique, une loi naturelle, qui a embarrassé les
rois d’Égypte et d’Assyrie, les empereurs romains et les inquisiteurs
chrétiens. Aucun système de répression, aucune torture physique ne
pourra faire en sorte qu’une race plus élevèe soit absorbée ou détruite
par une qui lui est inférieure (2) »
Face à cette «
obstination »
nationaliste, Treischke haussa le ton et
sortit davantage encore ses armes historiographiques : » L’assimilation
totale du judaïsme aux peuples d’Occident ne sera jamais possible, on ne
pourra qu’amenuiser leur antagonisme, car l’essence même de cette
opposition prend racine dans une trop longue histoire.« Ce d’autant plus
que Treitschke avait identifié chez Graetz une tendance à définir le
judaïsme comme une nation au sein même de la nation allemande, attitude à
laquelle tout Allemand «
authentique »
devait s’opposer totalement. Il
poursuivit en accusant Graetz d’orgueil nationaliste juif, et mit
longtemps en doute le fait que celui-ci se considérait comme allemand.
Conclusion :
Non, Monsieur Graetz est un étranger dans le « pays de sa
naissance casuelle », un Oriental qui ne comprend pas notre peuple ni ne
veut le comprendre : entre lui et nous il n’y a aucun intérêt commun,
si ce n’est qu’il possède notre nationalité et utilise notre langue, et
ce uniquement pour nous insulter et nous maudire. »
Et l’historien
prusso-allemand ne put s’empêcher d’ajouter :
«
Mais si cette arrogance raciale
s’affiche sur la place publique, si le judaïsme exige même une
reconnaissance nationale, alors le fondement légal sur lequel se fonde
l’émancipation s’effondre. Pour réaliser de tels souhaits il n’y a qu’un
moyen : l’émigration, la création d’un État juif, quelque part, hors de
notre pays, qui verra bien par la suite s’il obtiendra la
reconnaissance d’autres nations. Il n’y a pas la place sur la terre
allemande pour un double nationalisme. Les Juifs n’ont pris, jusqu’à
récemment, aucune part au labeur millénaire de la construction des États
allemands (1).
« La haine de Treitschke face aux Juifs «
d’origine de l’Est »
ne fera qu’augmenter par la suite. »
Heinrich von Treitscke, (1834-1896) son fameux livre Deutsche Geschiste im neunzehnten Jahrhundert commença à paraître en 1879.
Henrich Graetz, (1817-1891) L’Histoire des Juifs
(2) In Graetz, Les Voies de l’histoire, op. ct., p. 218
(1) Cité ibid., p. 226-227